14 août : vendredi 19° semaine ordinaire. Qu’est-ce que Jésus a dit sur les divorcés-remariés ?

Cet Evangile, il fait partie des textes que je redoute le plus parce que j’ai toujours peur, en le commentant, de blesser des personnes qui sont dans la situation évoquée. En effet, elle est terrible cette parole de Jésus : si quelqu’un renvoie sa femme – sauf en cas d’union illégitime – et qu’il en épouse une autre, il est adultère. Ce que je peux déjà vous dire, c’est que j’ai vécu cette situation dans ma propre famille. Mon papa est mort, je n’avais que 9 ans, et dans les années qui ont suivi ma maman a rencontré un homme qui était divorcé avec qui elle a fini sa vie. Cet homme a été tellement bon pour elle et pour nous, les 6 enfants que j’ai, aujourd’hui, immédiatement un regard bienveillant pour ceux qui vivent dans cette situation. 

Je me rappelle avoir entendu le cardinal Schönborn dire qu’il avait, lui aussi, connu la même situation, ses parents étaient des personnes divorcées-remariées. C’est sans doute pour cela qu’il a eu des initiatives pastorales audacieuses en direction des personnes divorcées-remariées. Quand on a vécu cette situation dans sa propre famille, j’oserais dire dans sa propre chair, on se garde bien de donner des leçons à quiconque ! D’ailleurs, dans cet Evangile, c’est vraiment clair pour moi, Jésus ne donne pas de leçons à ceux qui ont pu connaître l’échec dans leur couple. Parce qu’à un échec, forcément douloureux, il ne fait pas ajouter, en plus, des paroles de condamnation.

Il est d’ailleurs essentiel de repérer que ces paroles de Jésus ne sont pas une leçon doctrinale de Jésus sur le mariage et sur son indissolubilité. Jésus répond aux pharisiens qui lui posent une question pour le mettre à l’épreuve. S’il y a une leçon, elle sera pour eux, pour ces pharisiens que j’ose qualifier de mâles dominants ! 

« Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme pour n’importe quel motif ? » C’est la question de départ. La réponse de Jésus est très belle, il dit avec ses mots à lui ce que je dis, moi, avec mes mots à moi, c’est-à-dire que le divorce n’était pas inscrit dans les gènes du mariage ! Je suis à peu près sûr que tout le monde est d’accord avec ce que je viens de dire ; je n’ai jamais rencontré des personnes divorcées dire que, lorsqu’elles s’étaient mariées, c’était dans la perspective de divorcer dès que ça n’irait pas. Au moment du mariage, tout le monde rêve du grand amour et c’est une souffrance terrible quand les problèmes deviennent tellement importants qu’ils obligent à envisager un divorce. Les personnes qui l’ont vécu sont les premières à pouvoir en témoigner et c’est pour cela que, dans le cadre des rencontres de préparation au mariage, dans les paroisses où j’ai été curé, je faisais toujours témoigner des personnes qui avaient vécu ce drame.

Mais les pharisiens ne sont pas satisfaits de la réponse de Jésus, alors ils reviennent à la charge : s’il en est ainsi, pourquoi Moïse a-t-il donc prévu qu’une lettre de répudiation peut être utilisée pour renvoyer sa femme ?Entendant cela, Jésus décide de monter au créneau et c’est là qu’il va faire la leçon à ces mâles dominants. Car vous avez bien compris qu’à l’époque, seuls les hommes pouvaient répudier leurs femmes. Voilà pourquoi Jésus dit : C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. C’est comme si Jésus disait, vous invoquez Moïse mais cette permission, Moïse ne l’a pas donnée de gaité de cœur ! Et s’il l’a donnée, il faut bien comprendre que c’était pour défendre les femmes car elles étaient impuissantes face aux décisions arbitraires de leur mari. 

En effet, cet arbitraire pouvait prendre des proportions absolument choquantes pour nous. Ainsi pour le grand Rabbi Hillel, un homme pouvait répudier son épouse pour tout ce qui déplaisait au mari, comme, par exemple, la stérilité, l’inaptitude aux tâches domestiques ou même le manque d’attirance. L’homme pouvait même répudier sa femme pour le seul motif d’avoir laissé brûler le repas ! C’est donc pour lutter contre ces décisions arbitraires que Moïse a voulu donner un cadre légal aux séparations. Et si le mari devait donc donner à sa femme une lettre de répudiation à la femme qu’il renvoyait, c’était pour permettre à celle-ci de se remarier ; pour Moïse, il s’agissait donc de préserver un minimum de droits pour l’épouse. En effet, ce document allait lui permettre d’échapper à la honte du soupçon d’inconduite, et de pouvoir se remarier en toute légalité. 

C’est tout cela que Jésus sous-entend quand il dit : C’est en raison de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de renvoyer vos femmes. Mais il rajoute immédiatement : dans le projet de Dieu, il n’en était pas ainsi ! Maintenant, attention aux conclusions trop rapides du genre : alors, ça signifie que Dieu est contre le divorce et que ceux qui le vivent ne sont plus en accord avec Dieu et que c’est donc bien normal qu’ils soient marginalisés dans l’Eglise ! Je le redis, ces paroles de Jésus ne sont pas un traité académique sur le mariage mais une réponse circonstanciée adressée à des mâles dominants à qui il tient à donner une bonne leçon. Ceci dit, évidemment, Dieu est pour l’amour durable, mais comme l’est tout le monde, au moment du mariage.

Mais alors, qu’est-ce qu’on fait quand ça ne marche pas ? Eh bien, je pense que la réponse de Jésus aux pharisiens n’est pas la réponse à cette question. Jésus a voulu montrer aux pharisiens que leur comportement de mâles dominants soumettant leurs épouses à leurs décisions arbitraires n’était pas acceptable. Pour le reste, je crois que Jésus a laissé à son Eglise le soin de régler ce problème. Il n’a pas laissé un code de droit canonique avant de partir auquel il suffirait de se référer pour régler n’importe quel problème. Les musulmans lisent le Coran comme ça, mais nous, nous ne lisons pas la Bible comme ça ! 

Jésus n’a pas tout dit, tout codifié parce qu’il faisait confiance à son Eglise. Or son Eglise, elle prend de plus en plus conscience qu’elle doit refléter la miséricorde de son maître dans ses décisions. Nous pouvons prier pour que ceux qui la dirigent soient puissamment éclairés par le St Esprit pour qu’ils arrivent à conjuguer harmonieusement : amour et vérité. Quand il était allé à Fatima, le pape François avait été très inspiré par le lieu dans lequel il avait parlé aux pèlerins : c’était une chapelle ouverte, sans porte et il avait dit que c’était un merveilleux symbole pour l’Eglise qui devait être une maison sans porte pour que Tous, tous, tous. Sans exclusion puissent y trouver leur place. Il a martelé ces mots en les répétant : Tous, tous, tous. Sans exclusion. Jésus a laissé à son Eglise le soin de nous donner cette réponse : Tous, tous, tous. Sans exclusion doivent pouvoir trouver leur place. Quelle place ? Cette place reste à inventer pour ceux qui vivent des situations compliquées. 

Demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet que l’Esprit-Saint inspire les dirigeants de l’Eglise pour qu’ils trouvent quelle est la bonne place pour chacun, pour chaque situation.

Cette publication a un commentaire

  1. Valerie

    Quelle espérance dans la lecture de cet évangile, merci beaucoup Père.

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