« Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres… » Tous ces jours, nous allons entendre cette phrase déclinée sur tous les tons ! Pourtant, malgré les apparences, St Jean ne rabâche pas ! Rabâcher, c’est redire toujours la même chose parce qu’on n’a pas grand-chose à dire. Répéter, c’est autre chose que rabâcher ! Répéter, c’est redire régulièrement ce qui nous tient particulièrement à cœur. Quand il écrit cette lettre, St Jean est arrivé au soir de sa vie, il a donc vraiment envie de répéter ce qu’il ne voudrait surtout pas que ceux qu’il va quitter oublient. « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres… » mais pourquoi ça lui tient tant à cœur? En réfléchissant à cette question j’ai vu 2 raisons fondamentales que je vous partage.
La 1° raison, c’est la présence d’une hérésie appelée le docétisme dont les adeptes pensaient que Dieu avait fait semblant de devenir homme. St Jean, pour les inviter à réfléchir, parle sans arrêt de l’amour parce que, justement, on ne peut pas faire semblant d’aimer ! Très vite, ça se voit quand on fait semblant ! Et, en plus de cette hérésie du docétisme, il y avait un autre courant de pensée, très dangereux, dans cette fin du 1° siècle, qu’on a appelé « la gnose ». « Gnosis » en grec, c’est la connaissance. Vouloir connaître, c’est très bien, avoir une curiosité intellectuelle qui nous fait chercher, c’est très bien, mais les gnostiques étaient persuadés que Dieu ne pouvait se révéler qu’à des privilégiés à qui il donnerait une illumination de l’intelligence. Ces gnostiques, ils étaient donc comme perdus dans leurs pensées, cherchant cette illumination. Avec cette insistance sur l’amour, St Jean les invite à revenir sur terre, à avoir les deux pieds sur terre. Parce que l’amour, c’est extrêmement concret, on n’aime pas en pensées, mais par des actes ! Et ça c’est valable pour l’amour vis-à-vis de Dieu ou vis-à-vis des autres.
Passons à la 2° raison pour laquelle on peut penser que St Jean ait voulu répéter si souvent « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres… » St Jean, nous le savons, c’est lui qui a recueilli Marie après la mort de Jésus. Sur la croix, Jésus le lui avait demandé. Nous n’avons aucun renseignement sur la manière dont ça s’est passé concrètement, mais ce qui est sûr, c’est que Jean a obéi à cette dernière volonté de Jésus. C’est d’ailleurs pour cela qu’on trouve à Ephèse cette petite maison, appelée maison de la Vierge et qui est tant visitée. Le disciple bien-aimé s’étant retiré à Ephèse, il y avait fait construire une petite maison, sans doute pas loin de la sienne car il ne pouvait pas partir là-bas sans prendre avec lui la Mère bien-aimée. Les années qu’ils ont passées ensemble ont sûrement marqué St Jean.
Alors, on peut facilement imaginer qu’une fois ou l’autre, pendant la rédaction de ses lettres, Jean interrogeait Marie pour lui demander : Mère, quel est le message le plus important à transmettre aux disciples de ton Fils et à tous ceux qui veulent le devenir ? Je ne pense pas me tromper en disant que Marie devait lui répondre : dis-leur de bien s’aimer les uns les autres. C’est la principale préoccupation d’une mère : que ses enfants s’aiment entre eux. Je me rappellerai toujours ces dernières paroles que ma mère a voulu nous transmettre quand nous étions tous réunis autour de son lit juste avant son décès. Il y avait eu une division grave entre mes frères et sœurs. Réunissant son énergie, elle nous a dit : « Maintenant, écoutez-moi bien, je n’ai qu’une chose vous dire : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Et elle a rajouté : est-ce que c’est assez clair ?
Quelques mots sur l’Evangile qui nous présentent ce miracle de la multiplication des pains. Je voudrais ouvrir 3 pistes que vous pourrez explorer plus profondément si le cœur vous en dit !
1° piste : Je trouve assez significatif que le 1° miracle que la liturgie nous fait méditer après Noël soit la multiplication des pains. Il ne s’agit pas du 1° miracle que Jésus accomplira mais du 1° miracle qui nous est présenté après ces fêtes de Noël. Pendant des jours, nous avons médité sur la naissance de Jésus à Bethléem, or, en hébreu, Bethléem signifie la maison du pain. Et, non seulement il est né à Bethléem, la maison du pain, mais, en plus, il est né dans une mangeoire.
Il y a donc comme une logique à ce que le 1° miracle qui nous soit présenté, après Noël, soit un miracle qui concerne le pain, le manque de pain, la faim de pain et la multiplication qui rend le pain surabondant. Ainsi, nous comprenons que Jésus, dont le nom signifie « le Seigneur sauve », réalisera sa mission dans le signe du pain partagé, eucharistié.
2° point : Il est venu sauver les hommes, mais d’emblée, il a choisi de ne pas accomplir sa mission en solitaire en associant ses apôtres à cette mission. « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Les apôtres d’hier et leurs successeurs aujourd’hui, ainsi que tous leurs collaborateurs, ne pourront jamais se décharger sur Jésus. Avoir la foi, ce n’est pas se tourner vers Jésus en lui disant : débrouille-toi, moi ça me dépasse ! Oui, bien sûr que ça nous dépasse, mais Jésus nous invite à poser, à notre tour, les gestes de la foi. « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
3° point : « Il leur ordonna de les faire tous asseoir par groupes sur l’herbe verte. Ils se disposèrent par carrés de cent et de cinquante. » Le fait de croire en la puissance de Jésus ne supprime pas la nécessité d’une certaine organisation. Oui, Jésus va faire ce que lui seul peut faire, il ne défilera pas, mais il attend notre collaboration et une collaboration qui ne soit pas trop brouillonne : par carré de 100 et de 50 sur de l’herbe bien verte, ce n’est pas brouillon ! La foi n’élimine pas l’organisation, au contraire, elle la rend plus féconde.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de vivre dans l’amour en acceptant d’être ceux qui collaborent, à notre mesure à la mission de Jésus.
