Nous approchons de la fin de l’octave pascale. Tout au long de cette semaine, les évangiles nous ont donné du temps pour explorer ce bien grand mystère de la résurrection en nous permettant de recueillir le témoignage de tous ceux qui ont bénéficié d’une apparition du ressuscité. Et alors l’Eglise étant vraiment une bonne mère et une bonne enseignante, « Mater et Magistra », nous offre, aujourd’hui, ce texte d’Evangile dans lequel nous avons entendu Marc nous donner un résumé de ce qu’il faut retenir. Comme souvent, l’Evangile de Marc ne se laisse pas encombrer par les détails, vous savez, en effet, qu’il est le plus synthétique puisqu’il ne comporte que 16 chapitres. Alors, là où les autres apportent des nuances, Marc va droit au but.
En lisant son résumé, on pourrait discuter tel ou tel point de la chronologie qu’il propose, mais son objectif n’est pas de faire un compte-rendu précis des apparitions. Il y a quatre grandes affirmations dans son résumé : 1/ Il est ressuscité 2/ Le témoignage de ceux qui l’ont vu vivant n’a pas suscité immédiatement chez les apôtres un enthousiasme délirant, c’est le moins qu’on puisse dire 3/ Jésus lui-même leur est apparu leur faisant quelques reproches 4/ Mais il ne reste pas dans ces reproches puisqu’il les envoie en mission : « Allez dans le monde entier, proclamez l’Évangile à toute la création. » Et c’est ce qui doit rester gravé en nous : Le Seigneur ne nous enfermera jamais dans nos insuffisances, il nous renouvellera sans cesse sa confiance. Comme aimait le dire le pape François dont les funérailles se poursuivent à cette heure : le Seigneur ne se fatiguera jamais de nous pardonner !
En méditant ces textes, mon attention a été attirée par une parole de la 1° lecture que je voudrais commenter rapidement, précisément parce qu’elle va me permettre d’évoquer la mémoire du bien-aimé pape François. Cette parole que je retiens, c’est la réponse de Pierre aux autorités juives qui l’ont arrêté, avec Jean, et qui veulent passer un marché avec eux : on vous libère et vous ne parlez pas de lui. Voilà ce que Pierre leur répond : « Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu ? À vous de juger. Quant à nous, il nous est impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu. » Il y a 2 éléments dans cette réponse que je commente successivement.
1° élément, Pierre pose une question : Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu ? C’est comme si Pierre disait : vous voulez passer un marché avec nous, mais, nous, ce qui nous importe ce n’est pas de sauver notre peau, c’est d’accomplir la volonté de Dieu. Nous ne nous déterminons pas en fonction de ce qui est avantageux pour nous, mais en fonction de ce que Dieu veut pour que nous l’aidions à hâter la venue de son règne d’amour sur la terre. L’un des mots que le pape François a beaucoup utilisé dans ses mises en garde, c’est le mot « mondanité ». Je redis que la mondanité, pour le pape François, ce n’est pas le fait de boire du thé dans des salons feutrés en levant bien le petit doigt !
La mondanité, pour lui, c’est de se laisser gagner par l’esprit du monde. Et c’est précisément ce que Pierre refuse : Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu ? La mondanité, c’est décider de ses actions en prenant comme éléments de référence les valeurs du monde. Dans cette perspective, je vais faire surtout ce qui me rapporte, ce qui me met en valeur, je vais là où je trouve un intérêt. La mondanité, c’est ne plus écouter la petite voix de l’Esprit, c’est ne même plus demander à l’Esprit ce qu’il aurait à me souffler pour que mes choix soient en cohérence avec ma foi. Aux funérailles du pape Jean-Paul II, celui qui allait devenir le pape Benoit XVI, avait eu cette belle expression : Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu’il nous voit et qu’il nous bénit. Et il avait ajouté : Oui, puisses-tu nous bénir ! Nous pouvons reprendre les mêmes mots pour le pape François : Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu’il nous voit et qu’il nous bénit. Oui, puisses-tu nous bénir bien-aimé pape François en nous obtenant la grâce de ne pas tomber dans la mondanité. Nous le demandons aussi par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
2° élément dans la réponse de Pierre : Quant à nous, il nous est impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu. Ce que certaines traductions rendent en disant : nous ne pouvons pas ne pas parler ! C’est comme si Pierre disait : en admettant que nous soyons suffisamment fous pour accepter votre marché, de toutes façons, notre cœur est tellement plein qu’il en est débordant. Du coup, nous ne pouvons plus contenir tout ce qui est dans notre cœur, nous devons le partager : nous ne pouvons pas ne pas parler ! L’un des plus grands textes pastoraux du pape François aura été Evangelii Gaudium, la joie de l’Evangile. Dans cette exhortation écrite au début de son pontificat, c’est son cœur de pasteur qui s’exprime, partageant ce qui lui parait le plus essentiel pour l’Eglise si elle veut rester fidèle à son divin maître. C’est dans ce texte qu’il appelle tous les chrétiens à devenir d’audacieux et ardents disciples-missionnaires. C’est dans ce texte qu’il invite l’Eglise à être une Eglise « en sortie » qui n’a pas peur d’aller jusque dans les périphéries existentielles pour témoigner de l’amour infiniment miséricordieux du Seigneur qui ne se lasse jamais de pardonner.
Bref, tout ce qu’il dira durant les 12 ans de son pontificat se trouve résumé dans ce texte lumineux et stimulant. Dans ce texte, le pape explique que l’ardeur missionnaire qui doit animer tous les chrétiens pour qu’ils se transforment en disciples-missionnaires ne peut que jaillir d’une vraie rencontre avec Jésus. C’est pour cela qu’il propose à tous les chrétiens de renouveler sans tarder cette rencontre qui, seule, pourra leur donner l’ardeur et l’audace nécessaires qui les transformeront en disciples-missionnaires. C’est déjà ce que disait Pierre dans ce 2° élément de sa réponse : nous ne pouvons pas ne pas parler parce que la rencontre avec Jésus ressuscité et le don de l’Esprit ont allumé un feu d’amour que nous sommes obligés de partager, c’est devenu plus fort que nous. En reprenant les mots que je citais précédemment, je redis : Nous pouvons être sûrs que notre Pape bien-aimé est maintenant à la fenêtre de la maison du Père, qu’il nous voit et qu’il nous bénit. Oui, puisses-tu nous bénir bien-aimé pape François en nous obtenant la grâce de faire et refaire sans cesse cette rencontre avec Jésus qui nous transformera en ardents disciples-missionnaires. Nous le demandons aussi par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
