4 octobre : vendredi 26° semaine. Il y a tant de Job aujourd’hui ! Attentifs aux signes, comme St François.

Nous connaissons bien la problématique du livre de Job dont nous avons commencé la lecture lundi. Peut-être convient-il de rappeler que ce livre n’est pas un livre historique, il appartient à la littérature de sagesse. Job n’a donc pas existé ou plutôt, il y a des millions de Job qui ont existé puisque ce livre est la réflexion d’un sage sur le redoutable mystère du mal, de l’homme confronté au mal injuste qui peut s’abattre sur lui.

Job réagit comme nous, enfin, c’est nous qui réagissons comme lui, quand le malheur, la maladie viennent perturber nos projets de vie, la réaction spontanée consiste à se retourner vers Dieu et même contre Dieu. C’est le fameux : qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter cela ? C’est ce qu’a fait Job ! Et, comme nous, il accuse Dieu de très mal s’y prendre, de très mal gérer ses fiches ! Il y a tant de personnes méchantes qui mériteraient une bonne punition que Dieu ferait bien de s’en occuper plutôt que de pourrir la vie de ceux qui cherchent à vivre honnêtement, ce qui était le cas de Job, ce qui peut aussi être notre cas !

Dieu n’a pas fait taire Job, Dieu ne fait jamais taire ceux qui crient vers lui, même quand ils lui font des reproches injustes. Il a écouté jusqu’au bout, gardant le silence, non pas par mépris, mais parce que Dieu sait bien que lorsqu’un homme souffre, il est inutile de lui faire de grands discours, ce qui est le plus important, c’est de laisser cette personne vider son sac jusqu’au bout. C’est ce que Dieu fera, acceptant de tout écouter, mesurant dans la liste des reproches que Job lui adressait la profondeur de sa souffrance. Quand Job a tout dit ce qu’il avait à dire, quand il a bien vidé son sac, Dieu parle enfin et c’est le texte que nous avons entendu.

Dans sa réponse, Dieu ne condamne pas Job en lui disant qu’on n’a pas le droit de s’adresser à Dieu de cette manière. Dieu ne cherche pas à se justifier en expliquant à Job pourquoi tous ces malheurs sont tombés sur lui. Non, Dieu cherche juste à faire comprendre à Job qu’il y a tellement de choses qui le dépassent dans le monde, dans la création, qu’il doit renoncer à tout comprendre, à tout maitriser. En disant cela, Dieu ne cherche pas à faire taire Job, comme s’il ne voulait plus accepter l’insolence de ses propos, encore une fois, Dieu est prêt à tout entendre. Mais, c’est comme si Dieu disait à Job : en remuant tout cela, tu te fais du mal ; en me rendant responsable de tous les malheurs, tu te prives de mon aide alors que tu en aurais tellement besoin !

Job semble avoir bien compris puisqu’à la fin du texte, il disait : Moi qui suis si peu de chose, que pourrais-je te répliquer ? Je mets la main sur ma bouche. J’ai parlé une fois, je ne répondrai plus ;
deux fois, je n’ajouterai plus rien. 
La méditation de ce livre de Job est d’une richesse extraordinaire pour ceux qui sont confrontés à la souffrance, et nous y sommes tous confrontés un jour ou l’autre. Elle est aussi d’une richesse extraordinaire quand nous accompagnons des personnes en grande souffrance, cette méditation peut nous aider à trouver les attitudes justes.

Venons-en à l’Evangile. Chorazine, Beitsaïde et Capharnaüm sont trois villes dans lesquelles Jésus a fait pas mal de miracles, mais peut-être êtes-vous étonnés car, à part Capharnaum, vous ne connaissez pas beaucoup les deux autres ! C’est vrai, mais tous les miracles opérés par Jésus n’ont pas forcément été racontés dans les Evangiles. Dans ce passage, Jésus va laisser éclater sa souffrance : les habitants ont vu beaucoup de miracles et ça ne les a pas conduits à se convertir. On le voit bien, à maintes reprises, dans les Évangiles, Jésus parle d’occasion manquée, d’inertie devant la grâce ou d’aveuglement consenti. Ces différentes formes de refus suscitaient en lui une sorte d’étonnement douloureux. La grâce était à portée de leurs mains et tous ces habitants n’ont pas su la cueillir. Quel contraste avec la foi de tant de personnes qui n’appartenaient pa au peuple élu pour lequel Jésus était venu en priorité. C’est pour souligner ce contraste que l’Evangile se plait à souligner la foi toute droite de l’officier romain, la gratitude du lépreux samaritain, l’audace de la Cananéenne !

Evidemment, tout cela nous interroge : ne nous arrive-t-il pas, à nous aussi, de passer à côté des signes que Jésus nous envoie ? Parfois nous ne les voyons pas parce que nous vivons trop dans la superficialité ; d’autres fois, nous refusons de les voir de peur de devoir nous convertir.

C’est ce qui fait la grande différence entre nous et les saints, particulièrement St François d’Assise que nous fêtons aujourd’hui. Lui, il n’est pas passé à côté du signe que le Seigneur lui a envoyé quand il priait devant le crucifix de l’église St Damien. Se rendant disponible à ce signe, sa vie a été transformée et il est à l’origine de ce grand ordre répandu dans le monde entier et aussi de ce grand courant qui traverse toutes les religions appelant les hommes à la fraternité et au respect de sœur nature comme François l’appelait.

Par son intercession et celle de Notre Dame de Laghet demandons la grâce de ne pas passer à côté des signes que le Seigneur nous envoie et de trouver l’attitude juste face à tous les Job que nous pouvons rencontrer.

Laisser un commentaire