Ce dimanche aurait pu être un merveilleux dimanche mais voilà, mardi soir, notre route a croisé celle de l’Espagne pour la demi-finale de la coupe du monde et nous avons perdu. A perdre contre plus fort, ce qui était le cas, mardi, il n’y a pas de honte ; mais ce qui faisait mal, c’était de voir notre si belle équipe ayant comme perdu son football. Et la petite finale de cette nuit n’a rien arrangé ! Contre l’Espagne, notre sélectionneur, si bon jusque-là, semblait impuissant, incapable de redonner de l’élan, dépassé par la belle organisation de jeu espagnole. D’habitude, son coaching donnait des ailes à l’équipe de France, là, plus rien, seulement une manifestation d’impuissance et quand le boss est impuissant, forcément, on court à la catastrophe.
Si je vous raconte tout cela, c’est parce qu’en méditant la 1° lecture, justement après cette amère défaite, je me suis dit que nous avions de la chance parce que, notre boss à nous, notre Dieu, il ne connait jamais des coups de mou comme Didier Deschamp a pu en connaître un, mardi soir ! Cette 1° lecture était vraiment merveilleuse, prenez le temps de la relire dans la journée et de bénir le Seigneur pour ce qu’il est, pour sa sagesse et sa puissance. Si, un jour, quelqu’un vous demande : mais qui est-il ce Dieu en qui tu crois, vous pouvez, entre autres textes significatifs, lui lire ce passage du livre de la Sagesse.
Seulement voilà, une question se pose très vite : si Dieu est à ce point extraordinaire, à ce point sage, clairvoyant, bienveillant et ajoutez encore toutes les autres qualités qu’évoquaient la 1° lecture, oui, si Dieu est si fort, ne connaissant jamais de coup de mou, pourquoi notre monde va-t-il mal et à certains jours, on aurait même envie de rajouter : pourquoi va-t-il si mal ? Parce que c’est vrai que tout n’est pas rose, loin de là ! C’est sûr que tout n’est pas rose dans nos vies. Nous le constatons chaque jour, ici, au sanctuaire, puisque nous accueillons tant et tant de personnes venues confier à Notre Dame de Laghet toutes leurs galères qui les épuisent et risque de tarir leur joie, leur espérance et parfois-même leur foi. Il y a toutes ces galères que la vie inflige et il y a aussi toutes celles que nous nous nous rajoutons avec nos choix tordus, en un mot, à cause de notre péché. Le monde ne va pas très bien, non plus, la guerre a repris, la loi si problématique concernant la fin de vie a été votée, les incendies font des ravages, la canicule interroge notre avenir, j’arrête là, cette triste litanie qui pourrait être bien plus développée.
Alors, si Dieu est si fort, s’il ne connait jamais de coup de mou, pourquoi le monde va-t-il si mal ? Pourquoi connaissons-nous tant de galères ? Cette question est redoutable parce que, nous le savons, la confrontation au mystère du mal sème le doute dans le cœur des croyants et éloigne encore un peu plus de la foi ceux qui n’arrivent pas à croire. Je crois vraiment que c’est pour nous aider à nous situer face à cette redoutable question que Jésus a raconté la parabole de l’ivraie et du bon grain que nous avons entendue. Parce que, voyez-vous, Dieu est tout autant chagriné par ce qui se passe dans le monde que nous le sommes, il l’est même bien plus. Dimanche dernier, j’expliquais que le semeur, avant de semer, préparait la terre, la bichonnait, choisissait la meilleure des semences pour parvenir à une très belle récolte. Dieu a fait tout ce qu’il pouvait, tout ce qu’il fallait pour que sa création et ses créatures soient belles.
En été, on a le temps de s’émerveiller devant tant de si beaux paysages, devant la mer dont l’eau est si bienfaisante. Dieu n’a pas raté son coup avec la création, il ne l’a pas raté, non plus, avec l’homme, l’homme et la femme, devant qui il s’émerveille en disant : ils sont très beaux ! Même après le dérapage du péché, Dieu n’a pas jeté l’éponge, il a continué à bichonner l’homme et la femme, leur offrant sa miséricorde, leur proposant son alliance, envoyant des prophètes pour les guider sur le chemin de la vie. C’est sûr, Dieu a tout bien fait et, le cœur attristé, qu’est-ce qu’il constate ? Il y a de l’ivraie plein sa création, plein le cœur des créatures ! Alors Jésus tient à mettre les points sur les « i » : il faudrait être stupide pour penser que c’est Dieu qui serait pervers et qui s’amuserait à semer de l’ivraie en même temps que le bon grain pour que rien ne marche vraiment bien afin que les hommes puissent en baver ! Non, dit Jésus, c’est un ennemi qui est responsable de cette ivraie qu’il est venu semer pour tenter anéantir le travail du semeur.
Et vous aurez remarqué que cet ennemi n’est pas loyal, il ne vient pas en plein jour pour livrer un combat à la loyale, il vient la nuit quand toute le monde dort. S’il y en a un qui est pervers, c’est lui, l’Ennemi et sûrement pas Dieu ! Intéressons-nous maintenant à ce qu’il sème, en français on a traduit le mot grec par « ivraie », mais, même sans avoir appris le grec, le mot grec, vous le connaissez, c’est « zizanon » qui a donné le mot français « zizanie ». Voilà ce que sème l’ennemi et cette zizanie est terrible parce qu’elle a le pouvoir d’étouffer les germes des meilleures semences. Est-ce que l’avertissement de Jésus vous semble assez clair ? A chaque fois que nous semons la zizanie autour de nous, c’est comme si nous nous mettions à jouer contre notre camp puisque nous devenons les employés de l’Ennemi ! Fuyons la zizanie parce qu’elle est littéralement diabolique et produit des effets dévastateurs absolument dramatiques. Gardons cela dans notre mémoire pour penser la prochaine fois que nous serons prêts à prendre une personne à témoin pour critiquer une autre personne qui est absente. On peut légitimement avoir des différents avec une personne, mais on ne les règle pas en semant la zizanie, on les règle, selon le conseil de Jésus dans un autre passage d’Evangile, en allant trouver cette personne, après avoir prié le Saint-Esprit, pour parler avec elle.
Vous aurez remarqué que lorsque les serviteurs ont compris la stratégie de l’ennemi, ils sont prêts à utiliser une solution radicale, mais Jésus n’aime pas les solutions radicales. En plus, vous comprenez bien que, si partout où il y a de l’ivraie, des germes de zizanie, on passait un puissant herbicide, nos cœurs risqueraient de ne pas s’en remettre car qui d’entre nous oserait dire que jamais, jamais, il n’a été un « zizaneur » ? Jésus, en digne Fils de son Père miséricordieux demande de la patience jusqu’au jour de la moisson. Là, il sera temps d’intervenir, cela évoque l’action du Seigneur quand nous comparaitrons devant lui, il enlèvera l’ivraie de nos cœurs puisque le mal, la zizanie et tant d’autres fléaux ne passeront pas les portes de l’éternité, c’est ce qu’on appelle le purgatoire.
Mais en attendant, le Seigneur ne reste pas inactif, il suscite des semeurs qui accepteront d’être plus persévérants, plus actifs que l’ennemi en semant des petits gestes d’amour pas plus grands qu’une graine de sénevé. Ce qu’ils sèmeront pourra sembler dérisoire, mais Jésus le promet, leur action contribuera à transformer le monde en un vaste jardin potager dans lequel chacun trouvera ce dont il a besoin pour vivre. Soyons ces semeurs pour qu’il vienne ce temps où l’amour l’emportera sur la zizanie et marquera une première défaite de l’ennemi en attendant sa défaite totale quand toute ivraie sera enlevée de tous les cœurs ; c’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
