Je ne veux pas commenter trop longuement la première lecture qui nous rappelle que, si le péché est entré dans le monde par une femme (avec la complicité silencieuse de son mari !), c’est aussi par une femme que le salut est entré dans le monde. Et c’est pour cela que Marie mérite le titre de Mère de l’Eglise. C’est, en effet, par l’Eglise que le salut, accompli dans le mystère Pascal de Jésus, est aujourd’hui largement offert aux hommes. En donnant Jésus au monde, Marie a rendu possible la mission de l’Eglise qui consiste à offrir largement ce Salut. Elle est bien Mère de l’Eglise.
A l’entrée du cloitre, il y a désormais cette très belle icône représentant Marie, Notre Dame de Laghet, ouvrant largement son manteau pour que ceux qui le veulent, ceux qui en ont besoin puissent venir se réfugier. Et alors, c’est très beau, parce qu’on voit que, sous le manteau de Marie, se côtoient des gens de toutes conditions, manifestant bien que, qui que nous soyons, nous sommes des pauvres, des pauvres qui avons besoin de nous retrouver sous le manteau de protection de la Vierge Marie. Et vous remarquerez que, dans cette représentation, l’iconographe a pris bien soin de laisser deux places vides de chaque côté, tout contre la Vierge, une place pour toi et une place pour celui ou celle que, par ta prière, tu veux placer sous le manteau de protection de la Vierge.
Cette représentation nous montre bien que l’Eglise n’est pas le club de ceux qui sont mieux que les autres ou du moins qui se considèreraient comme tels. L’Eglise est le refuge de tous ceux qui osent reconnaitre leur pauvreté et qui sont, en même temps, habités par l’immense désir d’être toujours mieux des témoins de l’amour. Marie est heureuse d’être la Mère de cette Eglise. Elle n’aimerait pas qu’on la prenne comme marraine d’honneur d’un club de gens huppés qui ne voudraient pas se mêler à ceux qui ne sont pas aussi bien qu’eux ! Elle est Mère de l’Eglise, la Mère des pauvres que nous sommes tous, même si, bien souvent, nous cherchons à cacher nos pauvretés.
De l’Evangile, je voudrais retenir les 4 Paroles que Jésus prononce et les accueillir comme des Paroles qu’il prononce tout spécialement pour sa Mère qui est là au pied de la Croix. L’Evangile nous dit que c’est en voyant Marie que Jésus a prononcé ces Paroles. Dans ces Paroles, de fait, il y en a 2 qui s’adressent directement à Marie, qui concernent directement Marie, mais il me plait de penser que les deux autres, Jésus veut aussi les faire entendre à sa Mère même si ces paroles ne la concernent pas directement. Il veut qu’elle puisse les entendre comme un ultime encouragement pour qu’elle puisse tenir sa place de Mère de l’Eglise.
Avec la 1° Parole, Jésus donne une mission à sa mère. « Femme, voici ton fils. » Réunissant ses dernières forces, Jésus réussit à ouvrir ses yeux qui se fermaient de plus à cause du sang séché, alors il voit sa mère, broyée par la souffrance. Certains auraient aimé entendre une parole de tendre consolation que Jésus aurait prononcé à l’égard de sa mère, il n’en est rien, pourtant c’est bel et bien une parole de consolation que Jésus lui adresse en lui confiant cette grande mission. Peut-être connaissez-vous ce très beau texte de prière
Quand j’aurai faim, Seigneur, donne-moi quelqu’un à nourrir,
Quand j’aurai soif, Seigneur, donne-moi quelqu’un à abreuver,
Quand j’aurai froid, Seigneur, donne-moi quelqu’un à vêtir,
Quand je serai dans la tristesse, Seigneur, donne-moi quelqu’un à consoler
Quand je serai à terre, Seigneur, donne-moi quelqu’un à relever
Quand mon fardeau me pèsera, Seigneur, charge-moi de celui des autres
Quand j’aurai besoin de tendresse, Seigneur, que l’on fasse appel à la mienne.
Si c’est ce que nous osons demander dans notre prière, nous serons toujours exaucés et, par le fait- même, consolés ! Voilà pourquoi Jésus, sur la croix, en guise de parole de consolation, offre une mission à sa Mère et quelle mission !
Avec la 2° Parole, Jésus donne une mission à son Eglise. « (Fils) voici ta mère. » Là, pour le coup, il s’agit d’une Parole de consolation très explicite. St Jean représente l’Eglise et donc, c’est comme si Jésus disait à son Eglise : Voici, ta Mère, prends soin d’elle, car, elle, tu peux en peux en être sûr, elle prendra tellement soin de toi !
Parmi toutes les consignes que Jésus a données, c’est sans doute cette Parole qui sera entendue et mise en pratique avec le plus grand amour. Partout dans le monde, on aime Marie ! Dans les sanctuaires mariaux, comme ici, bien sûr, mais aussi dans les plus humbles maisons. Dans les maisons de soins spécialisées pour accueillir les personnes ayant perdu la mémoire, tout le monde constate avec étonnement que lorsque la tête est vidée de tout souvenir, il reste la prière du Je vous salue Marie. Il suffit d’en commencer les premiers mots pour que les personnes enchainent !
La 3° Parole, c’est : J’ai soif, cette Parole, il faut bien En effet, à travers cette parole Jésus n’exprime pas seulement un besoin physique. C’est vrai qu’il devait avoir très soif avec tout le sang qu’il avait perdu. Mais ce n’est pas seulement cette soif-là qu’il exprime dans cette Parole ; d’ailleurs, la boisson qui lui sera tendue n’étanchera pas la soif plus profonde qu’il exprime. Ce que Jésus crie, dans cette Parole, c’est l’expression de son désir qui, même après tout ce qu’il vient de subir et de souffrir, reste intact. Jésus va mourir dans quelques instants, victimes de ceux qu’il était venu sauver, mais sa soif de les aimer reste intacte. Rien n’est cassé en lui, aucun désespoir, aucun regret et, cela, Jésus veut le faire entendre à sa Mère parce qu’il sait que cette Parole lui apportera la plus grande des consolations et la soutiendra dans sa mission de Mère de l’Eglise.
On peut penser qu’au Cénacle, quand les apôtres priaient en étant encore broyés par la culpabilité de l’avoir abandonné, Marie passait auprès de chacun pour lui dire à l’oreille : tu sais, il est mort en disant qu’il avait encore soif de t’aimer ! Elle l’a dit au Cénacle, elle ne cesse le redire à tous les membres de l’Eglise qui lui ont été confiés. Elle nous la redira quand, nous-mêmes, honteux de notre péché nous hésiterons à revenir vers le Seigneur, elle nous rappellera qu’il est mort en disant qu’il avait toujours soif de nous aimer.
4° et dernière Parole : Tout est accompli ! Marie pouvait se demander comment Jésus vivait sa mort en constatant qu’il n’y avait personne au pied de la croix, aucun de ceux qu’il avait guéris, aucun de ceux qu’il avait nourris, aucun de ceux qu’il avait enseignés et presque aucun de ses apôtres. La précédente Parole l’avait rassurée, cette dernière Parole finit de dissiper tous les doutes. Jésus est sûr d’avoir gagné, pour lui, c’est réussi, c’est pour cela qu’il dit : Tout est accompli ! L’opération Salut pour laquelle il avait été envoyé du ciel est en marche et rien, ni personne ne pourra l’arrêter. Tout est accompli ! Là encore, Marie pourra redire cette Parole au Cénacle quand les apôtres se poseront des tas de questions. Et elle ne cessera de le redire à tous les membres de l’Eglise qui lui ont été confiés quand, devant le déclin de l’Eglise en certains lieux, ils se demanderont où on va, elle rappellera qu’il est mort en affirmant que le Salut était en marche, et que, rien, ni personne, ne l’arrêtera !
Voilà comment, jusqu’au bout, Jésus a voulu prendre soin de sa Mère pour qu’elle puisse prendre soin de nous, pour qu’elle puisse accomplir sa mission de Mère de l’Eglise. Qu’elle reste dans notre doyenné et pour toute l’Eglise, celle qui nous accompagne dans notre pèlerinage d’espérance.
