L’Evangile que nous venons d’entendre, nous transporte en arrière, au niveau du temps puisque sommes au soir de Pâques, donc 50 jours avant Pentecôte, et voilà Jésus ressuscité apparait à ses disciples. On comprend qu’ils soient dans la joie ; d’abord parce qu’ils le voient vivant, après tant de souffrances traversées et, ainsi, ils peuvent vérifier que ce que Jésus leur avait annoncé et qu’ils avaient eu tant de mal à comprendre et à croire était bien vrai. Ils sont dans la joie également parce que, Jésus, en arrivant au milieu d’eux leur a dit : la paix soit avec vous ! C’était bien la parole qu’ils avaient besoin d’entendre, leurs cœurs étaient tellement troublés après tous les événements de la passion et leur attitude si lamentable. Enfin, leur joie, s’explique par le fait que Jésus leur renouvelle sa confiance, de manière extraordinaire et sans doute inespérée, puisqu’il les envoie en mission : De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie !
Oui, mais cette parole a dû aussi les inquiéter : comment seront-ils capables de remplir la mission que Jésus veut leur confier, alors qu’ils ont tous pu toucher du doigt leurs limites ? Dans son extrême bonté, Jésus ne les laisse pas gamberger longtemps. Immédiatement, il souffle sur eux et leur dit : Recevez l’Esprit Saint. C’est sur cette parole de Jésus que j’aimerais m’arrêter.
Commençons par réfléchir sur le verbe que Jésus utilise. Recevez l’Esprit-Saint. Le verbe grec qui est utilisé ici peut être traduit par « recevez » mais à condition qu’on y mette une nuance active et c’est pour cela que, dans un autre emploi célèbre de ce verbe, au moment du récit de l’institution de l’Eucharistie, ce verbe a été traduit par « prenez » : prenez et mangez. Je ne suis pas en train de couper les cheveux en 4 ! Pour moi, c’est, au contraire, très important. Jésus souffle sur les apôtres, répandant sur eux le Saint-Esprit et c’est comme s’il leur disait : ceux qui en veulent, qu’ils le prennent ! Ceux qui ont compris que sans la force du Saint-Esprit, ils ne pourront pas remplir la mission que je vous confie, qu’ils le prennent.
Si vous voulez, on peut dire que Jésus a fait ce qu’il fallait en soufflant sur les apôtres, en répandant sur eux le Saint-Esprit, maintenant, c’est aux apôtres de jouer : à eux de s’approprier ce don du Saint-Esprit. J’espère que vous comprenez bien que tout cela est absolument décisif pour nous. Parce que la foi se vivra toujours sous ce double registre du don et de l’appropriation. Le Seigneur ne nous demande rien sans nous donner en même temps la force de l’accomplir. St Augustin avait résumé cela dans une de ces formules dont il avait le secret : Dieu donne ce qu’il ordonne. Du côté du Seigneur, pas de problème, il est toujours au rendez-vous, il donne. Mais nous, est-ce que nous prenons ce qu’il nous donne, est-ce que nous nous approprions ce don ?
Pour bien me faire comprendre, j’utilise cette comparaison. Vous êtes très malade et vous allez voir le médecin qui vous dit, je vais vous prescrire le médicament qui est le plus efficace pour guérir votre maladie. Très bien, mais, ce médicament, il a beau être superpuissant, si vous ne le prenez pas, il n’aura aucun effet sur vous ! Ainsi en va-t-il du Saint-Esprit et c’est pour cela qu’ayant soufflé sur eux, Jésus insiste en disant : prenez-le ! C’est comme s’il suppliait ses apôtres en disant : ne le laissez pas passer sans vous servir !
Ont-ils osé le faire ? Pas sûr ! Pourquoi je dis cela ? Tout simplement parce que s’ils s’étaient servis, il n’y aurait pas eu besoin de la Pentecôte ! Alors, d’accord, il manquait l’un des apôtres, Thomas ; mais si tous ceux qui étaient là avaient pris le Saint-Esprit, ils auraient pu le transmettre à Thomas quand il est revenu parmi eux. D’ailleurs, c’est très étonnant, quand Thomas les rejoint, ils lui disent tous : Nous avons vu le Seigneur ! Mais pas un mot sur le don du Saint-Esprit. C’était sans doute trop tôt, peut-être trop fort, ils n’ont pas osé se servir ! Jésus ne leur en tiendra pas rigueur, ils seront à nouveau servis, et comment, le jour de la Pentecôte ! Jésus ne pouvait pas renoncer à leur donner le Saint-Esprit puisqu’il est le don par excellence. C’est d’ailleurs ce que nous a dit l’évêque au jour de notre confirmation : recevez le Saint-Esprit, le don de Dieu, pas un don, mais LE don de Dieu.
En méditant sur le texte, je me suis dit que, finalement, au soir de Pâques, cette tentative ratée de Jésus de répandre sur eux le Saint-Esprit, n’était pas la première tentative ratée. Dans l’Evangile de ST Jean, quand Jésus meurt, il est dit : il remit l’Esprit.
En rendant son dernier souffle, manifestement, c’était l’Esprit-Saint qu’il répandait car en grec souffle et esprit, c’est le même mot. C’est plus tard que St Jean le comprendra et c’est pour cela qu’il écrira : Jésus remit l’Esprit. Seulement, à la croix, il y avait trop peu de monde pour recueillir ce don et ceux qui étaient là étaient trop bouleversés pour le faire, St Jean, le premier. Evidemment, je ne parle pas de la Vierge Marie, mais elle, elle n’avait pas besoin de prendre le Saint-Esprit, puisqu’elle l’avait à demeure depuis l’Annonciation. A la croix, donc, Jésus remet l’Esprit, mais, hélas, personne ne le prend, qu’à cela ne tienne, il fera une nouvelle tentative le soir de Pâque et voyant que ça ne marche pas mieux, il recommencera à la Pentecôte parce que, je le redis, il ne pouvait renoncer : le Saint-Esprit étant LE don par excellence, il fallait qu’il soit répandu.
Maintenant, nous pourrions nous demander pourquoi ça a marché à la Pentecôte ? Pourquoi, au matin de la Pentecôte, les apôtres ont pris le Saint-Esprit répandu alors qu’ils étaient passés à côté jusque-là ? Voilà l’explication que je propose : après cette tentative du soir de Pâques, ils ont touché le fond. Jésus les avait envoyés en mission et, eux, nous le savons, au lieu de partir en mission, ils étaient partis à la pêche, entrainés par Pierre. Toute la nuit, ils avaient peiné sans rien prendre, quand on n’est pas là où on doit être, il ne faut pas s’étonner que rien ne marche ! Jésus les avait rejoints au matin, et, selon son habitude, il ne leur a fait aucun reproche, mais eux avaient enfin compris que sans le Saint-Esprit, ils n’y arriveraient jamais. Sans le Saint-Esprit, ils ne seraient jamais là où Jésus les veut, jamais dans les dispositions que Jésus attend d’eux. Et voilà qu’au moment de l’Asension, Jésus les envoie en mission avec un ordre de mission qui les dépasse totalement : faire de toutes les nations des disciples. Là, ils ont dû se dire : la prochaine fois que l’Esprit-Saint sera répandu, nous ne laisserons pas passer l’occasion, nous nous servirons et c’est ce qui s’est passé à la Pentecôte !
Je crois vraiment que pour se décider à prendre le Saint-Esprit, il faut avoir touché le fond, expérimenté sa pauvreté fondamentale, compris que ce que Jésus nous demanderait nous dépassera toujours. Dans les témoignages de ceux qui se sont laissé renouveler en profondeur par le Saint-Esprit, c’est toujours cela qu’on entend. Si, aujourd’hui, vous pensez que vous en avez assez de plonger et replonger, si vous n’en pouvez plus de déployer beaucoup d’efforts pour peu de résultats dans votre vie de foi ou dans votre vie tout court, c’est sans doute le moment ! Ne laissez pas le Saint-Esprit passer sans le prendre ! C’est la grâce à demander par l’intercession de Notre Dame de Laghet.
