7 décembre : 2° dimanche de l’Avent année A. Sucré-salé, est-ce que vous aimez ?

Personnellement, je ne suis pas un grand fan du sucré-salé, vous le saurez si un jour vous voulez m’inviter ! C’est peut-être pour cela que j’ai eu du mal à faire l’homélie de ce dimanche. Parce que, vous l’avouerez, les lectures d’aujourd’hui c’est du vrai sucré salé !

Le sucré, c’est le texte de la 1° lecture du prophète Isaïe et le salé, c’est l’Évangile. D’habitude, c’est plutôt le contraire, ce sont les textes de l’Ancien Testament qui sont vraiment salés et l’Évangile qui est plutôt sucré. Mais, aujourd’hui, c’est l’inverse. La promesse que nous rapporte Isaïe, c’est vraiment du sucré : Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâturage, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra, sur le trou de la vipère l’enfant étendra la main. Dans son célèbre discours en forme de rêve Martin Luther King s’était inspiré de ce texte et c’est vrai que nous aimons entendre ce genre de promesses ! Nous attendons le jour où ce monde réconcilié ne sera plus une promesse ni un rêve, mais une réalité. 

Par contre, l’Évangile c’est plutôt du salé : Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?  IL tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier. Quant à la paille, il la brûlera dans un feu qui ne s’éteint pas. Pour la cuisine, habituellement je préfère le salé au sucré, mais ce salé de l’Évangile d’aujourd’hui ce n’est pas du petit salé ! C’est un salé très pimenté qui, par sa rudesse et la violence de certains propos, semble en complète opposition avec la promesse d’Isaïe.

Quand un texte d’Évangile me parle moins, j’aime me redire que le mot Évangile, en grec, ça signifie bonne nouvelle. Je demande donc au Seigneur de me faire comprendre quelle peut être la bonne nouvelle de ce texte. Et pour découvrir cette bonne nouvelle de l’Evangile, je dois m’aider de la 1° lecture puisque, depuis la réforme du concile Vatican II, la 1° lecture et le texte d’Évangile doivent être lus comme en stéréo parce qu’ils ont été choisis pour se répondre, s’éclairer mutuellement. Alors, en reprenant la méditation, j’ai compris que, pour que ce monde réconcilié puisse advenir, il faudrait un tri, un nettoyage. Mais attention, quand un texte de l’Ecriture parle d’un tri, d’un nettoyage à faire, il ne faut jamais le lire au 1° degré en pensant que le tri se fera entre les bons et mauvais et que le nettoyage consistera à éliminer les mauvais, non !  C’est en chacun de nous qu’il y a du tri et du nettoyage à faire, c’est en chacun de nous qu’il y a un feu à allumer pour éliminer ce qui prend trop de place.

Ce monde réconcilié, il ne pourra donc advenir que si nous acceptons ce tri et ce nettoyage qui doit être fait en chacun de nos cœurs. C’est d’ailleurs bien ce à quoi nous invite le temps de l’Avent avec ses invitations répétées à préparer les chemins du Seigneur, à préparer nos cœurs. Pour nous encourager, les lectures d’aujourd’hui nous laissent pressentir que ce monde réconcilié, que nous appelons de tous nos vœux, ne sera pas simplement le résultat de nos efforts pour mettre en œuvre un grand ménage intérieur. Aujourd’hui, pour être plus efficaces, l’Evangile nous propose d’accueillir Jésus, celui qui vient. En effet, les propos de Jean-Baptiste sont clairs, il annonce que c’est lui, Jésus, qui fera le ménage en nous : Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. Vous avez entendu le feu qui ne s’éteint pas, il n’est pas destiné à brûler les méchants, il est destiné à brûler la paille. C’est donc clair, Celui qui vient veut faire un grand ménage en nous. Et ça c’est une vraie bonne nouvelle.

Parce qu’en effet, faire le ménage dans nos cœurs, à certains moments, ça pourrait ressembler à l’un des fameux 12 travaux d’Hercule. Comme dans les écuries d’Augias, il y a tellement à faire que nous nous retrouvons découragés avant de nous mettre au travail ! Mais bonne nouvelle, si nous accueillons le Christ, si nous lui ouvrons grand nos cœurs, si nous lui disons : moi, je n’ai pas assez d’énergie pour le faire, mais je te donne carte blanche, toi, fais le ménage en mon cœur, nettoie, brûle et évacue tout ce qui est nécessaire, il le fera. 

Nous verrons que plus nous faisons de place au Seigneur dans nos vies et moins il y aura de place pour tout ce qui n’a pas d’intérêt, pour tout ce qui nous éloigne de la construction de ce monde réconcilié. Et, grâce à la présence active de Jésus, non seulement il y aura moins de place dans nos cœurs pour ce qui est futile, sans intérêt, mais nous découvrirons peu à peu, que toutes ces choses ne nous intéressent plus.

Alors, j’en conviens les paroles de Jean-Baptiste étaient rudes, comme l’était le personnage d’ailleurs, c’était vraiment du salé-pimenté ! Mais il y a des moments où nous avons besoin d’être réveillés, où le monde a besoin d’être réveillé. C’est comme si le Seigneur, à travers ces paroles vigoureuses nous disait : tu le veux oui ou non, ce monde réconcilié ? Si tu le veux, il va falloir que tu fasses quelque chose ! 

Et surtout ne lui dis pas que tu n’as pas suffisamment de courage parce qu’il te propose de faire l’essentiel du travail. Toutefois, il y a une chose qu’il ne pourra pas faire à ta place, c’est ouvrir la porte de ton cœur. Vous avez sûrement vu ce très beau tableau qui représente Jésus frappant à une porte, mais une porte très particulière puisqu’il n’y a aucune poignée à l’extérieur. Cela signifie que, seul celui qui est dedans, peut ouvrir. Merveilleux tableau ! Si vous voulez le retrouver, il s’appelle « lumière du monde » et il a été peint par un artiste britannique : William Hobman Hunt. Maintenant, dans cette messe, Jésus est à la porte de ton cœur et il frappe, il se propose de venir pour t’aider à faire ce grand ménage intérieur, mais il n’y a que toi qui puisse ouvrir. Si tu ouvres, il entrera et, c’est sûr, il se mettra sans tarder au travail. 

Alors imaginez un peu : si tous les chrétiens ouvraient vraiment leur cœur à Jésus, il aiderait chacun à faire un grand ménage et ça ferait 2,5 milliards de cœurs habités par l’amour, prêts à faire advenir ce monde réconcilié dont parlait Isaïe et qui a fait rêver tant d’hommes et de femmes. 1/3 de l’humanité uni dans l’amour, ça peut tout faire basculer du bon côté. Alors, n’attendons pas demain, n’attendons pas que les autres commencent, c’est maintenant le bon moment ! Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons cette grâce d’ouvrir résolument et définitivement la porte de notre cœur afin qu’advienne ce monde réconcilié avant qu’il ne soit trop tard.

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