26 juillet : Ste Anne et St Joachim, papy et mamy de Jésus : le réalisme de l’Incarnation

Cette fête de Ste Anne et Joachim, les parents de la Vierge Marie et donc les grands-parents de Jésus nous plonge dans le réalisme de l’Incarnation. Il faut vraiment réaliser que, lorsque Jésus appelait St Joseph, il l’appelait « papa » ou si on veut le dire en araméen « abba » ce qui a donné le mot abbé en français. Jésus ne disait pas à Joseph « père adoptif » est-ce que tu me permets d’aller jouer ? Il l’appelait « abba », il l’appelait comme tous les autres enfants appelaient leur papa, réalisme de l’incarnation que Dieu a voulu en donnant à Joseph la mission d’incarner une figure humaine de la paternité. 

Du coup, de la même manière quand Jésus appelait ses grands-parents, il les appelait comme tous les autres enfants de l’époque appelaient leurs grands-parents. Je ne sais pas quelle était la coutume de l’époque et je ne sais pas si c’était aussi compliqué qu’aujourd’hui où les noms affectueux donnés aux grands-parents varient dans chaque famille ! Réalisme de l’Incarnation que le cardinal Marty, en son temps, avait résumé dans l’une de ces formules dont il avait le secret : « quand Jésus s’est incarné, il n’est pas venu faire trempette du bout des pieds dans notre humanité ! » 

C’est vrai que lorsque l’eau est trop froide, on est tenté de ne faire trempette que du bout des pieds ! Jésus aurait pu être tenté de ne faire trempette que du bout des pieds, car ce qu’il voyait de l’humanité de son temps, comme de tous les temps d’ailleurs n’était pas forcément très engageant ! Mais il était venu pour accomplir la mission que le Père du ciel lui avait confiée : sauver tous les hommes en faisant bien attention qu’aucun ne soit perdu. C’est pour cela qu’il va arpenter tous les chemins de Palestine parce qu’il était venu, comme dit l’Evangile, chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Pour les sauver, il fallait d’abord les chercher, les trouver là où ils se perdaient, là où ils s’étaient perdus. Une telle mission exigeait donc qu’il ne fasse pas trempette du bout des pieds. Et c’est aussi pour cela que tous ceux qui ont été appelés à continuer sa mission devront, eux aussi, accepter de ne pas faire trempette du bout des pieds ! 

Oui, il est vraiment beau ce réalisme de l’Incarnation que nous rappelle la fête des grands-parents de Jésus, Sainte Anne et Saint Joachim. Puisque nous sommes invités à explorer ce réalisme de l’Incarnation, allons-y en sachant que dans le domaine, il y a beaucoup d’incertitudes historiques. En effet, les Evangiles ne mentionnent même pas le nom des grands-parents maternels. Pour ce qui concerne le grand-père paternel, les généalogies de Jésus en Matthieu et Luc le mentionnent mais comme leur perspective n’est pas généalogique mais théologique, ça reste encore flou ! Anne et Joachim, nous ne connaissons leurs noms que par les Evangiles apocryphes que l’Eglise a toujours regardés avec beaucoup de prudence. La tradition nous en donnera aussi quelques mentions dans des écrits des Pères de l’Eglise. Nous ne devons donc pas tirer de grandes théories à partir de ces renseignements, mais nous pouvons quand même les recueillir avec reconnaissance puisqu’ils nous permettent de donner un peu plus de chair au réalisme de l’Incarnation.

L’une des traditions concernant les grands-parents maternels de Jésus les situe habitant à Séphoris, une ville qui se trouve seulement à une demi-heure de marche de Nazareth pour un bon marcheur. Nazareth était un tout petit village sans renommée : que peut-il sortir de bon de ce trou qu’est Nazareth, avait-on coutume de dire ! Par contre Sephoris était la capitale de la Galilée. Les pèlerins qui ont eu la chance d’aller en Terre Sainte et de faire un pèlerinage approfondi se rappellent peut-être leur visite à Séphoris, de ces magnifiques mosaïques retrouvées dans les somptueuses villas de Sephoris. Dans ses visites à ses grands-parents qui, eux, vivaient sans doute modestement, Jésus a donc découvert la richesse insolente. Et pourquoi ne pas imaginer que toutes les paroles adressées en forme de sévères avertissements aux personnes riches, Jésus en a trouvé l’inspiration dans ses visites à ses grands-parents ? 

Qu’il soit bien clair que Jésus ne condamne jamais les personnes riches, Jésus n’est pas venu condamner mais sauver. Quand il dit « malheur à vous les riches » il ne prononce pas une malédiction, c’est plutôt une lamentation qu’il entonne, c’est-à-dire qu’il regarde les personnes riches comme déjà presque mortes puisque, enfermées dans leurs richesses, elles ont un cœur sclérosé, incapable de battre, de vibrer aux besoins de leurs frères. En visitant ses grands-parents, Jésus découvrait que la vraie richesse, c’était l’amour simple que l’on recevait pour mieux le partager et c’est ce qui fera le fond de sa prédication. De fait, il y a tant de personnes riches qui ne sont pas heureuses car elles ne connaissent pas le bonheur simple d’un amour gratuit et qui auraient besoin d’une profonde guérison pour comprendre tout le bien qu’elles pourraient faire avec cet argent qu’elles possèdent et dont elles n’ont même pas besoin. J’arrête là parce qu’il ne faut quand même pas trop extrapoler, mais c’est vraiment une piste intéressante que de relire les Evangiles en essayant de repérer les traces du réalisme de l’Incarnation dans les paroles, les rencontres et les gestes de Jésus. C’est peut-être ainsi que nous pouvons comprendre la béatitude que Jésus prononçait dans l’Evangile : « Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! » Heureux ceux qui sont capables de lire les traces de la présence de Dieu au cœur du quotidien, qui perçoivent jusqu’où va le réalisme d’une foi incarnée.

Venons-en à la première lecture que nous avons entendue pour recueillir le message qu’elle nous livre, le chemin de vie qu’elle ouvrent pour nous aujourd’hui. « Quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. » C’est la si belle déclaration que nous avons entendue dans la première lecture tirée de la lettre aux Hébreux. Quand je célébrais, comme curé de paroisse, des funérailles, c’était une parole dont j’aimais bien me rappeler. Aujourd’hui, elles sont nombreuses les familles dans lesquelles la foi part à la dérive, alors, ceux qui tiennent, ceux qui restent un repère pour les petits-enfants, curieux de tout, ce sont les grands-parents. « Quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. » Du coup, aujourd’hui, dans ce genre de familles, quand les parents n’ont plus rien à transmettre au niveau de la foi, les grands-parents se retrouvent investis d’une mission extraordinairement importante. Ils peuvent être les seuls qui permettront à leurs petits-enfants d’entendre parler de Dieu et non seulement d’entendre parler de Lui, mais aussi d’être mis en contact avec Lui.

Je sais qu’en accomplissant cette mission, certains ont parfois des scrupules en se disant : est-ce que je respecte assez la liberté et le choix de mes enfants qui ne veulent pas leur en parler ? Moi, je crois qu’on a toujours le droit pour ne pas dire le devoir de témoigner de ce qui nous fait vivre. Et quand la foi nous fait vivre, il est impossible de se présenter comme amputé de cette dimension si importante de notre vie devant des petits-enfants. Il est toujours possible de dire respectueusement : « tu me demandes de garder tes enfants, merci de la joie que tu me procures, mais tu sais que le dimanche, j’ai un rendez-vous incontournable avec mon Seigneur, alors j’irai en emmenant tes enfants avec moi ! En plus, tu sais aussi que chaque soir, je ne m’endors pas sans avoir parlé avec mon Seigneur, donc je proposerai aussi à tes enfants, s’ils l’acceptent de se joindre à moi pour ce rendez-vous vital. » Et, même quand la situation n’est pas aussi compliquée au niveau de la foi dans une famille, la place des grands-parents dans le processus de transmission reste très importante. La parole des parents, parce qu’ils incarnent aussi l’autorité, a parfois du mal à être entendue, reçue, les grands-parents parce qu’ils incarnent la tendresse, auront forcément une facilité que n’ont pas les parents et dont ils doivent profiter. Evidemment, il ne s’agit pas de gaver les petits-enfants comme on gave des oies ! Si le foie gras a des saveurs exceptionnelles, « la foi grasse » est plutôt repoussante ! 

Demandons l’intercession de Ste Anne et St Joachim pour tous les grands-parents d’aujourd’hui afin qu’ils deviennent des grands-parents disciples-missionnaires.

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