Toute cette semaine, je pr^che une retraite au Foyer de Charité de Roquefort-les-Pins
La 1° lecture tirée du livre des Actes est une belle page de l’histoire de l’Eglise, une page qui illustre à merveille ce qu’on appelle la résilience, c’est-à-dire cette capacité à rebondir après une difficulté et, même mieux, à se servir de cette difficulté pour rebondir. Hier, nous avons lu le récit de la mort d’Etienne en martyr et, comme si cette mort ne suffisait pas, les autorités du moment vont déclencher une violente persécution, 1° d’une très longue série de persécutions contre les chrétiens, série finalement jamais totalement interrompue dans l’histoire. Mais Dieu est trop fort ! En effet cette persécution, qui suit le meurtre d’Etienne, va obliger les chrétiens à se disperser. Ce n’est pas qu’ils avaient peur de mourir, c’est même le contraire ! Tout le monde rêvait, un peu secrètement, de pouvoir donner sa vie, de mourir comme le Christ et à la suite du Christ, comme Etienne l’avait fait.
Oui, mais les chrétiens ont quand même été obligés de se disperser pour que l’Evangile puisse, selon la belle expression de Paul, continuer sa course. Si tout le monde mourait héroïquement, en martyr, qui allait annoncer l’Evangile ? C’est donc là que Dieu va montrer qu’il est trop fort car cette persécution va avoir un effet inattendu qui surprendra et surtout chagrinera les autorités, tant juives que romaines. En effet, la dispersion des chrétiens va être à l’origine d’une propagation plus rapide de la bonne nouvelle. J’aime bien présenter le livre des Actes comme une histoire de pyromanes. A la Pentecôte, les apôtres reçoivent le feu de l’Esprit et leur mission sera désormais de propager ce feu. Vous comprenez pourquoi je parle de pyromanes. Eh bien, la persécution consécutive au martyr d’Etienne va disperser les pyromanes. Or, quand vous dispersez des pyromanes, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des départs de feu un peu partout, c’est ce qui nous était raconté avec le feu qui a pris même en Samarie, cette contrée qui avait pourtant si mauvaise réputation chez les juifs.
C’est pour cela, voyez-vous qu’il ne faut pas que les chrétiens restent enfermés dans un bocal trop étanche par peur d’être contaminés par l’esprit du monde, estimé trop contraire à l’Evangile. Vivre ainsi, ce n’est pas la vocation des chrétiens ! Puisqu’ils sont des pyromanes, ils ont vocation à être dispersés pour que le feu prenne plus vite un peu partout. Seulement pour que le feu prenne là où les chrétiens sont dispersés, là où ils vivent, encore faut-il que ces chrétiens soient vraiment habités par le feu ! Jamais des chrétiens tièdes ne mettront le feu !
Et comment peut-on rester, en permanence, habités par le feu ? Il me semble que l’Evangile nous en apportait la réponse. Un feu, si on ne veut pas qu’il meurt, il n’y a pas 36 solutions, il faut l’alimenter. Notre vie de prière personnelle et communautaire est, de ce point de vue, absolument décisive. Il ne s’agit pas de chercher à tout prix à ressentir ce feu, mais il s’agit de l’entretenir car je sais qu’autrement il va s’éteindre. Et s’il brûle, ce n’est pas d’abord pour que, moi, je puisse en ressentir les effets bienfaisants pour moi, même si de temps en temps, ça fait du bien ! Si j’entretiens le feu, c’est pour qu’il réchauffe le cœur de ceux qui m’approcheront. Et quand moi, j’aurai besoin d’être réchauffé, et nous avons tous toujours besoin d’être réchauffés, je n’ai qu’à m’approcher de ceux qui ont un cœur brûlant, c’est beaucoup plus chrétien et fécond que de chercher à se réchauffer à son propre feu !
Alors comment entretenir ce feu ? Eh bien, dans la vie spirituelle, l’Eucharistie reçue le plus souvent possible, restera toujours le meilleur moyen d’entretenir ce feu. C’est bien ce que nous dit ce chapitre 6 de St Jean qui est, comme je l’expliquais hier, la grande catéchèse eucharistique de Jésus. Profitons de nos temps de prière pour ruminer ces paroles qui nous aideront à entretenir le feu de l’amour dans nos cœurs. Car c’est vraiment l’Eucharistie qui, d’une manière unique et indépassable, entretient ce feu de l’amour.
J’aime citer dans toutes les retraites que je prêche cette parole de St Ephrem, un diacre de Syrie que Jean-Paul II avait, lui-même, cité dans sa toute dernière encyclique, justement consacrée à l’Eucharistie.
Voilà ce que disait St Ephrem : « Jésus appela le pain son corps vivant, il le remplit de lui-même et de son Esprit. […] Et celui qui le mange avec foi mange le Feu et l’Esprit. » Vous avez bien entendu : « Celui qui mange avec foi l’Eucharistie mange le Feu et l’Esprit. » C’est sans doute ce que voulait dire Jésus en se désignant comme le Pain de Vie et en annonçant l’Eucharistie qui nous donne le Pain de vie, c’est-à-dire le Pain qui permet à notre foi de rester toujours bien vivante et ardente, même si moi, je ne le ressens pas.
Par l’intercession de la Vierge Marie, Mère des Foyers demandons que nos cœurs, alimentés par l’Eucharistie, restent toujours brûlants de l’amour du Seigneur pour que nous puissions répandre ce feu car notre monde a bien besoin d’être réchauffé !
