Séjour à La Réunion

Séjour à La Réunion

18 novembre 2018 1 Par Père Roger Hébert

18 novembre :

Ça y est nous y sommes ! Nuit dans l’avion … pas le top mais je n’aurai pas le culot de me plaindre ! La maison que nous occupons est la maison du fils d’amis qui nous ont accueillis en l’absence de leur fils qui est à Mayotte. Maison plus qu’agréable avec piscine à débordement ! Premier bain suivi de la messe célébrée avec les amis.

Notre avion est annoncé

Piscine à débordement de notre maison !

19 novembre

Ce lundi ballade vers des cascades magnifiques avec baignade sur place dans une eau pas très chaude (17°) mais tellement limpide ! Le programme n’est pas facile à établir en raison des manifestations qui bloquent les routes … ils promettent un mardi encore plus dur … on verra ! De toutes façons nous sommes loin d’être les plus malheureux de la région !

Cascades

20 novembre

Journée randonnée… 5 heures de marche (aller-retour) pour aller, depuis le célèbre Maïdo, jusqu’aux Glacières, ce lieu où on stockait de la glace qui était descendue par des esclaves qui, eux, arrivaient à faire 60 km de marche par jour, pieds nus, pour que des riches puissent boire des apéritifs frais et manger des sorbets ! Enfin coucher de soleil avec ciel couvert. Retour de randonnée perturbé à nouveau parles gilets jaunes, la situation risque de devenir tendue. Les dépôts de carburants sont bloqués, les supermarchés ferment parce qu’ils n’ont plus grand chose et par peur du pillage. Couvre-feu ce soir décrété par le Préfet dans les grandes villes. Nous sommes dérangés dans nos projets mais comme je le disais déjà : nous ne sommes pas les plus à plaindre. Je pense à vous … surtout en ayant appris que, chez vous, la neige est arrivée !

Vue depuis le Maïdo
Les explications concernant “les Glacières”
Preuve qu’on y était !

21 novembre

Déclaration de Mgr Aubry à propos des manifestations dans l’île :

Mgr Gilbert AUBRY, évêque de La Réunion

Les événements sociaux que nous connaissons se sont développés sur une situation de précarité et dans une escalade de taxes, de mesures qui a engendré des incompréhensions, de la colère, de la révolte : suppression des emplois aidés, question de l’allocation logement, coup de rabot sur les retraites, taxes sur le gasoil. Nous avons 40%de notre population qui vit au-dessous du seuil de pauvreté et nous connaissons24% de chômage. Certains disent qu’ils n’ont plus rien à manger à la fin du mois. C’est la réalité.

Nous ne pouvons pas parler des jeunes de manière générale et dire « les jeunes ont organisé les émeutes ». Les casseurs sont des éléments incontrôlables et des agitateurs qui profitent d’une situation trouble. La grande majorité de ceux que nous appelons les jeunes ne sont pas des «casseurs ». Ils aspirent à être reconnus, ne veulent pas être formatés, ils veulent vivre connectés pour bâtir une civilisation de l’amour. Amour interpersonnel, conjugal, familial, social, économique et politique. Avoir les moyens de vivre et de faire vivre. Dans la période que nous traversons, la famille, les familles constituent un socle fondamental pour l’avenir de la société. Et que les enfants et les jeunes ne soient pas livrés à eux-mêmes, surtout en période de désarroi.

Les « gilets jaunes » ont suscité un élan populaire qui exprime des doléances même si certains aspects de ces doléances paraissent contradictoires. On veut plus d’argent parce que la vie est chère. Normal. Mais qu’est-ce qui apparaît comme idéal ?La société de consommation exacerbée par la publicité. Comme les rêves miroités ne peuvent pas se réaliser, il n’y a plus rien à perdre. Les casseurs, eux ,vont s’attaquer aux symboles de cette société de consommation: voitures et temples de la consommation. Consommations d’alcool à l’appui. L’économie de l’île est mise à mal : les petits artisans n’arrivent plus à vendre, les avions vont faire le plein à l’île Maurice… L’image touristique de l’île prend un mauvais coup. Nous condamnons les violences destructrices, les émeutes et ce faisant, il nous faut rechercher les causes de ces violences ainsi que les remèdes nécessaires.

Il y a, dans le peuple, une aspiration fondamentale à vivre en sûreté et en paix. Une espérance à autre chose avec l’intuition d’une société humaine à construire. Les mouvements spontanés des « gilets jaunes » n’ont pas de référent. Cela a compliqué la situation. La démocratie directe est impossible mais la démocratie doit être participative pour construire une même communauté de destin. Et il appartient à la fonction politique, à travers les hommes et les femmes qui ont été validés, élus par le peuple d’être à l’écoute de celui-ci grâce notamment aux associations, aux syndicats et aux acteurs socio-économiques. Il faut les rapprocher et les mettre tous ensemble. D’une manière ou d’une autre, il y a nécessité d’enregistrer les doléances à la base, les classer, les analyser, établir des priorités. Dégager une trajectoire d’avenir pour le territoire de La Réunion avec ses micro-régions. Le CESER a déjà réalisé des études importantes là-dessus.

Pourquoi ne pas constituer aussi une « Conférence Territoriale » qui serait composée des présidents des deux collectivités (Conseil Régional, Conseil Départemental),des représentants des maires, des parlementaires ? Cette idée était déjà dans l’air, il y a quelques années. Cette Conférence fonctionnerait régulièrement selon un calendrier défini. Il est nécessaire de laisser de côté les égos politiciens et les luttes partisanes pour faire ensemble de la politique au service du bien commun, dans le respect des légitimes diversités. Il appartient au président de Région d’être le catalyseur pour la définition et le pilotage d’un « projet Réunion » au cœur de l’Indianocéanie, tout en étant Région ultrapériphérique de l’Europe.

En tant que croyant chrétien et évêque, je fais mienne la prière suivante et je vous l’offre. Cette prière est dite « au milieu » de chaque jour par les prêtres :  « Éteins la flamme du péché et les ardeurs de la colère. Emplis nos cœurs de ton amour et que ta paix nous réunisse. »

Coucher de soleil à La Réunion

22 novembre

Pas mal de gens me demandent comment on s’en sort avec les événements qui perturbent l’île de La Réunion. Voilà ce que je peux dire :
Pour le moment pas d’inquiétude pour nous … même si la gêne est réelle. Ce matin, tentative de faire des courses car tous les super-marchés étaient fermés ces jours il fallait trouver des petits commerces en contournant les barrages grâce aux indications d’internet ! 
On a changé notre programme de visites, randos à cause des barrages qui nous empêchent d’aller là où nous voudrions. 
Mais certaines plages restent accessibles et on aune piscine à la maison … donc la vie n’est pas si dure que ça ! Demain on projette de partir pour deux jours, je dois célébrer la messe dans un village qui n’est accessible qu’après 3 à 4 heures de marche, les gens seront sûrement contents d’avoir la messe, mais on ne sait encore pas si on pourra y aller car il y a un ou deux points chauds à traverser. 
Ce week-end je vais donner un coup de main à un prêtre rencontré à la retraite internationale des prêtres à ARS, je vais célébrer une messe samedi à 17h30 et une autre le dimanche à 7h … les gens sont matinaux ! J’espère que les barrages ne vont pas contrarier ce programme… s’il le faut, je suis prêt à voyager habillé en aube pour faciliter le passage !
Voilà quelques nouvelles du front !

Publiée sur Facebook, cette belle lettre, trouvée dans« Famille Chrétienne » qui me parle en ces temps troublés pour nous les prêtres et pour vous aussi, les frères et sœurs laïcs :

Cher ami,

Je prends la plume car je sais à quel point toi, et tant de tes confrères, pouvez souffrir en ce moment. J’ai appris que tu étais raillé ou insulté dans la rue par la faute humainement impardonnable de quelques-uns. J’ai entendu aussi que ta singulière vocation pouvait être remise en question à l’intérieur même de l’Église.
Ta mission est rude. Plus dure sans doute que celle de ceux qui t’ont précédé au siècle dernier, tant le monde qui nous entoure a été bouleversé. Mais le témoignage prophétique du don de ta vie et de ton 
célibat consacré qui n’est pas un chemin pavé de roses s’en trouve plus fort encore pour le monde.
Bien sûr, il m’est arrivé de te placer sur un piédestal, toi « l’autre Christ » que j’ai pris pour un demi-dieu. Je ne t’ai pas rendu service. Il m’est arrivé de râler publiquement contre telle ou telle de tes manies (cette rengaine des années 1970, l’encensoir qui fume bien trop, les quêtes exceptionnelles qui le sont de moins en moins…). Là encore, je ne t’ai pas aidé. Mais je te porte dans ma prière quotidienne. Voilà certainement ce que je peux faire de mieux.
Un jour où je regrettais la raréfaction des vocations sacerdotales, tu m’as dit que les laïcs aussi se raréfiaient ! Des laïcs sur lesquels tu peux t’appuyer pour accomplir ta mission, nourrir la communauté des sacrements, ces « signes visibles d’une grâce invisible »,comme l’expliquait saint Augustin. Car tu sembles t’user de ne plus être usé à bon escient.
Plutôt que de courir d’assemblées diocésaines en réunions pastorales, tu devrais pouvoir revenir à l’essentiel : baptiser, célébrer, confesser, marier, accompagner, enterrer… pour porter le Christ aux hommes, leur distribuer sa miséricorde, leur annoncer le Salut. être moins un manager qu’un véritable pasteur. Sois un père pour chacun d’entre nous, pour ceux aussi qui franchissent plus rarement le seuil d’une église.
Sois aussi mon frère. J’apprécie ces soirées où nous buvons un verre ensemble voire deux pour refaire l’Église (sans la défaire) et parler à cœur ouvert de tout ce qui nous passe par la tête, sans que le Christ ne soit jamais trop loin. Prenons le temps, gratuitement.
Mon ami, mon Père, mon frère, avec beaucoup d’autres, je veux te redire toute ma proximité et ma gratitude. Tiens bon, et nous tiendrons aussi !

24 novembre

Vendredi et Samedi randonnée au cirque de Mafat. Départ très matinal vers 5h15. Après avoir rejoint un parking, 1/2 h de 4×4 pour nous conduire au départ de la randonnée. Grosse, grosse montée d’au moins 4h ! Je commence bien la rando … pour traverser la rivière, il y a des grosses pierres et je tombe à l’eau ! Quand je pense que Nico, le mari de manièce est venu faire tout ça en courant, il y a un mois en participant à “la diagonale des fous” !

Rivière à traverser … c’est là que je suis tombé à l’eau !

Arrivés à l’îlet à Malheur (îlet =village), je célèbre la messe dans une chapelle dans laquelle il y a la statue du curé d’Ars ! Le curé qui s’occupe de ces îlets doit venir célébrer la messe à pieds … mais, lui, il ne met que 3 heures pour monter …. Et de temps en temps, c’est un hélicoptère qui le transporte.

chapelle de l’îlet à Malheur
Le curé d’Ars à l’îlet à Malheur

Départ ensuite pour Aurère, autre îlet du cirque de Mafat, petite heure de marche, nous arrivons fourbus dans le gite de Céliane et Narcisse, très beau gîte avec des hôtes très sympathiques qui nous ont préparé un très bon repas. La vie est quand même dure dans ces ilets  lessive à la main pour nos draps par exemple car l’électricité produite par les panneaux solaires n’a pas assez de puissance pour une machine à laver !)

Notre équipe à table chez Narcisse

Après une bonne nuit chemin de retour, ça descend, mais une multitude de marches d’escalier inégales qui font souffrir les genoux ! Retour à la maison, douche et départ pour que je puisse célébrer la messe « aux Avirons » : belle paroisse, église pleine, chorale …. ces deux jours, nous étions loin des problèmes des barrages, manifestations… et le point positif, c’est que nous avons pu faire le plein d’essence en allant au cirque de Mafat, il semble que vers 6h du matin, on trouve plus facilement de l’essence. A suivre !

vue depuis le sentier qui mène à Mafat

25 novembre

Dimanche messe à 7 à l’église de Ravine Sèche, Église magnifique où le prêtre célèbre avec vue sur l’océan indien… la photo ne permet pas de très bien le voir.

L’église de Ravine Sèche avec l’océan au fond

Église bien plus remplie que chez nous ! Ensuite départ pour les cascades Langevin avec baignade et plongeons dans le site des cascades, l’eau n’est pas chaude mais ça fait un bien énorme ! Ensuite départ pour le Sud Est de l’île pour aller voir la coulée de lave.

La coulée de lave

Dommage, nous n’avons pas pu aller jusqu’à l’église de Ste Rose qui a été épargnée, la coulée de lave s’est séparée en deux devant l’église et ne l’a donc pas engloutie ! Toujours beaucoup de barrages des gilets jaunes avec difficulté de trouver de l’essence et surtout du gas-oil … heureusement nos voitures de location roulent au sans-plomb et le matin de bonne heure on peut en trouver plus facilement. Aujourd’hui, il y a pas mal de blocages, magasins fermés ! Petite gêne pour nous, mais pour ceux qui travaillent, gros problèmes! Les écoles devaient rouvrir ce matin, est-ce que ça sera possible ?

29 novembre

Hier, j’ai concélébré la messe à l’église des Colimaçons (au-dessus de St Leu, c’est là que nous logeons) avec un père de La Salette. Ils sont assez présents sur l’ile avec pas mal de prêtres malgaches.

L’église des Colimaçons

Cette messe arrivait au terme d’une journée particulière. Nous étions partis à 5 pour aller faire une rando qui s’annonçait sympa. Mais il fallait éviter bien des barrages. Nous étions assez contents de nous (grâce notamment à une dame qui nous a guidés sur plusieurs kilomètres alors que ce n’était pas sa route … les gens sont en général très sympas) et voilà qu’à 6 km de notre but un barrage bloquant et non plus seulement filtrant tenu par des jeunes qui n’avaient plus soif !

Petit barrage !
Encore un barrage !

Retour chez nous après un pique-nique sympa au bord d’une rivière.

Pique-nique … même si nous n’avons pas pu marcher !

Ce matin, visite d’un magnifique jardin créé dans une plantation de café, je vous fais partager quelques photos.

Magnifique jardin !
Magnifique jardin, suite !
Magnifique jardin, encore !
Magnifique jardin, toujours !
Magnifique jardin … on va quand même s’arrêter !

Et l’après-midi, visite d’une fabrique de rhum … avec dégustation !  Hélas, je n’ai pas de photos … pourtant, j’étais bien en état pour en prendre !
Demain, il faudra penser au départ prévu pour samedi … si nous arrivons à rejoindre l’aéroport. Là, je m’envolerai pour l’île Maurice où je dois passer une douzaine de jours à Rose Hill dans une maison tenue par les pères spiritains.
Ça sera une aventure, je l’espère moins mouvementée!
Je mesure la chance que j’ai de pouvoir vivre ce mois de vacances assez paradisiaque au début de cette année sabbatique.

1° décembre

Nous voici à l’aéroport pour le départ vers Maurice …beaucoup, beaucoup de monde ! Les vols sont perturbés, certains veulent quitter l’île plus vite que prévu … Départ de la maison à 5h pour éviter les barrages alors que l’avion est à midi ! Mais l’essentiel c’est qu’on soit prêt à partir pour un lieu plus calme !

Du monde, du monde !