Tout au long de cette semaine, les homélies seront données à La Flatière où je prêche une retraite s
Je me rappelle quand j’étais responsable de la Pastorale des Jeunes, j’avais un groupe d’étudiants et jeunes pros, c’étaient des jeunes que, pour la plupart, j’accompagnais depuis qu’ils avaient été collégiens. Ils organisaient un week-end par trimestre et je préparais avec un petit groupe. Une fois, le petit groupe de préparation me dit : on s’est concerté et le week-end prochain, on aimerait que tu nous présentes les 5 piliers du christianisme ! Je leur ai dit : c’est sûrement nouveau, sorti depuis peu parce que moi, je n’en ai jamais entendu parler ! Je les invite à préciser leur demande et ils me disent : chez les musulmans, c’est simple, on sait ce qu’il faut faire pour être un vrai musulman, il faut pratiquer les 5 piliers de l’Islam qui sont la profession de foi, l’aumône légale ; le pèlerinage à La Mecque ; le jeûne du Ramadan ; la prière cinq fois par jour. Donne-nous les 5 piliers du christianisme, ce qu’il faut pratiquer pour qu’on soit sûr d’être de bons chrétiens !
Je pense que ces jeunes, très sympas au demeurant, je suis encore en lien avec certains d’entre eux, ressemblaient étrangement à ces gens que Jésus cherchait à catéchiser et qui à la fin de l’Evangile de ce jour demandaient à Jésus : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » Ils voulaient eux aussi, à leur manière, connaître les 5 piliers du christianisme ! Et vous savez derrière ce genre de questions, il y a un double risque qui se cache :
- Le scrupule, la peur de ne pas en avoir fait assez et de se retrouver recalé au jour du jugement. Donc on préfère que les choses soient claires pour ne rien oublier qui viendrait nous condamner.
- A l’inverse, l’autre risque, c’est la paresse : on voudrait être sûr de ne pas en faire trop ! Alors, on veut connaître le minimum syndical à pratiquer absolument.
Je ne sais plus dans quels termes exacts, j’avais répondu à ces jeunes, je pense que j’avais dû m’inspirer de Jésus qui avait eu une réponse bien déconcertante : L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez. Les auditeurs de Jésus, comme les jeunes de mon groupe, s’attendaient à une liste d’actions à accomplir et Jésus leur dit : L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez ! Que vous croyiez en celui qu’Il a envoyé. C’est-à-dire que Jésus renverse complètement la problématique en disant : le plus important, ce n’est pas ce que vous, vous ferez pour Dieu, c’est ce que Dieu fera pour vous. Ce qui est prioritaire, ce n’est pas de voir comment vous allez travailler pour Dieu, le plus urgent, c’est de vous laisser travailler par Dieu.
La foi, en effet, c’est un don de Dieu, c’est Dieu qui travaille notre cœur et nous qui acceptons de nous laisser travailler ; c’est Dieu qui emplit nos cœurs de son amour et nous qui acceptons de désencombrer nos cœurs pour que rien ne vienne faire obstacle à ce travail de Dieu en nous. Le grand artisan de ce travail, ça sera le Saint-Esprit, c’est pour cela que j’ai souhaité célébrer une messe votive du Saint-Esprit. Et le résultat de ce travail du Saint-Esprit, c’est que nous serons plus profondément unis à Jésus, lui ressemblant chaque jour un peu mieux. Je reformule donc la réponse de Jésus : L’œuvre qu’accomplit en vous Dieu, le Père, par le Saint-Esprit, c’est que vous croyiez ! Que vous croyiez en Jésus qu’Il a envoyé et que vous puissiez lui ressembler.
Vous en conviendrez, cette Parole de Jésus est une très belle parole pour nous aider à entrer dans cette retraite. Il n’y aura rien de plus important, pour vous, au cours de cette retraite, que de répondre au désir de Dieu, notre bon Père du ciel, qui veut que vous vous laissiez travailler par le Saint-Esprit, travail qui n’a d’autre but que de vous unir à Jésus. Enfin, je dis « vous », mais je devrais dire « nous », c’est-à-dire qu’il n’y a pas que les retraitants qui sont concernés, le prédicateur l’est aussi, les accompagnateurs également ainsi que les membres du Foyer. Parce que nul d’entre nous ne pourra jamais prétendre qu’il s’est suffisamment laissé travailler et que désormais, il est au top. Si Jésus avait détaillé les piliers du christianisme, comme les musulmans déclinent les piliers de l’Islam, il serait facile de voir quelles cases on coche et quelles cases restent à cocher. Mais, là, comme il s’agit d’ouvrir nos cœurs pour accueillir le travail que le Saint-Esprit a mission d’accomplir, nous n’aurons jamais fini. Jusqu’à notre dernier souffle, nous pourrons nous laisser travailler.
Pour que cette retraite soit féconde, ne nous fixons donc pas un programme de dingue en voulant faire ceci et encore cela, celui qui a un programme de dingue, c’est le Seigneur, laissons-le faire, laissons-nous faire !
