9 juillet : mercredi 14° semaine ordinaire : le long chemin du pardon

Nous venons de sauter 10 chapitres dans le livre de la Genèse qui nous font passer de Jacob, le père vivant son fameux combat dont j’aurais tant aimé vous parler, à Joseph le fils. Ceux qui sont des grands connaisseurs de la Bible n’ont pas de mal à raccrocher les wagons, mais pour les autres, ça risque d’être plus difficile, je vais donc faire un résumé assez rapide de tous ces chapitres sautés.

Jacob, fils d’Isaac qui a volé la bénédiction à Esaü son frère, aura 12 fils qui seront à l’origine de ces fameuses 12 tribus de Jacob qui composeront le peuple d’Israël. Mais, hélas, parmi ses enfants, Jacob avait un chouchou, c’était Joseph. Les circonstances peuvent expliquer pourquoi cet enfant est devenu le chouchou, je n’ai pas le temps de les évoquer, mais, de toutes façons, si les circonstances expliquent, elles ne justifient pas ! Jaloux, les frères vont monter un plan terrible pour supprimer ce frère si encombrant. Un jour, revêtu de sa tunique de chouchou dont je n’ai pas le temps de parler non plus, il était venu apporter à manger à ses frères qui gardaient les bêtes à l’orée du désert. C’est là que les frères décident de le supprimer ; pris de remords, l’un d’entre eux intercède pour que Joseph ait la vie sauve et soit vendu comme esclave à une caravane de marchands qui passait. Ce qui fut fait. Après bien des péripéties, il arrive en Egypte et après bien d’autres péripéties, il se retrouve à un poste équivalent à 1° ministre des finances de pharaon.

Pendant ce temps, dans la famille de Jacob, la vie continuait. Le vieux Jacob était inconsolable d’avoir perdu Joseph, son fils préféré, d’autant plus que ses autres fils, pour se venger de sa préférence à l’égard de Joseph, lui avaient laissé croire que Joseph avait été dévoré par une bête sauvage. Or, voilà que survient une famine terrible pour toute cette région du monde, et c’est là que nous en arrivons au texte d’aujourd’hui. L’Egypte elle-même est aux prises avec cette terrible famine, mais Pharaon n’est pas très inquiet, il sait qu’avec Joseph, il a un gérant extraordinaire qui saura les tirer de cette situation difficile. C’est pour cela qu’il dit à ceux qui viennent le voir : « Allez trouver Joseph, et faites ce qu’il vous dira. » Le pape François dans la très belle lettre qu’il avait écrite pour l’année St Joseph, reprendra cette parole du Premier Testament disant qu’elle pourrait être appliquée à St Joseph. Quand nous sommes très désemparés, nous pouvons toujours aller voir Joseph, le prier et faire tout ce qu’il nous suggère de faire. 

C’est ainsi que Joseph va se retrouver dans cette situation étonnante : comme grand intendant de Pharaon, il accueille ses propres frères venus chercher du blé. Ses frères ne le reconnaissent pas, mais, lui, il les reconnait bien. Comment va-t-il réagir ? Va-t-il profiter de sa position de puissance pour les punir de ce qu’ils ont fait ? Une partie de la lecture pourrait nous le laisser croire, mais il n’en est rien ! La lecture a été coupée et ne nous a pas fait entendre ce passage où les frères se sont présentés devant lui. Ils ont donc expliqué qui ils étaient, leur histoire de famille en somme. Ils ont dit qu’ils étaient venus à cause de la famine, laissant leur plus jeune frère avec leur vieux père et qu’il leur fallait vite rentrer. C’est alors que Joseph demande que l’un d’entre eux reste ici, un peu comme un otage, et que les autres aillent chercher le plus jeune des fils, c’est-à-dire Benjamin, né après Joseph. L’histoire de l’otage, on le comprend, c’est parce que Joseph a moyennement confiance en ses frères, il veut être sûr qu’ils reviendront. Et s’il demande à voir le plus jeune, Benjamin, c’est parce qu’il voudrait vérifier que ses frères ne lui ont pas fait subir ce que lui-même a subi. Le vieux père avait dû reporter toute son affection sur Benjamin, alors, dans sa position de nouveau chouchou, a-t-il enduré ce que lui-même, Joseph avait enduré ? 

Vous le comprenez donc Joseph ne veut pas punir ses frères, il ne veut pas se venger, mais il est en train d’élaborer toute une stratégie pour les aider à entrer dans la vérité. Car pardonner tout de suite aurait été désastreux, il fallait d’abord que les frères puissent réaliser l’ampleur du mal qu’ils avaient fait. Le texte nous fait entendre les paroles qu’ils échangent entre eux très librement puisqu’ils croient que l’homme qu’ils prennent toujours pour un Égyptien ne les comprend pas. Ces paroles nous montrent qu’en effet, un chemin est en train de se faire dans leurs cœurs et ce chemin émeut profondément Joseph qui est obligé de se retirer pour pleurer. Mais le chemin est loin d’être terminé, nous entendrons le dénouement demain, mais hélas, nous allons encore sauter plein de chapitres pourtant très intéressants. 

J’en tire la conclusion suivante : dans certaines situations compliquées, douloureuses, il faut beaucoup de temps pour parvenir à pardonner et à accueillir en vérité le pardon. Je trouve extraordinaire que la Bible nous le montre de manière aussi forte. Parce que nous pourrions tirer des conclusions erronées du fait que Dieu est miséricorde infinie. Nous pourrions dire : Dieu est pardon, alors, il faut pardonner, certains, pensant bien faire, pourraient nous inviter à donner le pardon à marche forcée. Mais ce n’est pas juste, ce récit de Joseph le montre tellement bien que c’est une pure merveille. Ainsi donc, quand nous avons des difficultés à pardonner, ne nous culpabilisons surtout pas, cherchons à nous faire accompagner pour parcourir au bon rythme le chemin qui nous permettra d’y parvenir un jour, peut-être.

L’Evangile, quant à lui, est plus facile d’accès, il nous rapporte comment Jésus a choisi ses apôtres ou plutôt pourquoi il les a choisis. La mission est clairement définie au début du texte : Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. C’est clair ! Jésus avait défini sa mission en disant : Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance (Jn 10,10) eh bien il choisit des hommes pour les associer à cette mission, pour qu’ils soient, eux aussi au service de la vie. Les esprits impurs qui font perdre leur liberté à ceux qui en sont possédés, les maladies qui empêchent de s’épanouir, voilà deux obstacles qui empêchent d’accueillir la vie en abondance, Jésus choisit des apôtres pour que, avec lui, ils puissent libérer les hommes afin qu’ils vivent de cette vie en abondance. 

C’est pour cette même mission que le Seigneur appelle aujourd’hui encore. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons que la grâce nous soit donnée de pouvoir nous accorder et accorder aux autres le temps nécessaire pour un vrai pardon, qu’elle intercède en faveur de tous ceux qui hésitent à répondre à l’appel du Seigneur qui cherche des ouvriers pour qu’ils l’aident, aujourd’hui encore, à donner la vie en abondance.

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