Aujourd’hui, dans tout ce qu’on appelle le réseau St Laurent, c’est une grande fête. Le réseau Saint-Laurent, dans l’Eglise de France, met en relation des groupes chrétiens assez divers, mais qui partagent tous, en Église, un chemin de fraternité et de foi avec des personnes vivant des situations de grande pauvreté et d’exclusion sociale. Ce réseau a été fondé pour que ce chemin que ces groupes prennent puisse devenir le chemin de toute l’Église ; pour que l’Eglise ne se contente pas de confier à des spécialistes le soin des pauvres mais qu’elle encourage chaque chrétien, chaque communauté à mettre au cœur de ses préoccupations le désir de se faire proche de tous ceux qui pour tant de raisons différentes vivent dans la pauvreté, la précarité.
Chaque année, les groupes de ce réseau se donnent rendez-vous à Lourdes pour vivre cette fête de St Laurent auprès de Bernadette, qui était elle-même une pauvre, fille de pauvres. Et c’est elle que la Vierge a choisie comme interlocutrice à Lourdes pour se révéler. Alors, il n’y a rien d’étonnant qu’à Lourdes, comme en tant d’autres lieux, la Vierge ait choisi une pauvre, il suffit de se reporter au Magnificat, son chant d’allégresse, pour le comprendre.
Dans ce chant d’action de grâce, Marie se définit comme humble servante, l’humilité c’est un autre nom de la pauvreté, mais de la pauvreté du cœur. Ensuite, elle affirme que le Seigneur renverse de leurs trônes les puissants, non pas parce qu’il ne les aimerait pas, mais parce que sur le trône, il ne peut y en avoir qu’un, lui, le Seigneur. Donc, s’il renverse les puissants de leurs trônes, ce n’est pas pour y installer les pauvres à la place, mais pour que tout le monde soit uni dans un lien de fraternité qui fonde une égalité absolue dans la dignité. Je m’arrête là dans le commentaire du Magnificat, mais il aurait été possible de continuer car la suite parle encore des pauvres et de l’amour de prédilection que le Seigneur leur porte. Pas étonnant que les pauvres aiment tant la Vierge Marie !
Mais, dans tout ce que je viens de dire, il n’y a encore pas l’essentiel : pourquoi ce réseau de groupes, tournés vers les plus pauvres et faisant Eglise avec les plus pauvres, a-t-il pris le nom de St Laurent ? Tout simplement parce que St Laurent est leur patron incontestable ! Pour le comprendre, il est nécessaire de faire un détour par sa vie. Laurent, mort en 258, était un diacre de l’Eglise de Rome où il occupait la fonction qu’on qualifierait, aujourd’hui, d’économe diocésain, il exerçait ce ministère au service du pape Sixte II, évêque de Rome, comme tous les papes.
A cette époque, l’empereur Valérien va prendre un édit de persécution interdisant le culte chrétien, ce n’était pas le premier qui faisait cela et ça ne sera pas le dernier ! Laurent, bravant l’interdit sera arrêté en même temps que le pape et les autres diacres de cette Eglise de Rome. Tous sont immédiatement mis à mort, mais Laurent est épargné, pourquoi ? Parce que l’empereur avait appris qu’il gérait les biens de l’Eglise ! Alors, avant de le faire mourir, il voulait faire « main basse » sur ces biens. Dans un interrogatoire qu’on peut imaginer assez musclé, Laurent est sommé de livrer les trésors de cette Eglise de Rome. Malicieusement, Laurent demande un petit délai pour réunir tous ces biens. Profitant de ce temps, Laurent va inviter tous les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles qui se trouvent dans le coin à venir vers lui et lorsque les émissaires de l’empereur viennent pour récupérer le trésor, il leur dit : « Voilà les trésors de l’Église ! »
On peut imaginer la colère des émissaires de l’empereur, pourtant Laurent avait dit juste : les pauvres sont vraiment le plus grand trésor de l’Eglise … même si l’Eglise n’en a pas toujours suffisamment conscience ! Pour le châtier de s’être joué de l’empereur, Laurent sera condamné à être brûlé vif sur un grill. Une tradition rapporte qu’il aurait gardé son sens de l’humour et un courage extraordinaire jusqu’au bout puisqu’après quelques instants, il aurait dit à son bourreau : « C’est bien grillé de ce côté, tu peux retourner ! »
Vous comprenez maintenant pourquoi ce réseau, en mission auprès des pauvres, l’a choisi comme patron faisant de sa parole leur charte : les pauvres sont le trésor de l’Eglise ! Nous comprenons aussi pourquoi les lectures que nous avons entendues ont été choisies en cette fête. Laurent a mis en application la parole et l’exemple de Jésus, il a été, à son tour, le grain tombé en terre qui, donnant sa vie, par amour finira par porter beaucoup de fruits.
Laurent aura aussi suivi le conseil de Paul, il n’a pas donné trop peu puisqu’il s’est donné totalement en donnant sa vie. Et c’est ainsi qu’il est devenu ce modèle si parlant, illustrant à merveille cette parole de St Augustin qui disait : Le peuple de Dieu n’est jamais instruit d’une manière plus profitable que par l’exemple des martyrs. Si l’éloquence des orateurs peut entraîner, le martyre, lui, il persuade. Alors, bien évidemment, il ne s’agit pas de rechercher le martyr pour conduire nos contemporains à la foi. Mais, nous le savons, il y a deux formes de martyr, le martyr de sang dans lequel on donne sa vie en une fois et le martyr d’amour dans lequel geste d’amour après geste d’amour, on donne sa vie au quotidien. Ce martyr-là, avec la grâce du Seigneur, non seulement nous pouvons, mais nous devons le vivre. C’est ainsi que nous serons de vrais témoins.
Au début de cette semaine mariale et de la retraite qui va commencer, demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet, que les pauvres soient toujours le vrai trésor de l’Eglise et qu’à l’image de St Laurent et par son intercession, nous cherchions à toujours mieux nous donner pour conduire à Jésus tous ceux qui ont soif d’amour.
