Cette page du livre des Actes, nous la connaissons bien, elle met en lumière deux personnes Saul de Tarse qui deviendra l’intrépide apôtre Paul et Ananie qui va l’accueillir.
La conversion de Saul pourrait être commentée longuement, mais je suis sûr que vous avez déjà entendu pas mal de commentaires, je voudrais donc souligner deux points qui me touchent plus particulièrement. Le 1° concerne le moment que Jésus a choisi pour rejoindre Saul et, le 2°, concerne la plus belle des conséquences de sa conversion.
- Commençons par le moment que Jésus a choisi pour aller se révéler à Saul. Je vous relis les premières paroles de la lecture qui nous donnent ces précisions : Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem. Vous savez qu’il y a 4 récits de la conversion de Paul, 3 récits dans les Actes où Luc, l’auteur des Actes raconte cette conversion et un dans l’épitre aux Galates où Paul raconte lui-même sa conversion. Mais dans les Actes, aussi, Luc a comme donné la parole à Paul, pas dans ce récit que nous venons d’entendre, mais dans les récits du chapitres 22 et 26. Et quand on lit ces récits, on est vraiment saisi par ce que Paul dit des conditions dans lesquelles Jésus s’est révélé à lui. Il donne beaucoup plus de détails et des détails plus sordides sur ce qui attendait les chrétiens qu’il allait chercher à Damas. Ici au chapitre 9, il est juste dit qu’il avait le projet de conduire à Jérusalem les chrétiens enchainés. La formulation pourrait presque nous laisser penser que Paul ignorait ce qu’il adviendrait de ces chrétiens. Mais au chapitre 22, il dit clairement qu’il savait tout de ce qui les attendait et que, malgré cela, il les conduisait quand même à Jérusalem pour qu’ils soient châtiés. (22,6) En entendant cela, peut-être pourrions-nous encore penser que Paul ignorait quel châtiment leur était réservé. Mais en lisant le chapitre 26, nous n’avons plus de doute, Paul dit qu’il savait tout ce qu’allaient subir les chrétiens et qu’il rajoutait tous les supplices possibles : j’ai moi-même emprisonné beaucoup de fidèles, en vertu des pouvoirs reçus des grands prêtres ; et quand on les mettait à mort, j’avais apporté mon suffrage. Souvent, je passais de synagogue en synagogue et je les forçais à blasphémer en leur faisant subir des sévices ; au comble de la fureur, je les persécutais jusque dans les villes hors de Judée. (26,10-11)
Si j’insiste tant, c’est pour montrer que Paul avait clairement conscience que Jésus était venu le rejoindre au cœur du pire péché qu’il ait pu commettre dans toute sa vie : la torture, le meurtre de tant de chrétiens. Quand il raconte lui-même sa conversion, Paul en est tellement bouleversé qu’il n’hésite pas à détailler la profondeur de son péché. Il me semble que la leçon est claire, il veut nous dire : puisqu’il m’a rejoint, moi, qui étais tombé si bas même quand, toi, tu seras tombé très bas, Jésus voudra et pourra te rejoindre, toi aussi, même si, comme moi, tu es tombé très très bas ! Quelle bonne nouvelle !
- Le 2° point que je voudrais souligner, c’est la conséquence de la conversion de Paul. Cette rage qui habitait le cœur de Paul, le Seigneur va la convertir, non pas pour que Paul devienne un mou mais pour qu’il soit autant enragé à évangéliser, à construire l’Eglise qu’il l’avait été pour la détruire. C’est peut-être ce qui fait peur à certaines personnes et je pense particulièrement aux jeunes qui se disent : si je me convertis vraiment, mon Dieu, qu’est-ce que je vais devenir ? C’est vrai que l’iconographie ne nous aide pas toujours, nous avons tellement de représentations de saints compassés, mièvres que je comprends qu’ils n’aient aucune envie de leur ressembler. J’aime la parole de Benoit XVI qui, le jour de sa messe d’intronisation avait dit en s’adressant justement aux jeunes : n’ayez pas peur du Christ, il n’enlève rien, il donne tout ! Le Seigneur n’a rien enlevé à Paul, si, il lui a enlevé son péché et ça c’était nécessaire.
Mais il ne lui a pas enlevé son caractère fougueux, il l’a converti pour que cette fougue soit mise au service du bien. St Thomas l’avait très bien exprimé dans cette merveilleuse formule : la grâce ne détruit pas la nature, elle la perfectionne. Voilà tout ce que nous risquons si nous nous livrons entre les mains du Seigneur : que le Seigneur convertisse en nous tout ce qu’il y a à convertir pour qu’il n’y ait plus qu’une chose qui nous intéresse : travailler pour le bien, pour que le Nom de Jésus soir connu et aimé. C’est la grâce que nous demandons pour notre déjà bien-aimé pape Léon XIV qui est, comme le disait le Seigneur à Ananie à propos de Saul « l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom. »
Je voudrais quand même dire quelques mots sur cette figure extraordinaire d’Ananie. Il va être, pour Saul, le reflet du visage du Père de la parabole, ouvrant grand ses bras alors qu’il aurait eu 1000 bonnes raisons de se tenir sur ses gardes et d’agir comme le fils ainé en se demandant pourquoi Jésus avait choisi celui qui, aux yeux des chrétiens passait pour un monstre. Cette mission qu’il avait reçu de la part du Seigneur, d’accueillir le persécuteur touché par la grâce, Ananie ne va pas l’accomplir à reculons, puisque les premiers mots qu’il adresse à Saul, c’est : Mon frère ! Oui, vraiment quel homme cet Ananie !
Quant à l’Evangile, je nous propose aujourd’hui cette parole que nous pourrons passer et repasser dans notre cœur : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle. Jésus dira : Je suis venu pour que vous ayez la vie et que vous l’ayez en abondance, quand nous sommes tout raplapla, peut-être qu’il nous faut quelques compléments alimentaires ou de la gelée royale, mais c’est sûrement en recevant avec plus de foi le Pain de Vie que nous deviendrons plus vivants.
