Quand vous entendez ce texte d’Evangile, est-ce que vous ne sentez pas monter en vous le désir de créer un syndicat, le syndicat des ouvriers de la 1° heure ?! Oui, parce que, quand même, il exagère le maitre de ce domaine : payer autant les derniers que les premiers, c’est profondément injuste. Si encore il l’avait discrètement, après tout, c’est son argent, il fait ce qu’il veut mais, au moins qu’il ne le montre pas ! Il n’avait qu’à commencer en payant les premiers, ils auraient eu le salaire convenu et pour que ça marche, il fallait inviter les derniers à ne surtout pas dévoiler le montant du salaire reçu, « ni vu ni connu », personne n’aurait rien dit ! Mais non, exprès, il commence par les derniers en leur donnant ce qui avait été prévu pour les premiers. Avec un tel comportement, pas étonnant que le syndicat des ouvriers de la 1° heure lui tombe dessus !
Oui, tout cela, nous pouvons le penser en entendant cette parabole qui vient confirmer cette parole entendue dans la 1° lecture quand Dieu dit : mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins ; autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. C’est sûr qu’il n’y a que Dieu qui puisse agir ainsi car, vous l’aurez bien compris ce maitre du domaine, au comportement si désarmant, c’est Dieu. Et si le comportement de Dieu nous dérange au point que nous aurions envie de créer le syndicat des ouvriers de la 1° heure, c’est le signe que, dans notre foi, nous avons encore du chemin à faire et c’est particulièrement pour nous que Jésus rajoutait à la fin de la parabole : ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?
Cette parabole, j’ai l’impression que Jésus l’a racontée pour nous préparer à la grande surprise qui nous attendra lorsque nous arriverons vers le Père éternel. Quand les portes du ciel s’ouvriront après le passage par la douche du purgatoire, nous risquons bien d’être étonnés de croiser certaines personnes : lui, elle, mais il doit y avoir erreur ! Que moi, je sois accueilli au paradis, c’est normal, je suis venu aussi régulièrement que possible à la messe, j’ai payé mon denier de l’Eglise, j’ai participé au financement des travaux du sanctuaire, j’ai même rajouté un chèque, réalisant que le 1° n’était pas suffisant. Oui, moi, c’est normal que je sois accueilli puisque je suis un ouvrier de la 1° heure, mais, lui, elle que je connais bien et que je n’ai pratiquement jamais croisé à la messe et qui n’a pas toujours été exemplaire en tout, non, c’est scandaleux ! A quoi ça sert de chercher à être bon si on n’est pas mieux traité que les autres ?
Vous savez c’est ce qu’ont dû se dire un certain nombre de locataires du paradis quand ils ont vu arriver celui qu’on a pris l’habitude d’appeler le bon larron. Bon, il l’aura été dans les 3 dernières minutes de sa vie, mais le reste, il vaut mieux ne pas en parler ! Lui, c’est plus qu’un ouvrier de la 11° heure, c’est l’ouvrier de la 11° heure et 59 minutes ! Et pourtant, il est au paradis, on ne peut pas en douter puisque c’est Jésus lui-même qui l’a dit !
En entendant tout cela peut-être que certains sont en train de se dire : j’ai bien fait de venir à cette messe parce que ça va me permettre de relâcher mes efforts, je réserve ma bonté pour les 3 dernières minutes de ma vie puisque ça suffira ! Pas sûr que ce soit un bon calcul et cela pour deux raisons !
- 1° raison, tu ne peux pas savoir quand tu entreras dans les 3 dernières minutes de la vie, peut-être qu’elles ont commencé ces 3 dernières minutes si une crise cardiaque foudroyante venait te terrasser précisément dans 3 minutes ! Alors, comme tu ne sais pas quand elles arriveront, mieux vaut te tenir prêt à chaque instant en remplissant chaque instant de ta vie du maximum d’amour.
- 2° raison encore plus fondamentale : si tu n’as fait du bien dans ta vie que pour te préparer une place de choix au paradis, tu es le plus à plaindre ! Agir de cette manière anéantit complètement la valeur du bien. Le bien, il n’est bien, il n’est bon qu’à condition d’avoir été fait de manière désintéressée. Et puis, si tu es dans cet état d’esprit, quel malheur parce que ça veut dire que tu n’as pas goûté à la joie qu’il y a à faire du bien. Nous devrions l’avoir appris au bout d’un certain temps : le chemin le plus sûr pour être heureux, c’est de rendre les autres heureux !
Finalement, la lecture de cette parabole devrait plutôt nous plonger dans une immense gratitude : quelle chance d’avoir un Dieu qui ne compte pas ! Dimanche dernier, nous l’avons déjà entendu. En répondant à la question de Pierre, Jésus a expliqué que Dieu, notre Père était prêt à nous pardonner 70 fois 7 fois par jour, c’est-à-dire qu’il ne calculait rien et ça, c’est une bonne nouvelle pour nous et pour tous les hommes. Certains parents ou grands-parents sont angoissés en pensant au sort éternel de leurs enfants ou petits-enfants qui ont largué leur foi depuis pas mal de temps. Dieu n’a pas fixé un nombre de messes minimum auxquelles il faudrait participer pour que les portes du ciel puissent s’ouvrir. La devise de Dieu, c’est : quand on aime, on ne compte pas !
Et encore une fois, ce n’est pas une prime à la médiocrité que Dieu veut distribuer en agissant ainsi. Parce que nous qui avons cherché à être fidèles et bons tout en restant pécheurs, nous aurons eu un immense avantage sur les ouvriers de la 11° heure, c’est que ça fait des années que nous nageons dans le bonheur de pouvoir aimer le Seigneur et de nous savoir aimés de lui. Les catéchumènes, quand ils embrassent la foi sont tous très, très heureux, mais ils disent tous la même chose : pourquoi je ne suis privé d’un tel bonheur si longtemps ?
Alors abandonnons l’idée de créer un syndicat des ouvriers de la 1° heure ! D’autant plus que ce syndicat existe déjà et que son secrétaire général est une personne pas très agréable, c’est le fils ainé de la parabole du père et des deux fils. Il réagit exactement en chef de file du syndicat des ouvriers de la 1° heure. Est-ce lui votre modèle ? Est-ce vraiment à lui que vous avez envie de ressembler ? En tout cas, ce n’est pas lui qui est en train de travailler pour que nos communautés puissent accueillir de plus en plus de personnes qui retrouvent le chemin de la foi ou qui, simplement, découvrent ce chemin et vivent l’immense joie d’avoir une vie remplie de sens parce que remplie d’amour. Que ces ouvriers de la onzième heure viennent réjouir nos cœurs d’ouvriers de la 1° heure qui raisonnons avec un esprit bien trop comptable.
C’est la grâce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet !
