C’est vraiment très beau que l’Eglise nous propose pour la fête d’un apôtre cette 1° lecture de Paul qui rappelle que tous les chrétiens, du plus anonyme au plus grand, nous ne sommes que des vases d’argile, d’autres traductions parlent de poteries sans valeur. Je me rappelle ce texte d’un pasteur protestant portant comme titre : les chrétiens ne sont pas de la vaisselle de luxe, pas de la porcelaine ! C’est bien vrai ! Et non seulement, nous ne sommes pas de la vaisselle de luxe, mais, en plus nous sommes souvent des poteries bien fêlées ! Un vase fêlé, on n’a qu’une envie, c’est de le remplacer, eh bien, ce n’est pas l’intention du Seigneur à notre égard : il n’a aucune envie de remplacer les poteries fêlées que nous sommes. Le dialoguiste Michel Audiard qui n’est pas précisément un Père de l’Eglise a inventé une béatitude que j’aime utiliser afin d’expliquer pourquoi le Seigneur nous aime et tient à nous malgré nos fêlures, il disait : Heureux les fêlés, ils laisseront passer la lumière !
Nous, quand nous avons une assiette fêlée, un vase fêlé et que nous y tenons vraiment, nous allons chercher à le recoller en cherchant à cacher ce recollage. Le Seigneur, avec nous, il n’agit pas ainsi, il aime pratiquer cet art japonais qui s’appelle le Kintsugi ! Cette technique si particulière qui sert à recoller un vase cassé. « Kintsugi », ce mot, on peut le traduire par « jointure à l’or. » En effet, au Japon, pour recoller ce qui est précieux, on utilise de l’or fondu qui servira de colle. Avec cette technique, les fêlures ne sont absolument pas cachées, au contraire ! Mais, vous comprenez que plus un vase a été malmené et cassé, plus il devient précieux puisqu’il y a de plus en plus d’or qui le recolle. Ainsi en va-t-il pour nous ! Parce que nous sommes infiniment précieux aux yeux de Dieu, il ne nous met pas au rebut sous prétexte que nous serions fêlés, il va s’occuper de nous et nous recoller avec l’or de sa miséricorde et ainsi se réalisera ce vrai miracle : là où le péché a abondé, la grâce va surabonder … à condition que nous reconnaissions que nous sommes une poterie fêlée !
L’apôtre que nous fêtons aujourd’hui, comme tous les apôtres, il a bien été une poterie sans valeur, une poterie fêlée. L’Evangile que nous venons d’entendre la montre si bien ! Jésus vient d’annoncer pour la 3° fois, qu’il va mourir et que cette mort ne va pas être simple. Jacques et son frère, ils se disent que c’est le moment de se placer ! Et, en plus, ils n’ont même pas le courage de demander cette faveur, ils font intervenir leur mère !
Les Evangiles semblent prendre un malin plaisir à montrer toutes les insuffisances des apôtres, tous leurs dérapages incontrôlés, toutes leurs fêlures. Et, pourtant, ce sont bien eux que Jésus a choisis et je dirai qu’il les a choisis en connaissance de cause ! Tous, à un moment donné, ils montreront leur extrême fragilité et même le 1° d’entre eux, Pierre ! Ils illustrent parfaitement cette belle parole du curé d’Ars, parole pleine d’humour, que j’aime citer : les saints n’ont pas tous bien commencé, mais ils ont tous bien fini !
Tout cela, c’est vraiment plein d’espérance pour nous ! Evidemment, ce n’est pas une invitation à nous complaire dans la médiocrité, mais c’est une invitation à nous laisser recoller par la miséricorde, à nous laisser travailler par le Saint-Esprit. Et vous savez que le nom « Esprit-Saint » est une contraction de « Esprit qui fait les saints », en tout cas, c’est comme ça que j’aime expliquer ce nom ! On le voit bien avec les apôtres, il réussira à faire de ces apôtres peureux, gaffeurs, autocentrés, bien fêlés, des saints, des témoins qui donneront, les uns après les autres, leur vie pour Jésus. Après la Pentecôte, après avoir reçu le Saint-Esprit, ils ne seront plus du tout les mêmes les mêmes !
La vie de Jacques, que nous fêtons aujourd’hui, l’illustre parfaitement ! Jacques n’a pas bien commencé, nous l’avons entendu, lui qui veut être premier, mais il aura bien fini !
En effet, il sera bien le 1° parmi tous les apôtres, mais pas premier dans les honneurs, il sera le premier à mourir martyr, à imiter les Christ jusque dans le don suprême de sa vie. Il a fini en se donnant totalement, en n’étant plus du tout préoccupé de se faire une bonne place ! Le Saint-Esprit l’avait totalement transformé, il s’était laissé recoller par l’or de la miséricorde.
Et, ce qui est extraordinaire, c’est que la maman Zébédée aura suivi le même chemin. Elle était le prototype de la mère juive qui couve ses enfants, heureuse de leur ambition, c’est pourquoi elle n’a pas dû se faire prier pour aller plaider la cause de ses enfants auprès de Jésus pour qu’ils soient aux premières places. Eh bien, elle aussi, elle aura fait son chemin puisqu’on la retrouve présente à la Croix ; là, elle n’est plus du tout préoccupée de placer ses fils, mais de soutenir Jésus, de l’accompagner jusqu’au bout … quel chemin !
Ce que l’Esprit-Saint a fait pour Jacques et les autres apôtres ainsi que pour la maman Zébédée, il peut et il veut le faire pour nous ! Il veut nous accompagner sur notre chemin de conversion permanente. D’ailleurs, St Jacques, c’est l’apôtre du chemin, du chemin de Compostelle. Alors, en ce jour, nous demanderons particulièrement son intercession, unie à celle de Notre Dame de Laghet pour que nous acceptions de faire le chemin qui nous conduira à vivre paisiblement nos pauvretés en croyant que les fêlés peuvent, encore mieux que les autres, laisser passer la lumière.
