Ce n’est pas tous les jours que la 1° lecture et l’évangile se répondent parfaitement parce que vous savez que la 1° lecture est un extrait d’une lecture suivie sur une ou plusieurs semaines d’un livre du Premier ou du Nouveau Testament et de même pour l’évangile. Il y a des jours où il est donc bien difficile de faire un lien entre les deux textes et il y a d’autres jours où ça tombe très bien, mais ce n’est pas voulu ! Aujourd’hui ça tombe très bien, profitons-en ! Chacun de ces textes, à sa manière, nous parle de la foi en la résurrection ou plutôt des conséquences fâcheuses qui vont habiter la vie de ceux qui refusent d’y croire.
La 1° lecture va être une parfaite illustration de ce que peut devenir la vie de quelqu’un qui, à l’image des sadducéens de l’Evangile, ne croit pas en la résurrection. C’est le cas de ce triste personnage qu’est le roi Antiocos Epiphane dont les lectures de cette semaine nous ont raconté dans le détail tous les méfaits, toutes les décisions arbitraires suivies d’arrestations et de meurtres pour tous ceux qui osaient résister à ce vaste mouvement d’apostasie qu’il avait initié.
Antiocos Epiphane pressent la victoire de la résistance juive menée par Judas Maccabée qui avait succédé à son père Mattathias, il commence donc à prendre la fuite. Comme tous les dictateurs en fuite, il ne sait pas bien où aller pour être tranquille, mais ce qu’il sait, c’est qu’on est toujours mieux accueilli quand on arrive avec les poches pleines d’argent ! C’est à ce moment-là qu’il entend parler d’un trésor caché dans une ville, Elymaïs, il décide donc d’y aller pour piller tout ce qu’il peut et s’assurer ainsi une fin de vie confortable.
Oui, mais ce n’est pas aussi simple que ce qu’il avait imaginé ! En effet la ville est très bien gardée et il ne peut pas faire main basse sur le magot. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, c’est justement le moment où il apprend que sa défaite en Judée est encore bien plus terrible qu’il ne l’avait imaginé ! Tout s’écroule pour lui, son passé n’est pas glorieux et son avenir est loin d’être assuré, Il entre donc comme dans une dépression profonde qui le conduit aux portes de la mort. Finalement, le fait de n’avoir pas cru, comme tous les Grecs de l’époque, en la résurrection est à l’origine d’un double méga-problème dans sa vie. 1/ Il aura mené une vie très désordonnée. 2/ Il va mourir dans une profonde désespérance.
S’il avait cru en la résurrection, il n’aurait pas mené une vie aussi désordonnée et cela non pas par crainte du châtiment éternel. Mais ceux qui croient en la résurrection des corps savent que le corps est sacré puisqu’il est promis à la vie éternelle, ils ne font donc pas n’importe quoi avec leurs corps et ne maltraitent pas non plus le corps des autres puisqu’il est sacré.
Mais c’est vrai que croire en la résurrection n’est pas forcément facile. On le voit bien dans l’évangile d’aujourd’hui avec cette histoire que l’on pourrait qualifier, à la manière de Jacques Chirac, d’« abracadabrantesque. » La résurrection des morts défie la rationalité, et puisqu’il est difficile de la penser de manière satisfaisante, certains déclarent que c’est impossible.
Alors, reconnaissons-le, cet article de foi dépasse notre entendement. Mais vous aurez bien remarqué que le Credo ne nous fait pas dire : j’ai compris donc j’adhère ! Le Credo, comme son nom l’indique nous fait dire : je crois. Et si nous enlevions de notre foi tout ce que nous n’arrivons pas à comprendre, il ne resterait plus grand-chose ! Vous comprenez, vous, l’Incarnation ? Vous comprenez comment c’est possible que Dieu se fasse homme ? Vous comprenez le Salut ? Vous comprenez dans le détail, comment c’est possible que Dieu, en Jésus, se livre entre les mains des hommes et accomplisse la Rédemption ?
C’est sûr, si nous sortions de notre foi tout ce que nous n’arrivons pas à comprendre, il ne resterait plus grand-chose ! Attention, je ne suis pas en train de prêcher l’obscurantisme ou de faire l’éloge de ce qu’on appelait la foi du charbonnier. J’avais un ami prêtre qui aimait dire à ses paroissiens qui affirmaient se contenter de la foi du charbonnier que la foi du charbonnier était bonne pour les charbonniers mais que, puisqu’ils n’étaient pas charbonniers, ça ne pouvait pas leur convenir !
Il nous faut plutôt entrer dans la trajectoire que décrivait St Augustin qui disait qu’il est illusoire d’imaginer qu’on arrivera à mieux croire quand on aura parfaitement compris, par contre disait-il, l’inverse est assuré : quand on croit plus, on comprend mieux !
Pourquoi est-il si important de tenir fermement à cet article de foi en la résurrection des morts ? Eh bien, pour deux raisons essentiellement.
• 1° raison : il y va de la cohérence de la foi en Dieu. Si Dieu est amour, il ne peut pas nous aimer à temps partiel. L’amour, par nature, est éternel. Longtemps, on a pensé qu’après la mort, tout le monde irait au Shéol, ce lieu, dans lequel on est comme des ombres et duquel tant de psaumes demandent que ceux qui les prient puissent être préservés. Ce sont les persécutions et la fidélité des justes qui vont activer cette révélation, cette foi est comme exigée par la révélation de Dieu lui-même. Dieu est amour et son amour est éternel, il ne peut nous abandonner au néant considérant que nous sommes devenus quantité négligeable !
• 2° raison : s’installer dans l’idée qu’il n’y a pas de vie après la mort, c’est prendre le risque d’ouvrir la porte au n’importe quoi dans la vie avant la mort. Attention, je ne dis pas que tous ceux qui ne croient pas vivent n’importe comment. Mais je constate que l’immense majorité des défenseurs de la vie, de toute vie sont des croyants et que la quasi-totalité de ceux qui jouent aux apprentis sorciers avec la vie ne croient pas … quand ils ne sont pas des adversaires déclarés de la foi. C’est parce que nos corps sont promis à la résurrection qu’ils doivent être respectés. La morale de l’Eglise trouve ici l’un de ses fondements les plus solides. Puisque le corps est pour la vie, il revêt une dignité absolue de sa conception à sa mort naturelle.
Même si nous ne pouvons pas tout comprendre de cet article de foi, entrons résolument dans l’attitude que St Augustin nous suggère : par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons un surcroît de foi pour entrer peu à peu dans ce grand mystère jusqu’au jour où il nous sera dévoilé pleinement.
