3 septembre : jeudi 22° semaine ordinaire. A ceux qu’il appelle, Jésus veut donner une vie féconde et pleine comme un filet de pêche miraculeuse !

Nous venons d’assister, en direct, à l’appel des premiers disciples. Chaque évangéliste raconte cet appel, mais chacun le raconte d’une manière particulière. Les différences ne doivent pas nous choquer car nous savons que le projet des évangélistes n’est pas de retranscrire les faits dans une parfaite exactitude historique, mais de nous conduire vers une vérité théologique. Evidemment, ça ne veut pas dire que rien ne serait exact, mais ce n’est pas la préoccupation première. C’est pour cela qu’il faut essayer de lire, notamment ces récits d’appel, en étant le moins possible encombrés de ce que nous savons par la lecture des autres Evangiles.

Pour Luc, c’est assez manifeste, il veut nous raconter l’appel de Simon, qui ne deviendra Pierre qu’au chapitre suivant ; c’est sur lui que le projecteur est braqué. La preuve, il nous parle de deux barques qui devaient, au minimum, requérir 4 personnes pour assurer le travail de la pêche, deux dans chaque barque. Or, Luc parle tout de suite de Simon, disant que Jésus monte dans sa barque et que c’est Simon, seul, qui fera la pêche miraculeuse. Il faut attendre la fin du texte pour connaitre les noms de ceux de l’autre barque qui sont appelés en renfort, les associés de Pierre, Jacques et Jean. Et il en manque un car Pierre ne pouvait naviguer et pêcher seul, celui qui manque, si on se réfère aux autres récits, c’est André, le frère de Simon. Mais peu importe, Luc a voulu braquer le projecteur sur Simon.

Puisqu’il en est ainsi, il est intéressant de se demander quels liens existaient déjà entre Jésus et Simon. Toujours en restant dans l’Evangile de Luc, on se rend compte qu’ils se connaissaient depuis très peu de temps. En bon juif, Simon avait participé à la prière à la synagogue de Capharnaüm le jour du sabbat et, conquis par la prédication du rabbi, il l’avait invité à manger. Seulement voilà, Simon découvre que sa belle-mère n’était pas en mesure de préparer le repas, elle avait été prise par une forte fièvre. Au passage, je fais remarquer qu’on ne parle pas de la femme de Pierre ! Certains s’appuient sur le fait que Pierre avait une belle-mère et qu’il était donc marié pour demander le mariage des prêtres. Oui, Pierre avait dû être marié, mais sa femme est étonnamment absente, peut-être était-elle décédée. Donc la belle-mère de Simon, si elle existe bel et bien, ne prouve rien quant au statut matrimonial de Simon au moment de son appel !

Mais revenons à nos moutons, Simon a invité le rabbi Jésus à manger, cherchant sans doute à en savoir plus sur lui ou à approfondir sa prédication. Quand j’étais curé, il m’arrivait d’être invité à manger, à la sortie de la messe, par des gens qui voulaient échanger sur ce que j’avais dit dans l’homélie ! En entrant dans la maison, Jésus, voyant la situation, ne dit pas à Simon : je reviendrai une autre fois, quand ta belle-mère sera guérie, il la guérit. Cette guérison est vite connue, on amène à Jésus de nombreux malades qu’il guérit jusque tard le soir. Au petit matin, il part, à l’écart pour prier mais les foules le cherchent et veulent le garder à Capharnaüm ; ça serait tellement pratique pour eux d’avoir un médecin comme lui au village ! Jésus comprend qu’il lui faut vite partir et il entame une première tournée de prédication en Judée.

Et c’est après cette tournée dont nous ne connaissons pas la durée qu’il se retrouve au bord du lac. Il y a de fortes chances pour que Jésus ait vécu cette tournée de prédication seul, en tout cas, l’Evangile de Luc ne mentionne pas la présence à ses côtés de quelques hommes qui le suivaient déjà. Et voilà comment il en vient à solliciter Simon dont il avait fait la connaissance quelques jours auparavant et qu’il avait laissé à son métier de pêcheurs pendant que, lui, faisait sa tournée de prédication. Si j’ai tenu à prendre le temps de retracer cette histoire, c’est pour montrer qu’au moment où Jésus monte dans la barque de Simon, il n’y a pas encore de liens forts qui les unissent et il me semble que c’est très important à souligner.

En effet, il nous est dit que Jésus monte dans cette barque au moment où ces pêcheurs lavaient et, sans doute, réparaient aussi leurs filets. Ils avaient travaillé toute la nuit sans rien prendre. Un pêcheur bredouille est rarement de bonne humeur, surtout quand il n’a rien dormi de la nuit ! Alors, on peut imaginer ce que devait penser Pierre quand le rabbi Jésus, depuis sa barque, parlait et parlait encore.

En souvenir de ce que le rabbi avait fait pour sa belle-mère, Simon n’avait pas pu lui refuser le service demandé de monter sur la barque pour pouvoir prêcher plus à l’aise. Mais Simon devait se demander quand cette prédication allait s’arrêter pour qu’il puisse enfin aller se reposer car il faudrait repartir à la pêche assez vite puisque cette nuit n’avait rien rapporté. Et voilà que lorsque le rabbi s’arrête, il demande à Simon de repartir et de recommencer la pêche. Qu’est-ce qu’il y connaissait le rabbi en matière de pêche ? Chaque pêcheur du lac le savait bien, après une nuit infructueuse, il fallait attendre un bon moment avant de repartir.

Et c’est là que la réaction de Simon est extraordinaire : Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je vais jeter les filets. Au fond de lui, il ne croit pas un seul instant que ce soit une bonne idée, mais il écoute Jésus et il a bien fait de l’écouter. Dans cette deuxième rencontre entre Jésus et Simon, une grande leçon lui est donnée qu’il ne devra jamais oublier : à chaque fois qu’il acceptera d’écouter Jésus et de lui faire confiance, même quand, humainement, ça semble fou, la fécondité sera au rendez-vous. Hélas, Simon n’écoutera pas toujours alors que son nom en hébreu signifie précisément « celui qui écoute. A Gethsémani, Simon n’a pas écouté quand Jésus lui a demandé de veiller et il s’est perdu. Sur le bord du lac, après la résurrection, dans ce dialogue saisissant, il sera enfin prêt à écouter Jésus qui lui fait miséricorde et qui lui renouvelle sa confiance.

Nous sommes jeudi et, comme chaque jeudi nous prions pour les vocations. Demandons, par l’intercession de Notre Dame de Laghet qu’à l’image de Simon, de nombreux jeunes acceptent de laisser Jésus monter dans la barque de leur vie et qu’ils l’écoutent pour que leurs vies données deviennent fécondes et pleines comme un filet recueillant une pêche miraculeuse.

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