Dans la 1° lecture, nous avons entendue une annonce très importante pour le peuple des hébreux. Je rappelle que toute l’élite du peuple a été emmenée en déportation à Babylone et que le reste de la population resté au pays est en grande difficulté puisque le roi Nabuchodonosor, maître du monde a envahi le pays, il a saccagé Jérusalem et encore pillé le Temple et finira par imposer sa loi qui est bien loin de la Loi donnée par Dieu. Ceux qui sont en déportation, comme ceux qui sont restés au pays se demandent si, un jour, tout cela finira.
Et voilà que, dans cette prophétie, Ezéchiel annonce cette extraordinaire bonne nouvelle : l’empire des puissants est en train de se lézarder. Oh, ce n’est encore pas de Nabuchodonosor dont parle le prophète, mais du roi du Liban, le roi de Tyr, comme il était écrit, ce roitelet qui faisait partie de la coalition des oppresseurs. La prophétie, annoncée de la part du Seigneur, est claire : je fais venir contre toi des barbares, une nation redoutable. Ils tireront l’épée contre ta belle sagesse, ils profaneront ta splendeur. Ils te feront descendre dans la fosse et tu mourras au cœur des mers, d’une mort violente. Et comble de tout, cette défaite cuisante ne sera pas infligée par une revanche des peuples qui ont été meurtris, mais, on le pressent, par un retournement d’alliances dans le camp des puissants.
Ce qui est le plus intéressant, c’est de voir les raisons profondes qui provoqueront cet effondrement à venir. Là encore, elles sont clairement exprimées : Ton cœur s’est exalté et tu as dit : “Je suis un dieu, j’habite une résidence divine, au cœur des mers. ” Pourtant, tu es un homme et non un dieu, toi qui prends tes pensées pour des pensées divines. C’est parce que tu prends tes pensées pour des pensées divines que tu tomberas. Voilà une dérive des dirigeants de l’époque, mais aussi applicable à tous les dirigeants de tous les temps et cette dérive est clairement pointé du doigt. Très vite, le pouvoir devient grisant et un certain nombre de dirigeants deviennent tellement orgueilleux qu’ils pensent égaler Dieu envisageant parfois de le remplacer avantageusement ! La France n’échappe pas à cette critique. Rappelons-nous, au cours de l’histoire, des rois agissaient comme Dieu avec cette justification bien connue de leurs décisions : car tel est notre bon plaisir ! Puis ça a continué jusqu’à affubler, avec humour, un président du nom-même de Dieu et un autre de celui de Jupiter !
Tout dirigeant devrait se comporter en serviteur de son peuple et par là-même, serviteur de Dieu. Mais voilà, le pouvoir enivre et rares sont ceux qui arrivent à garder le cap. Il y en a eu quelques-uns, par exemple, le roi St Louis que nous fêterons la semaine prochaine ou, plus près, le roi Baudouin de Belgique, un procès de canonisation est ouvert. Ça serait très bien qu’il aboutisse pour que nous ayons un saint contemporain à prier afin qu’il intercède pour nos dirigeants actuels.
Dans ses reproches Ezéchiel va donc pointer du doigt le risque de dérive auquel le pouvoir conduisait et il lui associait l’argent. Dans nos démocraties européennes, nous sommes à peu près, protégés de ce fléau de l’enrichissement des dirigeants, même si, régulièrement des scandales éclatent, mais c’est loin d’être le cas partout dans le monde. Quand on apprend l’enrichissement réalisé par un homme au pouvoir et sa famille, on finit par se demander s’il n’a pas voulu le pouvoir précisément pour s’enrichir !
Dans l’Evangile, Jésus va élargir la réflexion en ne se contentant plus de pointer le doigt uniquement sur les dirigeants qui s’enrichissent mais aussi sur tous les détenteurs de richesses.
Ce texte fait immédiatement suite à celui d’hier qui nous racontait les déboires de cet homme riche, exemplaire par bien des côtés, qui voulant accéder à la vie éternelle va repartir tout triste car il n’était pas prêt à entendre l’appel de Jésus. Cet exemple nous montrait clairement qu’une chose est de suivre les préceptes de la Loi, autre chose est de suivre Jésus. Or, être chrétien, ce n’est pas d’abord une affaire de loi à respecter, il s’agit avant tout de suivre Jésus. Et, suivre Jésus, ça exigera toujours de se désencombrer, voilà l’enseignement de cet Evangile.
Cet homme était encombré de ses richesses, mais chacun de nous, nous pouvons aussi être encombrés et pas forcément de richesses si nous n’avons pas grand-chose.
Certains sont encombrés par le soin qu’ils apportent à leur réputation et pour maintenir leur image, prêt à tous les compromis pour ne déplaire à personne ! D’autres sont encombrés par leur apparence extérieure et dépensent sans compter pour l’embellir ! D’autres encore sont encombrés par leur soif de pouvoir même s’ils ne briguent pas de grands mandats ! Bref, c’est à chacun de voir ce qui l’encombre, ce qui l’empêche d’être libre pour suivre le Christ, même si, par ailleurs, il suit la règle, les commandements avec respect et même parfois-même avec scrupule !
J’aime bien dire que ce à quoi nous tenons le plus, c’est rarement ce qui nous fait vraiment tenir ! A l’office des lectures, nous avons entendu cette si belle parole du Seigneur rapportée par le prophète Isaïe : si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas. Is 7,9 Hélas, les Bibles traduisent rarement de manière juste car elles ne respectent pas le jeu de mot hébreu, en disant : si vous ne croyez pas, vous ne pourrez pas tenir. C’est juste, bien sûr, mais le jeu de mots avec le verbe « tenir » est tellement suggestif qu’il est dommage de ne pas le rendre. Quand nous tenons au Seigneur et que nous faisons des choix clairs qui le montrent pour que ça ne soit pas que de belles paroles, alors le Seigneur nous fait tenir ! Mais quand nous tenons au pouvoir, à l’avoir, à la réputation, que sais-je encore, ces idoles exigent beaucoup de nous sans rien nous donner de solide en retour !
Je ne développe pas cette histoire invraisemblable d’un chameau qui devrait passer par le trou d’une aiguille, vous en connaissez sûrement l’interprétation. En donnant cette comparaison, c’est à l’humilité que Jésus nous invite pour que, jamais, même avec de grandes richesses ou un grand pouvoir, nous ne nous prenions pour Dieu.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce de l’humilité et de la lucidité pour ne pas nous accrocher à ce qui est si fragile et éphémère. Rappelons-nous ce que le Seigneur nous dit : si vous ne tenez pas à moi, vous ne tiendrez pas.
