Désormais, nous avons tous l’habitude de communiquer par textos ou par mails. Ce genre de communication est souvent assez directe, on ne s’embarrasse pas de formules de politesse, on va droit au but pour demander ce qu’on veut demander ou pour transmettre l’info qu’on veut communiquer. Il m’arrive encore, parfois, de me corriger ! Juste avant d’envoyer le message, je rajoute cher untel et je commence en disant : j’espère que tu vas bien, ou comment vas-tu ? Mais je reconnais que la plupart du temps, je vais droit au but et je le fais sans trop de scrupule parce que c’est habituel dans ce genre de communication. Du coup, quand on lit le message de quelqu’un qui est de la vieille école et qui enrobe son message de plein de textes, on devient vite impatient, ne lisant pas tout pour chercher au plus vite l’info essentielle.
Dans la même ligne, à propos de l’Evangile d’aujourd’hui, on se dit que Matthieu aurait pu aller plus vite au but. Il voulait raconter la multiplication, eh bien, qu’il raconte ! Pourquoi cette introduction inutile qui rappelle la mort de Jean-Baptiste ? Eh oui, mais Matthieu comme les autres évangélistes, il est de la vieille école, il ne communique pas par texto ! Et celui qui lit un Evangile comme on lit un texto ne pourra jamais goûter à la saveur de l’Evangile ! Parce que cette introduction, elle était importante pour deux raisons au moins. Mais avant de développer ces deux raisons, je vous relis cette intro parce que, si vous avez la culture texto, vous n’avez peut-être pas été très attentifs ! Quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart.
- 1° raison pour laquelle cette intro est importante, c’est qu’elle nous révèle l’humanité de Jésus, la véritable humanité de Jésus. Jésus ne reste pas insensible quand on lui annonce la mort de Jean-Baptiste. Il a dû être profondément troublé, il était tellement lié au Baptiste. Au-delà du fait qu’ils étaient cousins, Jean-Baptiste avait préparé la mission de Jésus, il l’avait fait avec son tempérament bien à lui, mais Jésus avait su goûter à sa juste valeur le travail du Baptiste. Parce qu’il est vraiment homme, sa disparition l’affecte ; du coup, il ressent le besoin de partir à l’écart. Il a besoin de prier, de faire le point, de réfléchir aux conséquences pour lui.
- 2° raison pour laquelle cette intro est importante, c’est qu’elle nous révèle la divinité de Jésus, la merveilleuse divinité de Jésus qui ne réagit pas comme les hommes réagissent habituellement. Jésus avait vraiment besoin de se retirer, mais la foule avait encore plus besoin de le retrouver. Alors, sans regret, sans maugréer, il change son projet parce que le regard de Jésus est divin, il se laisse toucher par ce qu’il voit : en débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Ainsi donc, dans cette introduction, se trouve résumée la grande définition qu’établira le concile de Chalcédoine en 451 : Jésus est parfaitement homme et parfaitement Dieu. Enfin, de manière plus concrète, cette introduction nous explique pourquoi Jésus s’est retrouvé dans cette situation ingérable d’une foule 20 à 30 milles personnes qui se retrouve affamée le soir venu.
Il a guéri, très bien, mais ça lui a pris du temps parce que Jésus ne mettait pas ses mains en porte-voix pour dire : tous ceux qui veulent être guéris inclinez la tête ! Il s’arrêtait auprès de chacun, prenant le temps de manifester sa compassion. C’est en fidélité à l’attitude de Jésus que, lors des prières de guérison, lorsque je passe avec le Saint-Sacrement, je prends le temps de bénir les personnes au plus près, sans me préoccuper du temps que ça prend ! Oui, mais voilà, avec tout ce temps passé, le soir vient et les derniers viennent juste de voir Jésus auprès d’eux. Sans compter que les premiers à avoir été guéris étaient sûrement restés, c’était tellement beau de voir la compassion de Jésus à l’œuvre qu’ils ont dû rester, même s’ils ne voyaient que de loin, ils entendaient les alléluias, les hosannas.
Résultat, 5000 hommes donc minimum, 20 à 30.000 en comptant femmes et enfants, qui sont là. Après avoir pris soin d’eux comme il vient de prendre soin, comment pourrait-il les renvoyer en disant : j’ai fait mon job, débrouillez-vous maintenant ! Vous voyez l’intro était très importante.
Seulement voilà, 20 à 30.000 personnes, il est tard, les magasins sont fermés et de toutes façons les apôtres sont fauchés, comment faire ? Un rapide inventaire montre qu’il y a 5 pains et 2 poissons qui sont disponibles, dérisoire, inutile de commencer à partager, il n’y aura même pas une miette pour chacun ! Et Jésus qui dit à ses apôtres : allez, donnez-leur vous-mêmes à manger ! Il ne doute de rien, Jésus … et c’est bien normal, comment le Fils de Dieu pourrait-il douter ?! Evidemment, Jésus met ses apôtres à l’épreuve et il constate qu’ils ne sont encore pas prêts. Parce que la bonne réaction, ça aurait été de dire : nous on ne comprend pas comment ça va être possible de nourrir une telle foule avec le peu qu’on a, mais puisque tu nous demandes de les nourrir avec ça, nous te faisons confiance, nous te les apportons et fais ce qu’il faut !
Et, voyez-vous, je crois que c’est pour que nous retenions cette leçon que les Evangiles ont gardé le souvenir de cette histoire et qu’ils l’ont raconté plusieurs fois. Ce n’est pas pour épater, ni-même pour convaincre les dubitatifs que le miracle a été raconté, c’est pour qu’à chaque fois que nous nous retrouverons dans la situation des apôtres, nous repensions à ce qui s’est passé.
Parce que, si nous y réfléchissons bien, nous nous retrouvons souvent dans cette situation. Que de fois, nous nous retrouvons démunis : les autres nous demandent tellement et nous, nous avons conscience d’avoir si peu ! Je ne parle évidemment pas des biens matériels, de l’argent parce qu’à ce niveau, il y en a qui ont largement de quoi faire, largement de quoi partager et qui, hélas, ne le font pas toujours ! Non, je parle de l’amour qui nous est demandé. J’espère que nous avons tous conscience d’avoir si peu d’amour, trop peu d’amour. Je dis souvent avec humour, mais ce n’est sûrement pas loin de la vérité que la contenance de mon cœur, c’est un dé un coudre d’amour ! Alors que dans la journée, avec tous ceux qui se présentent ici, c’est plusieurs tonneaux qu’il me faut et je pense qu’il en va de même pour vous, avec vos familles, votre entourage. Devant cette prise de conscience, il y a trois solutions :
- 1° solution, puisque je n’ai pas assez, je ne donne rien à personne pour ne pas faire de jaloux, je reste enfermé dans mon égoïsme et je ne m’occupe que de moi.
- 2° solution, je donne une mini-goutte d’amour à ceux qui insistent, ça ne sert à rien, mais ça me donne bonne conscience !
- 3° solution : je me tourne vers Jésus et je lui dis : rappelle-toi, la multiplication des pains ! Je n’ai qu’un dé à coudre, il faudrait des tonneaux et des tonneaux, donc à toi de jouer. Moi, je donne à chacun sans restriction et toi, tu assures pour que le suivant et encore le suivant et tous les autres aient largement leur dose ! 3° solution : je me tourne vers Jésus et je lui dis : rappelle-toi, la multiplication des pains ! Je n’ai qu’un dé à coudre, il faudrait des tonneaux et des tonneaux, donc à toi de jouer. Moi, je donne à chacun sans restriction et toi, tu assures pour que le suivant et encore le suivant et tous les autres aient largement leur dose ! Et, bien sûr, c’est au cœur de l’Eucharistie que se réactualise, à chaque fois, le miracle accompli naguère par Jésus, à chaque fois que nous venons à la messe, par sa vie donnée dans l’amour donné, il multiplie notre pauvre amour.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de ne plus jamais nous réfugier dans les deux premières solutions, que la foi nous soit donnée pour croire en la puissance de Jésus.

Regarder Jésus : plus il y a de divin, plus Il est humain.
Voir les hommes avec toutes ces connections : que de précipitations pour moins de communication, le tout saupoudré de déshumanisant !!