Ce n’est qu’au cours du carême 1807, il a déjà plus de 20 ans, que Jean-Marie Vianney, celui qui deviendra le Saint Curé d’Ars, recevra le sacrement de confirmation. C’est dire qu’il était dans l’âge de la maturité et qu’il avait eu le temps de se préparer à recevoir ce grand et beau sacrement. C’est sans doute ce qui explique que, ce jour-là, il a voulu poser un acte réfléchi et engageant en décidant d’ajouter à son prénom, Jean-Marie, celui de Baptiste. Désormais, il signera toutes ses lettres, tous les documents officiels avec ce prénom : Jean-Baptiste-Marie Vianney.
Plus tard, il aura l’occasion de s’en expliquer ; il dira qu’il a rajouté ce prénom car il voulait que sa vie ressemble à celle du Baptiste qui avait amené ses disciples à Jésus. On le sait, en effet, les premiers disciples de Jésus étaient des disciples du Baptiste qui, voyant Jésus, leur a dit à peu près ces paroles : voici l’Agneau de Dieu, suivez-le ! C’est d’ailleurs pour cela qu’on représente toujours Jean-Baptiste avec un doit tendu pour désigner Jésus. C’était donc pour cette mission que Jean-Marie Vianney, dans une véritable inspiration prophétique, s’apprêtait à donner sa vie : conduire à Jésus tous ceux qui viendraient à lui et Dieu sait s’ils seront nombreux. Jamais il ne sera tenté de les arrêter à sa personne, il lui fallait, à l’image de ce nouveau Saint Patron qu’il choisissait, les conduire à Jésus car, seul Jésus, peut remplir toute une vie et la sauver.
Si, en ce jour où nous fêtons la naissance de St Jean-Baptiste, je me suis arrêté un peu longuement sur cet épisode de la vie du Saint Curé d’Ars, mon compatriote, c’est parce que finalement, ce que le Saint Curé d’Ars a mis en œuvre, à nous de le mettre en œuvre aussi dans nos vies. Nous ne serons pas tous obligés de rajouter « Baptiste » à notre prénom, mais nous sommes tous invités, au titre de notre Baptême et de notre confirmation, de conduire à Jésus tous ceux qui viennent à nous, tous ceux que nous rencontrons, tous ceux avec qui nous vivons. La mission du Baptiste, actualisée dans le ministère du Saint Curé d’Ars, c’est la nôtre.
C’est d’ailleurs ce que nous dit l’Evangile d’aujourd’hui. Voilà les paroles que l’Ange prononce dans ce qu’on peut appeler l’Annonciation à Zacharie, paroles qui définissent ce que sera la mission de cet enfant quand il parviendra à l’âge adulte : il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. Je me permets de dire quelques mots sur chacun des 5 points qui détaillent cette mission.
1/ Ramener les hommes au Seigneur. Il y a tant de personnes qui pour des raisons plus ou moins bonnes se sont éloignées, à un moment de leur vie, du Seigneur. Mais, puisque Dieu est le Dieu de l’Alliance, vivre loin de Lui, c’est se priver de celui qui a promis d’être notre allié, c’est le sens du mot Alliance. Comment gagner les durs combats de la vie si nous sommes seul ? Tous ceux qui traversent de grosses difficultés, ont besoin de cet allié. D’où l’aspect essentiel de ce 1° point de la mission du Baptiste qui devient notre mission : Ramener les hommes au Seigneur.
2/ Le 2° point, c’était : marcher devant sous le regard de Dieu, avec l’esprit et la puissance du prophète Elie. Dans cette invitation à marcher « devant » il y a un double appel : appel à l’exemplarité, ceux qui sont devant, on les regarde, on les suit et s’ils déraillent, ils entrainent à leur suite. Il y a aussi un appel au courage : devant, il faut faire le chemin ; devant, on peut aussi prendre les premiers coups ! C’est sans doute ce qu’évoque cette mention du prophète Elie. Pour conduire à Jésus, il y a donc cette nécessité d’exemplarité et de courage , pour tous ceux qui sont appelés à marcher devant.
3/ Le 3° point, c’est : Ramener le cœur des pères vers leurs enfants. Il y a tellement de familles divisées, que cet aspect de la mission prend une importance capitale aujourd’hui. La famille devrait être le lieu où l’on peut refaire ses forces, où l’on sait qu’on ne manquera jamais d’amour. Or, tant de familles se sont déchirées, vivent éclatées. Dans une société où, bien souvent, on ne se fait pas de cadeau, ce havre de paix manque à ceux qui ne l’ont plus. D’où l’importance de pouvoir ramener le cœur des parents vers les enfants et réciproquement.
4/ Le 4° point de la mission, c’était : ramener les rebelles à la sagesse des justes. Là encore que de rebelles, aujourd’hui ! Il est plutôt bon de se rebeller contre ce qui n’est pas bon, ce qui n’est pas juste. Mais il n’est pas bon que, pour tant de personnes, être rebelle, soit devenu une seconde nature et pire, que ça ne les conduise pas à vouloir changer ce qu’ils critiquent. Là encore, on voit e côté décisif de ce 4° aspect de la mission : ramener les rebelles à la sagesse des justes car on ne peut rein construire de positif dans la société ou dans l’Eglise avec des rebelles par nature !
5/ Enfin, le 5° point de la mission, c’est préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé. J’aime beaucoup cette expression « un peuple bien disposé » ; il y aurait sans doute plusieurs manières d’expliquer cette expression. Moi, je veux la mettre en lien avec le nom que l’Ange impose à Zacharie pour cet enfant. D’habitude, dans cette culture, le fils premier-né porte le prénom de son père et on le fait précéder du petit mot « Ben » qui signifie « Fils de » cet enfant aurait dû s’appeler Zacharie ou Ben-Zacharie, l’Ange impose le nom de Jean, Yô-hânan qui signifie « Dieu fait grâce » « Dieu aime d’un amour gratuit ». Ainsi donc, préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé, va signifier : préparer le cœur de tous hommes pour qu’ils puissent accueillir cet immense amour que le Seigneur veut leur offrir gratuitement. Tant de personnes rêvent d’un grand amour et se heurtent à des échecs des désillusions, d’où l’importance de ce 5° aspect de la mission : préparer pour le Seigneur un peuple bien disposé à accueillir l’amour.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce d’être ces humbles serviteurs, à l’image du Saint Curé d’Ars, serviteurs dont la grande joie sera de pouvoir conduire à Jésus.
