Avec les retraitants, nous nous sommes mis à l’école des derniers papes pour apprendre d’eux comment mieux aimer la Vierge Marie et comment lui donner une place toujours plus juste et plus belle dans notre vie de foi et dans notre prière. En préparant cette retraite, j’ai mieux découvert la beauté et la justesse d’un titre que l’on donne à Marie et qui est particulièrement adapté à cette fête de l’Assomption. Ce titre, peut-être ne dira-t-il pas grand-chose à un certain nombre d’entre vous, c’est celui « d’Etoile de la mer ». C’est un titre qui remonte au 8° siècle environ que l’on retrouve dans une hymne populaire : « ave maris stella », c’est-à-dire : « je vous salue, étoile de la mer. » J’aimerais commencer par dire quelques mots sur l’origine de ce titre et ensuite comprendre pourquoi il est particulièrement bien adapté pour invoquer Marie en cette fête de l’Assomption.
Son origine est assez étonnante. Vous savez peut-être qu’en araméen, le nom de Marie se dit : Maryam et même plus exactement : Mar-yam ! Si l’on en croit l’évêque Eusèbe de Césarée qui vivait au 4° siècle, le nom « Mar-yam », traduit littéralement, pourrait signifier « goutte de la mer ». Un peu plus après Eusèbe, Saint Jérôme (mort en 420) a décidé de traduire la Bible en latin, e donnant ici ou là quelques explications sur ses choix de traduction. A propos du nom de Marie, il expliquera qu’on le traduit « Maria » mais que, littéralement, pour suivre l’interprétation d’Eusèbe, on pourrait le traduire en latin : « stilla maris », c’est-à-dire « goutte de la mer ». Mais voilà qu’un copiste, est-ce par inattention ou parce que cette traduction lui paraissait fausse, transforme « stilla maris » en « stella maris ». De ce fait, la signification du nom de Marie, « Mar-yam », passe de « goutte d’eau » ce que renddait « stilla maris » à « étoile de la mer », « stella maris ». A propos de cette erreur de transcription, nous pourrions reprendre les mots que l’on chante dans la nuit pascale : Bienheureuse faute !
En effet, cette appellation, « étoile de la mer », conviendra parfaitement pour désigner la Vierge Marie. Au temps où les GPS n’existaient pas, les marins n’avaient qu’un sextant pour calculer leur route, ils devaient donc se référer aux étoiles la nuit et au soleil le jour, pour garder leur cap. Et c’est bien la nuit que c’est le plus délicat car il n’y a plus de repères. Or, parmi les étoiles que le Seigneur a disposé dans le ciel, il y en a une qui brille plus que les autres, nous la connaissons cette bien-nommée étoile du berger qui sert de guide. Eh bien, de la même manière, dans le ciel des croyants, éclairé par toutes ces étoiles que sont les saints, le Seigneur a disposé la « maris stella », la Vierge Marie qui brille plus que les autres et qui nous est donnée pour nous aider à toujours garder, dans nos vies, le bon cap !
Pour un marin, le bon cap, c’est celui qui le conduit vers sa destination finale, vers le port qui l’attend. La Vierge Marie est arrivée à bon port, c’est précisément ce que nous célébrons dans cette fête de l’Assomption qui nous dit qu’elle a été « tout entière » accueillie dans la gloire du ciel. Puisqu’elle connait le chemin, puisqu’elle est parvenue à bon port, ce bon port étant aussi notre destination finale, nous pouvons la prier, elle qui est, précisément l’étoile de la mer qui nous permet de garder le cap. J’espère que nous sommes tous persuadés que le bon port auquel est parvenu la Vierge Marie est le bon port de notre destination finales, à nous aussi ! Pour le curé d’Ars, ça ne faisait aucun doute ! Au petit berger qui, en plein brouillard, le remet sur le bon chemin qui le conduira à Ars, il dit : tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du ciel. Et, en effet, quand on est prêtre, il n’y a rien de plus important que de « montrer le chemin du ciel » pour que tous ceux qui nous sont confiés puissent parvenir à bon port !
Comme vous le voyez cette fête de l’Assomption est très importante car elle nous redit quelle est notre destinée ou notre destination ultime, ce bon port où Marie est déjà parvenu et d’où elle nous envoie tous les secours dont nous avons besoin pour y parvenir à notre tour. Parce que, bien évidemment, notre maman du ciel n’a qu’un seul désir, comme toute maman de la terre, d’ailleurs, c’est que ses enfants soient réunis autour d’elle ! Elle nous montre le chemin, elle nous attend, c’est d’ailleurs pour cela que le curé d’Ars, encore lui, aimait l’appeler « la portière du ciel ». Appellation un peu étonnante qui veut dire qu’elle est à la porte et qu’elle tient la porte grande ouverte et qu’elle restera là jusqu’à ce que le dernier de ses enfants soit entré !
Dans ce monde où souvent tout est brouillé, où les valeurs les plus fondamentales ne le sont plus et où ce qui est superficiel prend tant de place, il est tellement important que chaque année, en cette fête de l’Assomption, nous soit rappelé quelle est notre destination finale, ce pour quoi nous sommes faits ultimement. Mais le savoir, en reprendre conscience ne suffit encore pas, il faut que nous soyons aidés à rester sur le chemin qui nous conduira le plus sûrement possible, à bon port, il faut que nous puissions garder le bon cap. Et c’est là que nous comprenons l’importance de la prière à Marie, l’étoile de la mer.
En commençant, je disais que ce titre d’étoile de la mer pourrait sembler inconnu à pas mal de monde, mais en fait, il n’en est rien car un cantique marial que nous aimons chanter l’a popularisé : regarde l’étoile, invoque Marie. Ce cantique reprend un célèbre sermon de St Bernard sur ce titre de « stella maris », je termine en vous en redonnant quelques extraits qui vous rappelleront des paroles du cantique.
Dans la tempête, regarde l’étoile, invoque Marie ! Dans cette marée du monde, quand tu te sens emporté à la dérive parmi orages et tempêtes, ne quitte pas les feux de cet astre, si tu ne veux pas sombrer dans la bourrasque. Quand se déchaînent les rafales des tentations, quand tu vas droit sur les récifs de l’adversité, regarde l’étoile, appelle Marie ! Si l’orgueil, l’ambition, la jalousie te roulent dans leurs vagues, regarde l’étoile, crie vers Marie ! Si la colère ou l’avarice, si les sortilèges de la chair secouent la barque de ton âme, regarde vers Marie ! Quand, tourmenté par l’énormité de tes fautes, honteux des souillures de ta conscience, terrorisé par la menace du jugement, tu te laisses happer par le gouffre de la tristesse, par l’abîme du désespoir, pense à Marie. Dans les dangers, dans les angoisses, dans les situations critiques, pense à Marie, crie vers Marie ! Que son nom ne quitte pas tes lèvres, qu’il ne quitte pas ton cœur, et pour obtenir la faveur de ses prières, ne cesse d’imiter sa vie !
Merci Seigneur de nous avoir donné une telle étoile ! Merci Marie, de nous guider à bon port, pour que nous puissions éternellement, blottis sous ton manteau, avec Jésus et dans l’Esprit, chanter les louanges du Père qui nous a créés par amour et pour l’amour !
