26 septembre : samedi 25° semaine : Pas trop de buée, sinon danger ! Quand l’admiration fait place aux récriminations.

Depuis le début de la semaine, nous lisons, en première lecture, des textes tirés de ce qu’on appelle la littérature de Sagesse. Depuis jeudi, ces textes sont plus précisément tirés du livre de Qoéleth. Alors, c’est un peu compliqué parce que le livre de Qohéleth, certaines Bibles lui ont donné le titre de livre de l’Ecclésiaste. Et là, il faut faire attention de ne pas confondre l’Ecclésiaste avec le livre de l’Ecclésiastique appelé aussi le livre de Ben Sirac ou le Siracide ! Je résume Qohéleth est aussi appelé l’Ecclésiaste et Ben Sirac le Sage, l’Ecclésiastique ou le Siracide, c’est un même livre mais différent du précédent ! Bien sûr, on peut tout à fait vivre sans savoir cela par cœur, mais parfois, avoir quelques idées plus claires, ça peut aider pour s’y retrouver dans sa Bible !

A 1° lecture, ce livre de Qohèleth ne semble pas un livre très tonifiant. C’est sûr que ce n’est pas le livre à conseiller à une personne particulièrement déprimée ! Notamment à cause de ce refrain qui scande le livre : vanité des vanités, tout est vanité, ce refrain concluait la lecture de ce jour. Ça, c’est l’impression que laisse une première lecture de ce livre, il faut donc demander au Saint Esprit de nous aider à dépasser cette impression. En effet, si ce livre a été retenu pour faire partie de la Parole de Dieu, c’est parce qu’il contient une Parole que Dieu nous adresse aujourd’hui pour notre croissance spirituelle. Dieu ne parle jamais pour nous déprimer mais pour nous faire grandir. Alors comment pouvons-nous entendre cette Parole que le Seigneur nous adresse aujourd’hui ?

Il y a des traductions de la Bible qui essaient de rendre au plus juste le sens des mots hébreux, la Bible du juif Chouraqui en est un bon exemple. La lecture n’est pas toujours limpide mais elle peut être éclairante pour certains passages difficiles. Et là, c’est bien le cas. Quand on lit la Bible de Chouraqui, on ne lit pas « Vanité des vanités, tout est vanité » mais « Buée de buée tout n’est que buée. » Si Chouraqui a fait ce choix, c’est parce que le mot hébreu qui est traduit par « Vanité » dans nos bibles désigne aussi « la buée. »

C’est très beau parce que l’hébreu est une langue très concrète qui ne connait pas beaucoup de mots abstraits. L’hébreu choisit des mots imagés, réalistes pour définir des attitudes, des qualités, des concepts. On connait tous un très bel exemple de cette règle avec le mot pitié ou miséricorde qui, en hébreu, désigne les entrailles maternelles. Quand Dieu ou Jésus sont pris de pitié, on pourrait traduire qu’ils sont pris aux tripes, c’est une réaction viscérale, incontrôlée comme la réaction d’une mère qui défend et va toujours au secours de son enfant même quand il s’est mis dans une situation difficile à cause de ses mauvais choix. 

Le texte hébreu qui ne manie donc pas aisément les concepts dit : buée de buées, tout n’est que buée ! Ce mot est très suggestif parce qu’il évoque à la fois ce qui est éphémère, la buée disparait assez vite et ce mot désigne aussi ce qui nous empêche de voir. Quand vous avez de la buée sur vos lunettes ou sur votre pare-brise, il faut vite intervenir parce que vous risquez d’aller dans le mur ! Eh bien, voilà en quoi ce texte est une parole d’amour que Dieu nous adresse aujourd’hui : le Seigneur veut nous éviter de foncer droit dans le mur, il nous met en garde sur la buée qui risque de troubler notre vision. Par son style volontairement provoquant, cette Parole vient nous réveiller pour que nous réagissions pendant qu’il est encore temps. Finalement, cette Parole nous invite à nous interroger lucidement : ce à quoi je tiens, est-ce que c’est vraiment solide ou est-ce que, telle la buée, ça disparaitra mais en ayant considérablement perturbé ma vision de la réalité ? On peut formuler cela de manière un peu plus percutante encore : est-ce que ce à quoi je tiens vraiment, c’est vraiment ce qui me fait tenir ? Voilà l’interrogation profonde du livre de Qoeleth.

Venons-en à l’Evangile qui commençait par la mention que tout le monde était dans l’admiration devant tout ce que Jésus faisait. Avec cette mention, la suite peut paraitre étonnante car c’est précisément ce moment que Jésus choisit pour annoncer sa passion. On aurait presque envie de dire que cette annonce n’avait aucun caractère d’urgence, nous sommes, en effet, au chapitre 9 de l’Evangile, la passion est donc bien loin ! Oui, mais Jésus n’est pas un prédicateur qui veut en mettre plein la vue ; si tous l’admirent, c’est sans doute à cause des miracles qu’il accomplit, mais il ne veut pas laisser espérer ce qui n’arrivera pas. Il aurait pu surfer sur la vague de cette réussite, de cette admiration, il ne le fera pas parce qu’il veut être dans la vérité.

Le texte disait : les disciples n’ont pas compris ce que Jésus leur annonçait. Alors, comprenant qu’ils ne comprenaient pas, Jésus, en bon pédagogue, reviendra plusieurs fois sur l’annonce de sa passion. Mais ça n’empêchera pas, quand le moment sera venu, que la plupart de ceux qui l’admiraient le lâcheront. Comment Dieu pouvait-il se manifester au cœur de la souffrance, au cœur d’un échec apparent ? C’est vrai que ce n’est pas simple à comprendre !

Reconnaissons que, nous aussi, comme les disciples, nous avons du mal à comprendre. Quand nous sommes confrontés à la souffrance, la nôtre, celle de ceux que nous aimons, à la souffrance injuste de tous ceux qui ne demandaient qu’à vivre et qui voient leurs vies brisées, nous sommes tentés de lâcher la foi. Pour traverser ces moments difficiles, je vous recommande la lecture du – très beau livre-témoignage écrit par Anne-Dauphine Julliand, « consolation ». Cette femme a perdu ses deux filles d’une maladie orpheline et, comble de tout, son fils ainé s’est suicidé quelques années après. Elle a aussi donné une interview dans la revue Panorama et voilà ce qu’elle dit : À la mort de Thaïs, (c’est sa 1° fille qui est morte) pour la première fois, j’ai été confrontée à moi-même. Et là, il n’y en a qu’Un qui était là… J’ai vraiment entendu Dieu me dire : « Je suis là et je t’aime. » C’est la première fois que j’ai vraiment entendu Dieu, je ne m’y attendais pas ! Maintenant, je sais qu’il m’aime quoi qu’il arrive. Ce « je suis là et je t’aime » m’a surprise et apaisé, j’ai eu moins peur, je crois.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce d’être, nous aussi, aux côtés de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont confrontés au scandale du mal, pour qu’ils puissent entendre Dieu leur dire : je suis là et je t’aime. Demandons-lui, lorsque nous serons dans ces difficultés, que des frères, des sœurs puissent nous dire, par leur proximité aimante : Dieu est là et il t’aime !

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