23 février : mercredi 7° semaine ordinaire. Le péché par omission

23 février 2022 3 Par Père Roger Hébert

Vraiment cette lettre de St Jacques est une mine inépuisable pour ceux qui n’ont pas beaucoup d’idées quand ils vont se confesser. Samedi, nous avons entendu le chapitre 3 qui nous explique tout le mal qu’on peut commettre avec ce si petit organe qu’est la langue. Lundi, nous avons entendu cette parole qui a de quoi nous faire réfléchir : la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. Et aujourd’hui, ça continue avec cette parole cinglante : « Être en mesure de faire le bien et ne pas le faire, c’est un péché. » Oui, vraiment, ceux qui sont en mal d’inspiration quand ils vont se confesser peuvent méditer la lettre de St Jacques, un chapitre à chaque confession et ils auront largement de quoi faire !

Revenons quelques instants sur la parole de ce jour : « Être en mesure de faire le bien et ne pas le faire, c’est un péché. » C’est le fameux péché par omission que nous confessons à chaque fois que nous prenons la prière du « je confesse à Dieu » qui nous fait demander pardon pour nos péchés en pensée, en parole, par action et par omission. Avant de développer un peu le sens de ce péché par omission, permettez-moi de revenir sur les 3 autres types de péché que nous confessons dans cette prière que je ne reprends pas forcément dans l’ordre parce qu’il y en a deux qui sont suffisamment clairs pour que je ne m’y arrête pas. 

  • En parole, nous voyons très bien ce que ça peut recouvrir. C’est justement ce type de péché que débusque le chapitre 3 de la lettre de St Jacques. Et samedi, dans mon homélie, je rappelais ce bel adage qui dit que si Dieu nous a fait une seule langue et deux oreilles, c’est pour que nous écoutions deux fois plus que nous ne parlons. On peut donc bénir le Seigneur de ne pas avoir fait l’inverse : une oreille et deux langues. C’est vrai qu’au plan esthétique, ça ne serait sans doute pas génial, mais pour les péchés, ça serait carrément dramatique !
  • En actions. Ce sont les péchés que nous confessons la plupart du temps, c’est le mal que nous commettons.
  • En pensée. J’aimerais m’arrêter quelques instants sur ce mal commis en pensées parce qu’il faut bien comprendre ce que l’Eglise veut dire quand elle nous demande de confesser le mal que nous pouvons commettre en pensées. D’abord, heureusement que notre cerveau n’est pas relié à des haut-parleurs qui amplifieraient toutes nos pensées les rendant audibles pour ceux qui nous entourent ; ni d’ailleurs à une caméra qui projetterait en grand nos pensées ! Mais il ne faudrait surtout pas croire que toutes nos pensées mauvaises sont des péchés parce qu’il y aurait de quoi déprimer en nous considérant comme des monstres de méchanceté, de perversité. Non, dans ce domaine, il y en a un qui s’y entend pour nous perturber, c’est l’esprit du mal, le tentateur qui va souvent attaquer nos pensées. Comme il n’a pas libre accès à notre âme siège de notre volonté, il se défoule en polluant notre imagination. C’est ainsi qu’il va nous bombarder avec des suggestions pour nous donner envie de faire le mal en tant et tant de domaines. N’allons donc pas nous confesser d’avoir des tentations. Ce qui va devenir péché, c’est quand j’entretiens ces suggestions du tentateur parce que, tôt ou tard, elles me feront passer à l’action. Et dans le domaine, il faut toujours se rappeler du proverbe africain qui dit qu’il est plus facile d’arracher un brin d’herbe que de déraciner un baobab ! La tentation, en pensée, si je la combats quand le tentateur commence à mettre mon cinéma intérieur en marche, je vais vite en devenir maître. Mais si je la laisse grandir, je suis foutu. Voilà pourquoi on confesse les péchés en pensées, ce sont les pensées mauvaises que nous avons entretenues.
  • Venons-en maintenant au péché par omission puisque c’est celui-là que visait le passage de la lettre de St Jacques aujourd’hui : « Être en mesure de faire le bien et ne pas le faire, c’est un péché. »

Ce péché par omission, il pourrait être symbolisé par ces 3 singes de la sagesse orientale que vous avez sans doute déjà vus : le premier se voile les yeux avec ses mains, le deuxième se bouche les oreilles et le troisième met sa main sur la bouche. La sagesse orientale donne une interprétation positive à l’attitude de ces 3 singes : si tu veux être un sage, ne regarde pas le Mal, n’écoute pas le Mal, ne dis pas de Mal ! C’est très beau ! Mais, hélas, l’Occident égoïste a repris cette représentation en la commentant de cette manière : si tu veux être heureux, occupe-toi de toi et ne regarde pas ce qui se passe autour de toi, n’écoute pas ce qui se dit autour de toi et ne parle pas à ceux qui vivent autour de toi ! Et vous savez que ces 3 singes, désormais, sont remplacés par une personne qui a son smartphone car avec cet outil certains ne regarde plus ce qui se passe autour d’eux, n’écoute plus ce qui se dit autour d’eux et ne parle plus à ceux qui vivent autour d’eux. Et voilà comment on sombre dans ce que le pape appelle l’auto-référencement qu’il ne cesse de dénoncer. Je ne fais plus rien pour les autres puisque mon « moi » a envahi tout l’espace de ma vie. Et c’est ainsi que je tombe sous le coup de la parole de St Jacques : « Être en mesure de faire le bien et ne pas le faire, c’est un péché. » C’est sûr que si nous confessions plus nos péchés par omission, notre liste s’allongerait considérablement. Alors, bien sûr, il ne s’agit pas de se confesser de n’avoir rien fait pour empêcher le conflit en Ukraine. Regardons le bien que nous n’avons pas fait volontairement autour de nous et ça sera déjà une sacrée prise de conscience. Et je parle de ce bien que, délibérément, je n’ai pas fait alors que ma conscience me suggérait de le faire.

Venons-en à l’Evangile, voilà encore une scène qui a dû consterner Jésus. On a l’habitude de souligner les faiblesses de Pierre, mais Jean avait aussi les siennes, c’est lui, en effet, qui vient trouver Jésus pour lui dire : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » Oui, c’est consternant et, une nouvelle fois, nous pouvons admirer l’attitude de Jésus qui ne manifeste aucune colère devant une réflexion aussi mesquine. Parce que, évidemment, Jean aurait dû exulter de joie en constatant que, désormais, il y avait de plus en plus de bien qui se faisait « au nom de Jésus » et que ce bien était accompli par des hommes qui n’avaient pas la proximité avec Jésus que les apôtres pouvaient avoir. Mais au lieu de se réjouir, comme un enfant jaloux, il dénonce ceux qui osent faire du bien sans être du groupe apostolique. La réponse de Jésus l’obligera, lui et les autres apôtres avec lui, à élargir considérablement ses horizons : « celui qui n’est pas contre nous est pour nous ! »

Peut-être pourrions-nous, dans cette Eucharistie, rendre particulièrement grâce au Seigneur pour tous ceux qui, aujourd’hui encore, continuent de faire du bien sans appartenir à l’Eglise. Attention, il ne s’agit pas de dire comme on l’entend parfois que ceux qui ne sont pas chrétiens sont meilleurs que les chrétiens. Ce genre de réflexion est injuste et propre à décourager tous ceux qui, dans l’Eglise, se donnent de manière exemplaire. Mais c’est vrai que, pour reprendre une expression qui a eu son heure de gloire, nous n’avons pas le monopole du cœur ! Les papes adressent d’ailleurs toujours leurs grands textes non seulement aux chrétiens mais aussi à tous les hommes de bonne volonté parce que nous ne serons jamais trop nombreux à vouloir faire du bien autour de nous.

Oui, sois béni Seigneur pour ton Esprit qui souffle sans limite et qui inspire tant de personnes à faire du bien. Plutôt que de les jalouser, donne-nous de les rejoindre en arrêtant d’imiter les 3 singes qui refusent de voir, d’écouter et de parler !