Je n’ai jamais vu des jeunes choisir ce texte d’Evangile pour la célébration de leur mariage ou pour le Baptême de leur enfant ! Ce n’est pas non plus le texte qui fait partie des best-sellers proposés au caté ou dans des groupes d’aumônerie ! Il faut le dire aussi, ce n’est pas le texte préféré des prédicateurs ! Dimanche dernier, j’ai beaucoup parlé de la délicatesse de Jésus, dans ce texte, on se demande où elle est la délicatesse de Jésus ! Une maman vient vers lui et le supplie de faire quelque chose pour sa fille qui est tourmentée par un démon. Le texte ne précise pas ce que ce démon lui faisait faire, mais on imagine facilement, puisque c’était un démon qui agissait, que la vie de cette fille, et par ricochet celle de la maman, devait ressembler à un enfer. On se demande si Jésus a vraiment écouté, toujours est-il qu’il ne lui répond même pas ! Elle est où la si grande délicatesse de Jésus ?
La suite nous met encore plus mal à l’aise ! Quand les apôtres insistent pour que Jésus la renvoie et qu’elle arrête de leur casser les pieds et les oreilles avec ses demandes, enfin, il daigne s’adresser à elle. Mais, ce qu’il dit, semble encore plus dédaigneux que son silence ! Il explique que, puisqu’elle est étrangère, il ne peut pas s’occuper d’elle et il va même la traiter de chien, invective adoucie par le mot « petit », petit chien, mais quand même ! Cette femme étrangère, quand elle était venue vers elle, elle avait fait cette démarche parce qu’elle avait dû entendre parler de Jésus, de sa puissance et de sa délicatesse. Elle était donc sûrement venue confiante et elle avait fait très attention de mettre les fromes en appelant Jésus : Seigneur et Fils de David. Et voilà qu’elle se faitt rembarrer et de quelle manière … il y a de quoi perdre son latin !
Quand on se trouve face à un texte d’Evangile qui nous présente Jésus de manière choquante ou face à un texte du Premier Testament qui nous présente Dieu de manière choquante, il y a une règle d’interprétation absolue. Il faut se poser cette question : que signifie cette attitude ou que signifient ces paroles choquantes de la part de quelqu’un qui n’est qu’amour. Pour définir qui est Dieu, il n’y a pas besoin d’un livre écrit en 15 volumes, la définition tient en 3 mots : Dieu est amour ! Et vous connaissez l’adage : tel Père, tel Fils, donc Jésus est amour. Rien de ce qu’ils disent ou de ce qu’ils font ne peut être contraire à ce qu’ils sont. Alors, il faudra toujours chercher à comprendre paroles et gestes choquants dans ce cadre.
D’abord, soyons très clairs, Jésus n’a rien contre les étrangers, la preuve, c’est lui qui a décidé de se rendre dans ces territoires étrangers de Tyr et Sidon, le Liban actuel. Et Jésus n’est pas incohérent comme certaines personnes, chez nous, qui sont très racistes mais qui passent toutes leurs vacances à l’étranger parce que c’est moins cher et que c’est très beau ! Jésus s’il est allé là-bas, c’est qu’il a voulu y aller et en y allant, il savait très bien qu’il allait rencontrer les habitants du pays et que ce serait lui l’étranger dans ce coin de monde qui n’était pas le sien !
Alors, pourquoi réagit-il de cette manière ? En méditant, une nouvelle fois, ce texte, je me suis dit que c’était sans doute pour donner une leçon à ses apôtres. Car les apôtres sont là et eux, ça ne les gêne pas de demander à Jésus de chasser cette femme qui les fatigue. Ils n’osent même pas le faire eux-mêmes, ils demandent à Jésus de le faire ! Alors, plutôt que de leur faire un long enseignement sur le sujet, Jésus a choisi de leur donner comme une « leçon de choses ». Comme quand j’étais à l’école et que la maitresse nous sortait dans un lieu pour nous montrer des animaux, des fleurs, elle nous faisait une « leçon de choses », il y avait peu de mots prononcés pour expliquer, mais on retenait bien mieux ce qu’elle avait voulu nous enseigner. Je crois que, ce jour-là, c’était la stratégie que Jésus avait choisie pour enseigner ses apôtres. Alors que voient-ils ces apôtres ?
Eh bien, tout d’abord la persévérance de cette femme. Un jour, Jésus fera un enseignement sur a nécessité de prier sans se décourager (Lc 18), les mots de son enseignement auront peut-être été inspirés par l’attitude de cette femme. Finalement, en ne répondant pas à la demande de cette femme, il la teste pour voir si elle va s’accrocher, et elle le fait ! Bien sûr, ça se comprend, c’est la chair de sa chair qui souffre, elle ne peut donc pas lâcher le morceau avant d’avoir été écoutée et même mieux, avant d’avoir été exaucée.
Du coup, pour Jésus, cette femme devient un modèle, c’est comme s’il disait à ses apôtres : il faudra que toute la misère des autres vous touche comme si toutes les personnes qui viendront à vous étaient la chair de votre chair. Parce que lorsqu’on est atteint dans sa chair, on ne lâche jamais le morceau ! Il faudra donc que vous intercédiez en leur faveur sans vous décourager, que vous agissiez en leur faveur, faisant tout ce qui est possible et que vous comptiez sur Dieu pour l’impossible.
Une autre leçon, encore plus magistrale, celle-là, va être donnée et elle concerne la foi. Jésus lui dit : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. En la comparant à un petit chien, elle et, au-delà d’elle, tous ceux de son pays, Jésus utilise sans doute une appellation courante. Les juifs traitaient les étrangers de chiens et les étrangers leur rendaient régulièrement la politesse ! Mais ce qui est très beau, c’est que la femme ne se laisse pas décourager, elle comprend même qu’il y a quelque chose à tirer de cette appellation si peu glorieuse ! Et c’est bien ce que Jésus espérait du coup, intérieurement, il a dû frémir de joie quand il l’a entendu dire : Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ! D’ailleurs, il est tellement stupéfait qu’il lui dit : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux !
Pourquoi cette réponse de la femme fait-elle tout basculer ? Tout simplement parce qu’elle vient de reconnaître que Jésus est Dieu, que son amour est infini et donc que quelques miettes de cet amour infini lui suffiront largement ! Nous, quand nous ne donnons que des miettes, ça reste des miettes car notre amour est tellement limité ! C’est pour cela que se contenter de donner des miettes, de ne partager que notre hyper-superflu ce n’est pas cohérent avec notre foi. Mais Jésus, parce qu’il est Dieu et que son amour est donc infini, des miettes peuvent largement combler celui ou celle qui les reçoit. Voilà ce u’est en train de dire cette femme en s’appropriant l’image, volontairement choquante, que Jésus avait utilisé. Oh oui, Femme, qu’elle est grande ta foi !
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que notre foi soit aussi grande et notre prière aussi persévérante pour que nous puissions nous entendre dire : que tout se passe pour toi comme tu le veux !

Père Roger Hébert
Depuis déjà quelques années, j’apprécie vos homélies. J’ai pris pour habitude de lire et relire votre homélie et celle du jour du seigneur. Bien souvent ça m’aide pour comprendre l’Evangile Surtout que je n’ai jamais eu le niveau de français de mon cousin Michel. En primaire, nous nous disputions la 1ere place ( lui bon en français comme vous , moi bon math. C’est la dictée dans les années cinquante qui nous départageait, il suffisait que je n’ai pas zéro en dictée pour être 1er de la classe). Je ne vais pas vous amusé plus longtemps.
Comme mon cousin, vous aimez partager et je vous en suit très reconnaissant. je vous souhaite une bonne convalescence
. En espérant vous lire encore longtemps.
Cordialement
Mr Laubepin