Comme je l’évoquais hier, quand nous lisons ce texte, nous nous disons quelle injustice que Dieu n’ait pas permis à Moïse d’entrer en Terre Promise ! Moïse a tant fait, pendant 40 ans, pourquoi lui interdire ce bonheur de fouler la Terre Promise ? Comment Dieu peut-il être responsable d’une telle injustice ? Oui, ça, c’est ce que nous disons, mais avez-vous entendu ce que, dans le même temps, Dieu, par l’intermédiaire de l’écrivain sacré, dit de Moïse ? Je relis : Il ne s’est plus levé en Israël un prophète comme Moïse, lui que le Seigneur rencontrait face à face. Que de signes et de prodige le Seigneur l’avait envoyé accomplir en Égypte, devant Pharaon, tous ses serviteurs et tout son pays ! Avec quelle main puissante, quel pouvoir redoutable, Moïse avait agi aux yeux de tout Israël ! C’est clair, pour Dieu, Moïse est un serviteur d’exception ! D’ailleurs, il faut se rappeler cette parole du livre de l’Exode : « Le Seigneur parlait avec Moïse face à face, comme quelqu’un parle à son ami. » Ex 33,11Ou encore cette parole du Deutéronome : Il ne s’est plus levé en Israël de prophète semblable à Moïse, que le Seigneur connaissait face à face, aucun ne l’égalait pour tous les signes et miracles que Dieu l’envoya accomplir en Égypte. Dt 34,10.
Mais alors, si Dieu avait une telle estime pour Moïse, pourquoi cette punition l’empêchant d’entrer en Terre Promise ? D’abord, vous savez que Dieu lui a permis de voir cette Terre depuis le Mont Nébo. De la part de Dieu, ce n’était évidemment pas de la torture psychologique comme pour lui dire, regarde, bave d’envie devant la beauté de cette terre que tu ne pourras pas fouler de tes pieds ! Non, c’était un vrai cadeau : même si tu ne pourras pas y entrer, tu as bien mérité de la voir et, pour cela, je t’offre le plus beau point de vue qui puisse exister, le mont Nébo.
Très bien, mais la question demeure : pourquoi Dieu ne lui a-t-il pas permis au moins d’entrer ? Si l’on en croit le livre des Nombres, c’est une punition de Dieu à cause de ce qui s’est passé à Massa et Meriba : Le Seigneur dit alors à Moïse et à son frère Aaron : Puisque vous n’avez pas eu assez de foi pour manifester ma sainteté devant les fils d’Israël, vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne. Nb 20,12 Permettez-moi de proposer une autre explication car cette punition de Dieu ne me convient pas bien ! Il y avait quand même un problème avec cette terre que Dieu a donné au peuple des hébreux, c’est qu’elle n’était pas libre ! Un certain nombre de tribus s’étaient établis sur cette terre. Et, comme on l’entendait, hier, il faudra la collaboration du peuple pour obtenir, pour jouir de cette terre que Dieu leur avait donnée. Le livre de Josué racontera tous les combats que le peuple des hébreux a dû mener pour enfin s’y établir.
Alors, mon explication, c’est qu’en ne permettant pas à Moïse d’entrer sur cette terre, il lui a épargné bien des problèmes. Cette mesure est plus l’expression de la miséricorde de Dieu qu’une mesure de punition. Et si j’insiste tant, c’est parce que nous pouvons tirer grand profit de ce que je suis en train de dire. Il peut nous arriver, à nous aussi, de ne pas pouvoir accomplir un rêve que nous avions, un rêve pourtant très légitime comme Moïse qui, légitimement rêvait d’entrer sur cette terre vers laquelle il avait conduit le peuple pendant 40 ans avec tant de difficultés. Ne voyons pas dans ces rêves impossibles à réaliser une punition incompréhensible de Dieu, essayons de voir si ça ne serait pas plutôt l’expression de sa miséricorde.
Personnellement, je me souviens très bien d’une situation semblable. A un moment donné de mon ministère, j’étais curé de paroisse et au bout de 6 ans de présence, bien aidé par une bonne équipe de laïcs, j’avais vraiment pu redonner un vrai tonus à la paroisse devenue une belle paroisse-missionnaire. Et c’est au moment où j’aurais pu commencer à recueillir les fruits de ce travail intense que l’évêque m’a appelé à devenir vicaire général ! J’ai fini par dire « oui » puisque j’avais promis obéissance, mais ce « oui » me laissait une certaine amertume dans le cœur ! Plus tard, j’ai compris que ce départ avait été salutaire parce que, très vite, j’aurais fini par m’attribuer le succès des initiatives pastorales et ça n’aurait pas été bon pour moi ni pour la paroisse ! Cet appel qui m’a profondément bousculé en m’empêchant de réalise mon rêve de rester pour recueillir les fruits a été très salutaire et, aujourd’hui, cette paroisse est encore bien plus vivante !
Quant à l’Evangile, il est extrait du chapitre 18 de l’Evangile de St Matthieu qu’on appelle le chapitre de la vie communautaire, parce que, dans ce chapitre, Jésus donne des conseils précieux à ceux qui forment une communauté qu’il s’agisse d’une communauté religieuse ou familiale !
Dans la 1° partie, Jésus évoque un fléau terrible, ce sont les plaintes que reçoivent en permanence ceux qui sont responsables qu’il s’agisse des parents ou des supérieurs de communauté. Il ou elle m’a dit ça, il ou elle m’a fait ça, il ou elle n’a pas fait ça, j’en passe et des pires ! Jésus appelle au bon sens : avant d’en parler aux parents, au responsable, en as-tu parlé à la personne concernée, seul à seul ? C’est seulement si la personne refuse de t’écouter que tu devras alerter l’échelon supérieur, mais, dans un premier temps, comporte-toi en personne responsable et, comme expression de ta charité fraternelle, aide ton frère ou ta sœur à avancer sur la route du bien.
La 2° partie est nettement plus positive : si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. C’est cette parole qui nous a poussés à mettre en place au sanctuaire, deux fois par mois, la prière des frères. Deux membres de la communauté, père et sœur ou plus souvent, maintenant, deux sœurs, prient pour une personne qui vient confier ses difficultés. Conscients de notre pauvreté, nous nous appuyons sur cette parole pour demander avec foi de pouvoir dire des paroles que la personne pourra accueillir comme des paroles venant du Seigneur lui-même, paroles de bienveillance, de consolation, d’encouragement. Et nous croyons que ça va marcher puisque c’est le Seigneur qui s’est engagé à être présent au milieu de ceux qui le prieront avec foi. Ce dont nous sommes sûrs, c’est qu’en réponse à notre prière confiante, le Seigneur viendra visiter cette personne et une visite du Seigneur, c’est un cadeau inestimable.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce de confiance dans tout ce que nous entreprenons !
