14 mars : jeudi 4° semaine de carême : Encore un problème d’intonation … devenir d’infatigables intercesseurs

Je le disais déjà lundi, le drame de l’Evangile, c’est que nous ne connaissons pas l’intonation avec laquelle Jésus a prononcé les paroles qui nous sont rapportées. Du coup, nous pouvons peut-être nous dire que, lorsque nous ne comprenons pas une parole de Jésus, c’est le signe que nous ne l’entendons pas avec la bonne intonation. De même s’il y a des paroles qui ne nous bousculent pas assez, c’est peut-être aussi parce que nous ne les entendons pas avec la bonne intonation.

Il me semble que c’est encore le cas pour l’évangile d’aujourd’hui avec cette phrase de l’évangile sur laquelle j’ai choisi de m’arrêter : « D’ailleurs je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu. » On comprend tout de suite que l’intonation va beaucoup compter. Personnellement, cette phase, j’entends Jésus la prononcer avec des sanglots dans la voix, regrettant tellement que nous n’ayons pas l’amour de Dieu en nous. Je ne peux pas imaginer que cette parole soit une parole de condamnation, prononcée avec un ton dur qui n’ouvrirait aucun avenir comme si Jésus disait : je ne peux rien faire pour vous ou avec vous puisque vous n’avez pas l’amour de Dieu en vous ! Non, Jésus se désole que nous n’ayons pas l’amour de Dieu en nous parce qu’il sait ce dont nous deviendrions capables si nous avions l’amour de Dieu en nous. 

Quant à la 1° lecture, elle mérite quelques explications. Pourquoi trouve-t-on dans la Bible des paroles comme celles que nous avons entendues ? Pourquoi Dieu prononce-t-il de telles paroles, parce que c’est lui et non Moïse qui les prononce ! « Maintenant, dit Dieu, laisse-moi faire ; ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! » C’est terrible parce que, dans ce texte, on a l’impression que les rôles sont inversés : le grand méchant, c’est Dieu et le très gentil qui finira par amadouer Dieu grâce à son intercession, c’est Moïse ! Comment comprendre ? Est-ce que ça ne vient pas tout remettre en cause ce que j’ai dit ? 

D’abord un mot sur la colère de Dieu. Quand il y a une expression que nous ne comprenons pas, rappelons-nous, qu’il y a une règle d’interprétation absolue qui marche à tous les coups, c’est donc bon de la connaître parce qu’on pourra aussi l’appliquer à la jalousie de Dieu, à la vengeance de Dieu, au jugement de Dieu et à tant d’autres expressions ou sentiments qui nous semblent si peu convenir à Dieu. Devant ces expressions qui, appliquées à Dieu, il faut toujours nous demander : à quoi peut ressembler la colère, la jalousie, la vengeance, le jugement chez quelqu’un qui n’est qu’amour. Parce que, ce qui définit Dieu, c’est qu’il est amour et Dieu n’est pas, comme nous, sujet au changement. C’est pourquoi j’aime tant rappeler ce que le père Varillon aimait dire : c’est trop peu de dire que Dieu est amour, il faut rajouter : Dieu n’est qu’amour. 

Alors, puisqu’il est question de colère dans notre texte comment peut s’exprimer la colère chez quelqu’un qui n’est qu’amour ? Vous pourrez faire le même travail avec les autres mots ! Imaginons des parents qui perdent un de leurs enfants dans un accident causé par un chauffard complètement ivre. Leur colère pourra s’exprimer de deux manières différentes : 

  • soit ils se mettent à militer pour le rétablissement de la peine de mort à l’encontre des chauffards qui prennent le volant sous l’emprise de l’alcool ;
  • soit ils deviennent militants dans une association qui lutte contre l’alcoolisme pour que d’autres parents n’aient pas à vivre le même drame qu’eux. 

Evidemment, Dieu appartient à cette deuxième catégorie, sa colère n’est jamais dirigée contre le pécheur, mais contre le péché. Ce que Dieu veut, ce n’est pas éliminer le pécheur mais éliminer le péché et ce qui conduit au péché.

Et si la Bible nous parle de cette intercession de Moïse, comme jadis il y avait eu l’intercession d’Abraham, ce n’est pas pour nous expliquer qu’il est nécessaire que des hommes viennent calmer Dieu pour qu’il change d’avis. Je pense que la plus grande leçon de ces textes montrant l’action de ces intercesseurs ne concerne pas Dieu, parce que Dieu n’est qu’amour et qu’il est sans changement, mais la plus grande leçon, elle concerne les hommes. Et c’est beau de voir des hommes qui osent dialoguer sans crainte avec Dieu.

Ces textes nous parlent d’hommes selon la belle expression biblique, parlant à Dieu « comme un ami parle à un ami. » C’est vraiment beau et totalement nouveau pour cette époque où on ne pouvait pas imaginer une telle familiarité entre Dieu et les hommes.  

Ensuite, ces textes nous montrent des hommes totalement solidaires de leurs frères, prêts à tout pour les garder en vie. Là encore, quel progrès dans la mentalité de l’époque qui était plutôt bien décrite par la réflexion de Caïn disant : suis-je le gardien de mon frère ?

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que nous soit accordée la grâce de cette familiarité à Dieu qui nous permettra de pouvoir tout lui dire. Demandons-lui aussi cette proximité avec tous nos frères en humanité afin que nous devenions, pour eux tous, d’infatigables intercesseurs.

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