La 1° lecture que nous avons entendue me permet de reprendre quelques éléments que j’ai pu dire hier en commentant le 1° verset ouvrant cette nouvelle page de l’histoire du Peuple de Dieu : En ces jours-là, un nouveau roi vint au pouvoir en Égypte qui n’avait pas connu Joseph. J’expliquais que ce verset laissait entendre que le vent allait tourner. Grâce à la notoriété de Joseph et à la protection qu’il leur accordait, les autres fils de Jacob ont pu s’installer en Egypte et prospérer. Mais devant l’accroissement de ce peuple d’immigrés, Pharaon a eu peur et a décidé le meurtre de tous les nouveau-nés garçons. Quel drame ! Mais comme je le disais, hier, si Dieu ne peut empêcher tous les drames en raison de la liberté des hommes, il veillait pour que cette épreuve n’anéantisse pas son peuple et ne remette pas en cause la promesse faite à Abraham. Dieu veillait et sa providence va s’exercer grâce à cette maman dont l’instinct maternel lui permet d’imaginer un scénario osé, son enfant est sauvé et c’est ainsi que, plus tard, Moïse, lui-même deviendra le sauveur de son peuple.
Oui, mais avant qu’il ne puisse délivrer son peuple des griffes de Pharaon, il y aura un certain nombre de péripéties dont celle que nous avons entendue aujourd’hui. Moïse a été élevé à la cour de Pharaon, il est devenu comme un fils pour Pharaon, mais il n’a pas oublié ses origines. Et ce meurtre qu’il va commettre pour défendre l’un de ses compatriotes va considérablement compliquer la suite de sa mission. En effet, s’il était resté à la cour de Pharaon, il aurait sans doute eu l’influence nécessaire pour obtenir la libération de son peuple, comme Joseph avait eu l’influence nécessaire auprès de Pharaon pour sauver sa famille. Mais voilà, l’histoire qui n’est jamais écrite à l’avance par Dieu en décidera autrement. Ce qui est sûr, c’est que Dieu qui avait préservé Moïse de la mort pour qu’un jour, il puisse libérer son peuple, ne change pas de projet. Il va devoir changer ses plans mais pas son projet !
Nous pouvons donc retenir ces deux points essentiels :
- 1° point, ce n’est pas parce que nous avons été appelés par le Seigneur que nous ne connaitrons jamais des épreuves. Cette histoire de Moïse le montre clairement.
- 2° point, les événements de l’histoire peuvent contrarier les plans du Seigneur, mais jamais son projet. J’aime bien dire que Dieu agit comme un GPS qui recalcule en permanence son plan en fonction des événements de l’histoire, de nos décisions pas toujours ajustées, pour que son grand projet d’amour et de Salut puisse s’accomplir.
Maintenant, je voudrais dire quelques mots de l’Evangile. Corazine, Bethsaïde epuis Capharnaüm, ces 3 villes, Jésus va les déclarer malheureuses. Soyons très attentifs, quand, dans un passage d’Evangile, il y a ces mots « malheur ou malheureux », prononcés par Jésus, il ne s’agit pas de « malédictions », comme on pouvait le lire parfois, en titre de ces paragraphes, dans les anciennes bibles. Jésus n’est pas venu pour maudire ! Jésus ne sait rien faire d’autre que bénir. Bénédiction, ça vient du latin bene-dicere = dire du bien. Jésus a toujours dit du bien, réveillé le bien chez ceux qui venaient à lui, même quand il s’agissait des pires crapules comme Zachée. Quand nous retombons dans le péché, quand tout semble partir en eau de boudin dans nos vies, nous ne risquons rien à aller vers Jésus, au contraire, car lui, nous accueillera en nous bénissant, pas en bénissant ce que nous faisons de mal, mais en réveillant le bien en nos cœurs ; Jésus ne sait faire que cela !
Si Jésus dit que Corazine, Bethsaïde puis Capharnaüm sont malheureuses, c’est donc plutôt une manifestation de compassion. Les mots « malheur ou malheureux » utilisés comme ça en début de phrase pour désigner la situation d’une ou plusieurs personnes en grande difficulté est la reprise du mot que ne cessaient de répéter les pleureuses qui tournaient autour du corps d’un mort. En désignant ces villes comme malheureuses, Jésus ne les condamne pas, il pleure sur elles parce qu’elles sont comme déjà mortes. Quand Jésus dira malheureux, vous les riches, il ne les condamne pas, il pleure sur eux parce que leurs choix de vie ne peuvent les conduire à la vie.
Mais pourquoi donc Jésus pleure-t-il sur Corazine et Bethsaïde ? Parce que, là-bas, on vivait un peu comme des rentiers de la Foi ! Les gens se disaient : puisque des miracles ont eu lieu chez nous, c’est que le Seigneur nous a choisis, nous sommes donc tranquilles. Mais, pour Jésus, il ne peut y avoir des rentiers de la foi. C’est pour cela qu’il est plus indulgent à l’égard de Tyr et Sidon, ces villes où on ne le connait pas. Ceux qui ne le connaissent pas, finalement, ils sont excusables de ne pas vivre comme des témoins exemplaires de la foi. Mais ceux qui le connaissent, ceux qui ont vu ses miracles, eux, n’ont aucune excuse. Le fait d’avoir été choisi par le Seigneur, d’avoir été témoin de ses merveilles, en nous et autour de nous, doit nous rendre responsable : ce que nous avons reçu gratuitement, il nous faut le donner gratuitement.
Et si Jésus pleure sur Capharnaum, c’est encore plus triste, parce que c’est là qu’il avait choisi de demeurer régulièrement au cours de son ministère public. Les gens de Capharnaum ne pourront jamais dire pour se dédouaner, pour se tranquilliser : le Sauveur habitait chez nous. Comme les gens vont dire : on habite le village d’où le pape est originaire. Mais là n’est pas la question : Est-ce que tu vis, est-ce que tu te comportes comme fils ou fille de Dieu ? Nul ne peut tirer profit d’une rente de foi accumulée par ses ancêtres ou ses compatriotes, nul ne peut vivre la foi par procuration. Jésus n’y va pas avec le dos de la cuiller puisqu’il dit que même les habitants de Sodome se serait mieux comportés que ceux de Capharnaüm s’ils avaient été témoins des mêmes prodiges. Etre témoin des merveilles que le Seigneur accomplit ne nous donne aucun privilège mais bien plutôt une responsabilité : devenir d’infatigables disciples missionnaires.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de croire que le Seigneur reste avec nous quand, comme Moïse, nous vivons des épreuves qui nous semblent tout remettre en question. Qu’elle nous obtienne aussi une foi bien vivante et rayonnante qui donne envie à tous les rentiers de la foi de se remettre en route.
