6 août : Fête de la Transfiguration : rester fidèle quand il n’y a plus que Jésus, seul !

Depuis que les apôtres étaient avec Jésus, ils avaient vécu de grands et beaux moments mais aussi des moments de questionnement. Il y avait d’abord eu leur premier contact avec Jésus, suivi de près pour un certain nombre par leur appel, un appel qui avait tout changé dans leur vie. Mettant les pas dans leurs pas de ce rabbi si particulier, ils avaient commencé à percevoir que son enseignement ne ressemblait pas à ceux des autres rabbis. Et, surtout, ils étaient émerveillés de voir que ses enseignements étaient accompagnés d’actes de puissance qui venaient confirmer son lien particulier à Dieu qu’ils commençaient à percevoir comme unique.

Alors forcément, ce qu’ils avaient entendu du Baptiste, le désignant comme l’envoyé tant attendu de Dieu ; ce qu’ils avaient entendu de Jésus et vu de sa puissance confirmaient cela. Un espoir de plus en plus fort grandissait en eux, Jésus allait s’imposer et le pays tout entier serait transformé, le Seigneur règnerait dans les cœurs, les romains retourneraient chez eux et Jésus guiderait le peuple sur un chemin de bonheur et de prospérité. Ça c’était leur grand espoir.

Mais en même temps, tout n’était pas simple parce qu’à chaque fois que Jésus aurait pu profiter d’un coup d’éclat pour s’imposer, il l’a refusé. La multiplication avait été un grand succès, Jésus aurait pu surfer sur ce succès d’autant plus que tout le monde voulait le faire roi, mais lui s’était vite retiré. Ils vivaient comme un ascenseur émotionnel permanent : espoir qui grandit, espoir déçu. Alors, dans ces cas-là, c’est la même chose pour tout le monde : on se met à douter des choix radicaux qu’on a pu faire. Etait-ce bien sage de tout quitter pour le suivre, de tout miser sur lui ?

Jésus ne pouvait pas ne pas avoir perçu ce questionnement. En plus, sa passion se profilait et il savait que ce serait une épreuve très rude pour les apôtres. Ce qu’il allait vivre de si douloureux, de si humiliant, risquait bien de les déstabiliser profondément. C’est pour cela qu’il choisit Pierre, Jacques et Jean pour l’accompagner, ce jour-là, sur la montagne. Ceux qui seront appelés à le suivre au plus près dans ces moments tragiques, il veut qu’ils puissent graver dans leur cœur cette certitude de foi qui les aidera à tenir dans l’épreuve : Jésus est bien l’envoyé du Seigneur.

Sur la montagne, ils vont vivre une expérience unique, un de ces moments hors du temps, la preuve, Moïse et Elie sont aussi présents, ils contempleront de leurs yeux la divinité de Jésus et entendront la voix du Seigneur attester que ce qu’ils vivent n’est pas une hallucination. Le Seigneur leur confirmera donc qu’ils ont fait le bon choix en suivant Jésus et qu’ils devront s’engager à l’écouter de manière permanente … sous-entendu, sans écouter ces petites voix intérieures si perturbatrices qui sèment le doute. Oui, ce moment a été un moment béni, Pierre, en le disant explicitement, manifeste aussi qu’il aimerait bien qu’un tel moment de grâce ne s’arrête jamais.

Mais voilà, très vite, le texte nous dit que levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul. Comme elle est importante cette parole pour notre propre vie spirituelle. Nous aussi, nous avons connu l’enthousiasme des débuts quand, d’une manière ou d’une autre, l’appel du Seigneur nous a saisis. Nous avons connu la joie de voir que le Seigneur marchait avec nous et nous permettait de vivre tant de belles expériences, tant de belles rencontres. Seulement les belles roses qui transformaient notre chemin de vie avaient aussi des épines ! Les épreuves ne nous ont pas épargné, parfois le relâchement et la « moyenneté » se sont installés faisant naître le doute : est-ce que j’ai bien fait ? Ne serait-il pas temps de redevenir plus raisonnable ? Bref, nous pouvons vivre le même ascenseur émotionnel que les apôtres, cet ascenseur ou ce yoyo spirituel si fatiguant qui nous fait passer par des hauts, très hauts et des bas, très bas !

Dans sa grande bonté, il est bien possible que le Seigneur nous permette de vivre une expérience qui ressemble à celle des apôtres sur le Thabor. Ce n’est pas toujours le cas, la mère Térésa n’y a pas eu droit, elle a dû avancer dans la foi sans signe sensible pour lui montrer qu’elle était sur le bon chemin ! Mais nous qui n’avons pas sa stature, il est bien possible que le Seigneur nous offre la possibilité de vivre à nouveau une belle expérience pour nous relancer.

Mais il faut bien comprendre et le texte de la Transfiguration nous y aide que cette expérience sera fugace. Quand nous vivons ce genre d’expérience, nous aimerions tous, comme Pierre, qu’elle puisse durer et qu’on puisse s’y installer pour vivre définitivement dans la lumière. Mais, il se passe pour nous ce qui s’est passé pour les apôtres, très vite, il n’y a plus que Jésus, seul. Ce qui a été vécu était bon, nécessaire, mais désormais, il faudra accepter de vivre avec Jésus seul, sans signe extraordinaire.

Nous pouvons y penser quand nous sommes devant le Saint-Sacrement et qu’à certains moments le temps nous parait long ! Il n’y a plus que Jésus, seul, dépouillé de tout signe de gloire dans cette hostie enchâssée dans l’ostensoir, mais il y a Jésus et ça devrait nous suffire. En tout cas, il faut demander que cette grâce nous soit donnée qu’il nous suffise. En paraphrasant « la madre », Thérèse d’Avila : Jésus, seul, suffit !

Et la promesse qui nous est faite, ce n’est pas de revivre périodiquement ces expériences de transfiguration spirituelle qui chassent tous les doutes, la promesse qui nous est faite, elle est bien plus grande, bien plus belle. Cette promesse, nous l’avons entendue dans le passage de la 2° lettre aux Corinthiens, lu, ce matin, à l’office des Lectures : nous allons refléter la gloire du Seigneur, et nous serons transformés en son image avec une gloire de plus en plus grande, par l’action du Seigneur qui est Esprit. Quelle promesse ! Le Seigneur ne se fera pas contempler tous les 15 jours, transfiguré, mais il nous promet que c’est nous, si nous le contemplons, qui serons peu à peu transfigurés. Quand nous nous retrouvons devant Jésus, seul, dépouillé de tout signe extraordinaire, repassons cette promesse dans notre cœur pour rester fidèles à ces temps de contemplation. C’est la grâce que nous demandons, en ce jour, par l’intercession de Notre Dame de Laghet. 

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