23 mai : samedi 7° semaine ordinaire. L’Esprit-Saint nous aide à accueillir le présent comme un présent … et à vivre dans la confiance.

Tout au long de ce temps pascal qui va s’achever avec la fête de Pentecôte, dans les messes en semaine, nous avons lu, en 1° lecture, un passage tiré du livre des Actes des apôtres que certains appellent aussi les Actes de l’Esprit-Saint, tant il est vrai que l’acteur principal, c’est lui, le Saint-Esprit. Aujourd’hui, nous lisons donc le dernier extrait du livre des Actes des Apôtres, mais ce livre semble comme inachevé puisque rien ne nous est dit sur la fin de la vie de Paul. Peut-être est-ce un indice que, justement, dans ce livre, il ne faut pas trop s’arrêter sur les personnes, Pierre, Paul et tous les autres acteurs de la 1° évangélisation, celui qui est le plus important, c’est l’Esprit-Saint. Les personnes passeront, mais l’Esprit-Saint restera à l’œuvre et, selon la belle expression de Paul, l’essentiel est que la Parole poursuive sa course. 2 Th 3,1

Et alors, dans le passage d’aujourd’hui, on voit très bien ce principe mis en œuvre. Paul a donc été arrêté, usant du privilège attribué aux citoyens romains, car il avait la double nationalité juive et romaine, il a refusé d’être jugé par ceux qui l’avaient arrêté et a fait appel à l’empereur. En attendant qu’il puisse comparaitre, il n’est pas en prison, mais assigné à résidence. C’est pourquoi il était dit : Paul demeura deux années entières dans le logement qu’il avait loué. Mais ce qui est le plus intéressant, c’est la suite de ce verset : il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une entière assurance et sans obstacle. Quelle belle pointure ce Paul ! 

N’oublions pas que Paul était un évangélisateur infatigable et intrépide ; on pense qu’il aura parcouru 16.000 kilomètres au cours de ses 3 voyages missionnaires. Le voilà enfermé, entre 4 murs, et que fait-il ? Il ne passe pas ses journées à regretter le bon vieux temps où il était libre et en capacité de parcourir le monde pour annoncer l’Evangile ; il ne se projette pas non plus dans un avenir hypothétique, préparant ses prochains voyages s’il venait à être libéré. Ni nostalgie, ni fuite en avant, Paul vit pleinement le présent. Ses conditions de détention lui interdisent de sortir, mais ne lui interdisent pas de recevoir, eh bien, c’est ce qu’il fait à longueur de journées. : Il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus Christ avec une entière assurance et sans obstacle.

On le voit bien, l’Esprit-Saint est toujours à l’œuvre en lui car c’est lui qui nous aidera à ne pas nous évader dans les regrets stériles du « bon vieux temps », c’est lui qui nous aidera à ne pas nous évader non plus dans des rêves d’avenir, rêves toujours incertains qui risque de générer beaucoup de frustrations quand ils ne pourront pas se réaliser. L’Esprit-Saint nous fait vivre dans le présent, il nous fait nous engager totalement dans le présent. Mieux encore, il nous permet d’accueillir le présent, comme un présent, c’est-à-dire comme un cadeau. Et mon présent, je peux toujours décider de l’accueillir comme un cadeau puisque l’Esprit-Saint s’engage à le vivre avec moi pour que je puisse, dans ce présent, tel qu’il est, mettre un maximum d’amour. Voilà pourquoi la fête de Pentecôte est si importante, avec ce que je viens de dire, comment pourrions-nous vivre sans le Saint-Esprit ?

Quelques mots sur l’Evangile qui fait directement suite à celui que nous avons médité hier, au cours duquel Jésus interrogeait Pierre par 3 fois en lui demandant : Pierre m’aimes-tu ? Avec ces 3 questions et ces 3 réponses si humbles de Pierre, le triple reniement est comme effacé ; en plus, Jésus a confirmé Pierre dans sa mission en lui disant par 3 fois : sois le pasteur de mon troupeau. Alors, on pourrait dire : affaire classée, passons à la suite ! Mais en fait, non, l’affaire n’est pas vraiment classée. Oh pas du côté de Jésus pour qui tout est clair, sa miséricorde est à l’œuvre dans le cœur de Pierre, il peut donc tenir sa place. Mais, pour Pierre, les choses sont moins claires. La culpabilité est toujours en train de le travailler. Jésus lui a pardonné, mais, lui, il n’arrive pas à se pardonner ce triple reniement alors qu’il avait annoncé à Jésus que, même si tous l’abandonnaient, lui, il resterait fidèle. 

C’est ce qui nous était raconté dans l’Evangile d’aujourd’hui. Il faut visualiser la scène. Jésus a pris Pierre à part pour parler en tête à tête ou mieux en cœur à cœur avec lui, ils ont fait quelques pas sur la plage et derrière, on ne sait pas pourquoi, Jean suivant à une certaine distance respectant la confidentialité des propos que Jésus voulait échanger avec Pierre, mais il suivait.

Et c’est en l’apercevant que Pierre pose une question à Jésus : Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? Bien sûr, il y aurait bien des manières de comprendre cette question, mais personnellement, j’ai été ébloui par cette homélie que j’ai entendue, donnée par un exégète sud-américain. J’étais justement en Terre Sainte et je méditais ce texte d’Evangile sur la plage du lac de Tibériade, là-même où avait eu lieu ce dialogue entre Jésus et Pierre. Me joignant à un groupe de pèlerins d’Amérique du Sud pour célébrer la messe avec eux, j’avais eu comme cadeau, d’entendre l’homélie de cet exégète qui accompagnait le groupe et voilà ce qu’il avait dit, évidemment, je résume.

Oui, Pierre était toujours dans la culpabilité parce que c’est toujours dur de se pardonner ses infidélités même quand le Seigneur nous les a déjà pardonnées. Peut-être aussi que certains chrétiens de certaines communautés remettaient en doute la légitimité de Pierre : comment pouvait-il rester à la tête de l’Eglise après son triple reniement. Ces chrétiens pensaient que Jean serait plus légitime, lui qui a été tellement plus fidèle. Devant ces débats qui agitaient l’Eglise de la fin du 1° siècle, St Jean a tenu à rajouter un chapitre à son Evangile qu’il pensait avoir terminé avec le chapitre 20. 

C’est vrai que lorsqu’on lit la finale de ce chapitre 20, on pense que c’est fini. Mais devant ces débats, Jean a rajouté le chapitre 21 comme pour dire : cette question qui vous agite, Jésus l’a tranchée lui-même sur la plage du lac de Tibériade en deux temps. Premier temps, il a renouvelé sa confiance à Pierre en lui disant par 3 fois qu’il serait le pasteur de son troupeau. Et, deuxième temps, quand Pierre, me désignant, lui a quand même demandé de réfléchir pour savoir si ce n’était pas moi qui devrais conduire l’Eglise, Jésus lui a répondu que ce n’était pas à lui d’en décider. C’est tellement beau ! Et ça nous permet de vivre dans la confiance : c’est le Seigneur qui conduit son Eglise, que l’Esprit-Saint nous fasse entrer dans cette confiance !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons la grâce, à la suite de Paul, d’accueillir le présent comme un présent et la grâce de laisser le Seigneur conduire son Eglise sans penser que nos choix, nos idées sont meilleures que les siennes ! Pour cela que ce week-end, Notre Dame de Laghet nous obtienne d’être profondément visités par le Saint-Esprit.

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