10 avril : jeudi 5° semaine de carême. Oser la foi !

Avez-vous tout compris à l’écoute de cet Evangile ? Si c’est le cas, je vous envie parce que moi, il m’a fallu le lire et le relire, sans prétendre d’ailleurs tout comprendre ! Ce qui était déjà le cas pour les évangiles de ces derniers jours. On comprend sans difficulté que ce soit un aigle qui ait été choisi comme symbole de l’Evangile de Jean parce que, de fait, ça vole assez haut, tellement haut qu’on n’arrive pas toujours à suivre ! Quand Jésus leur dit : Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu, et il s’est réjoui, comment voulez-vous qu’ils comprennent ces pauvres juifs ? Ou encore quand il leur dit : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS, oui comment comprendre de telles paroles si énigmatiques, surtout à l’époque ? C’est donc avec humilité que je me lance dans un commentaire sur cet évangile si difficile.

Il y a au moins une chose qui est claire, c’est que, dans ces paroles, Jésus fait référence à Abraham, explicitement nommé plusieurs fois, en évoquant la visitation au chêne de Mambré pour Abraham. Regardons cet pour voir comment ils peut éclairer ce dialogue de l’Evangile entre Jésus et les juifs.

Le fait que Jésus se réfère à Abraham est évident dans ce passage puisque le nom d’Abraham est cité plusieurs fois comme il l’était hier d’ailleurs, mais l’associer à l’événement du chêne de Mambré ? C’est en raison de cette parole énigmatique de Jésus : Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu, et il s’est réjoui. Nous le savons, la tradition chrétienne, relisant cet épisode de la visite de ces 3 mystérieux personnages, y verra comme une visitation de la Trinité, ce qui inspirera la célèbre icône écrite par Roublev. Si Abraham a pu percevoir quelque chose de Jésus, le Fils éternel, c’est dans cette visitation à Mambré qu’il a pu le percevoir.

Que s’est-il passé à Mambré ? Dans cette visitation, Abraham a reçu l’annonce que la promesse que Dieu lui avait faite, il y a déjà pas mal de temps, allait se réaliser sous peu. Cette promesse, il n’y croyait tellement plus qu’il avait décidé de se débrouiller par lui-même pour s’assurer une descendance et c’est ainsi qu’Ismaël était né de son union avec la servante Agar. Après la naissance d’Ismaël, Dieu avait renouvelé plusieurs fois cette promesse, nous l’avons entendu dans la 1° lecture, ce texte se situe juste avant la rencontre de Mambré, mais la promesse restait vague et générale. A Mambré, Dieu est venu dire à Abraham que, lorsqu’il promet, au temps favorable, il tient promesse et là, on n’est plus dans le vague puisqu’une date est donnée : l’année prochaine, Sarah aura donné naissance à un fils. Sarah qui avait entendu, ça l’a bien fait bien rire. A leur âge, comment est-ce encore possible ? Au moment où Dieu avait fait la promesse, ça semblait déjà fou, mais maintenant, des années après, c’est encore plus improbable ! 

Oui, mais voilà Dieu est Dieu et Abraham et Sarah vont apprendre, selon la belle formule de maître Eckart, à laisser Dieu être Dieu en eux. L’accomplissement de la promesse ne dépend pas des hommes, de conditions favorables mais de Dieu car rien n’est impossible à Dieu à partir du moment où il trouve des cœurs qui s’ouvrent à lui et qui acceptent de lui faire confiance. Comme Dieu le dira, des siècles plus tard, par le prophète Isaïe : « Au temps favorable, j’agirai vite. » Is 60,22.

Alors, dans son discours aux juifs, je relis cette référence à Abraham et à la visitation de Mambré comme une invitation à laisser tomber tout raisonnement humain. Ces juifs essaient d’opposer à Jésus des arguments de bon sens, des arguments raisonnables qui ne sont pas dénués de fondement : « Toi qui n’as pas encore cinquante ans, comment aurais-tu pu voir Abraham ! » Oui, ça se tient comme argument, mais Jésus les invite à un grand déplacement, le déplacement de la foi. 

Et c’est précisément celui qu’a dû faire Abraham que la lettre aux Romains présentera comme le modèle de celui qui a été capable d’espérer contre toute espérance. Rm 4,18. Jésus prépare ces juifs qui commencent à croire en lui, car c’est toujours à eux qu’il s’adresse, il les prépare à ne pas lire les événements qui vont bientôt arriver quand il sera arrêté et mis à mort avec la simple grille des raisonnements humains. A vue humaine, comme l’espérance demandée à Abraham, ça parait fou de croire que la vie et le Salut puissent jaillir de cet événement et pourtant !

A la suite d’Abraham, oser la foi, c’est laisser tomber nos raisonnements trop humains pour nous appuyer sur Dieu et sa fidélité. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, à l’approche de ces jours saints, demandons cette grâce de la foi pour oser suivre Jésus, pour oser croire à sa promesse de vie.

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