3 décembre : mercredi 3° semaine de l’Avent. Le Salut comme un festin !

Aujourd’hui, dans le livre d’Isaïe que j’ai qualifié, hier, de livre des promesses, c’est une belle promesse qui nous est offerte, le Seigneur nous annonce qu’il va préparer « un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. » Le Seigneur annonce qu’il va nous faire un don qui nous comblera totalement, qui nous établira dans une allégresse sans fin : plus de deuil, plus de mort, plus de larmes, plus d’humiliation, il va nous apporter ce à quoi nous aspirons le plus, c’est-à-dire le Salut. Et pour garder l’image du festin, on pourrait dire que le Seigneur nous annonce qu’il va nous livrer le Salut sur un plateau et qu’avec ce don, qui surpasse tous les dons, nous ne manquerons plus jamais de l’essentiel.

Evidemment, derrière cette promesse, nous, les chrétiens, nous lisons l’annonce à peine voilée de la venue de Jésus, le Sauveur du monde. Mais nous pourrions quand même nous poser une question : pourquoi comparer le don du Salut à un festin ? Je pense qu’on peut l’expliquer de trois manières complémentaires.

1/ La première consiste à dire que manger, c’est l’un des besoins fondamentaux de tous les êtres vivants. Et c’est bien pour cela que la faim dans le monde est un scandale si terrible. Chaque minute, c’est au moins un enfant de moins de 5 ans qui meurt. Ce sont les chiffres donnés par le Programme Alimentaire Mondial. Quel scandale quand on voit à quoi ressemble le contenu des poubelles en Occident ! Manger, c’est absolument fondamental et celui qui n’a pas les moyens de se procurer de la nourriture n’a qu’une obsession : dès qu’il se réveille, si la faim ne l’a pas empêché de dormir, c’est de trouver quelque chose à manger. J’avais lu le témoignage d’un SDF qui avait pu, grâce aux attentions si bienveillantes d’une association se sortir de cette situation infernale. Il racontait qu’il s’était retrouvé réduit au rang de bête avec une seule préoccupation : qu’est-ce que je vais trouver à manger ? Et pour trouver, il raconte qu’il était prêt à tout : manger des choses complètement pourries, voler et même voler d’autres pauvres qui n’auraient pas assez bien surveillé ce qu’ils avaient pu récupérer. Manger, c’est donc un besoin fondamental. Eh bien, dans sa promesse, en comparant le Salut à un festin, le Seigneur nous fait prendre conscience que le Salut est, pour l’homme, un besoin aussi fondamental que se nourrir. 

2/ Cette image du festin pour parler du Salut, elle nous laisse deviner que le Salut que le Seigneur veut nous offrir, non seulement, il va répondre à un besoin vital comme celui de se nourrir, mais il va être succulent. On peut se nourrir pour ne pas mourir et c’est déjà bien, mais quand on peut se nourrir en dégustant les saveurs extraordinaires de ce qu’on mange, alors c’est encore beaucoup mieux ! Le Seigneur nous laisse pressentir que le Salut qu’il va offrir va nous faire un bien extraordinaire comme un bon festin dans lequel on ne mange pas trop, mais uniquement de très bonnes choses, très bien préparées et réjouissant ceux qui les mangent et qui les partagent.

3/ Enfin, en comparant le Salut à un festin, le Seigneur nous invite aussi à faire comme un examen de conscience : est-ce que ce que nous désirons, c’est toujours vraiment bon, vraiment essentiel ? Nous connaissons tous cette belle parole que l’on trouve aussi dans le prophète Isaïe : « Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! » Is 55,2 Nous le voyons bien, tant d’hommes et de femmes, dans le monde, s’épuisent à courir après ce qui ne rassasie pas. Les gens dépensent beaucoup d’argent en pensant qu’ils seront heureux dès qu’ils posséderont le dernier truc à la mode et dès qu’ils l’ont, ils en sont vite fatigués et veulent immédiatement autre chose en pensant qu’avec ça, ils seront heureux et c’est ainsi que tant de personnes dépensent leur argent pour ce qui ne nourrit pas, se fatiguent pour ce qui ne rassasie pas. Avec le Salut, comparé à un festin, le Seigneur nous promet que ce qu’il nous offrira viendra combler nos désirs les plus profonds.

L’Evangile reprendra cette même image du repas. Jésus s’est occupé de tous ceux qui sont venus à lui qui avaient faim d’être guéris, faim d’écouter sa Parole, mais il a compris qu’ils n’étaient pas que des êtres spirituels et il va multiplier les pains pour eux. 

Ainsi, il manifestait que celui qui le suit, qui lui fait vraiment confiance ne manquera jamais de l’essentiel. Il annonçait déjà que le Salut qu’il offrira aux hommes sera pour leur âme, mais aussi pour leurs corps. C’est l’homme tout entier qu’il est venu sauver.

Et alors, ce que je trouve très beau, c’est de voir à quel point ces promesses vont trouver le début de leur accomplissement à Bethléem. Bien sûr Bethléem ne suffira pas, il faudra le Golgotha, le jardin de la résurrection et le cénacle, lieu du don du Saint-Esprit pour que le Salut soit accompli, mené à sa perfection. Mais, à Bethléem, le Salut offert comme un festin trouve le début de son accomplissement. C’est vrai, le Sauveur est né là-bas à cause de cette décision de l’empereur de recenser son peuple, mais Dieu sait toujours intégrer à son projet de Salut, même les événements les plus tordus. En effet, vous savez sans doute que Bethléem, en hébreu, signifie la maison du pain. En plus, à Bethléem, la maison du pain, Jésus est né dans une mangeoire. Comment mieux dire que l’histoire du Salut est en marche et que ce Salut a les allures d’un festin ? Plus tard, celui qui fut l’enfant né à Bethléem, la maison du pain, dans une mangeoire se donnera en nourriture dans l’Eucharistie, aliment de notre Salut.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de participer à chaque Eucharistie en ayant de plus en plus conscience que c’est le repas qui anticipe notre Salut, le repas qui nous permet de ne pas dépenser notre argent pour ce qui ne nourrit pas, de ne pas nous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas. 

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