15 septembre : Notre Dame des Douleurs. La double passion de Marie

Comme je le disais en accueil de cette messe, au lendemain de la fête de la Croix Glorieuse, l’Eglise nous invite à fêter Notre Dame des douleurs pour que, comme l’Evangile nous l’a rappelé, nous n’oublions pas, qu’au pied de la croix de Jésus, se tenait Jésus sa mère. Nous entendons la différence de tonalité entre ces deux fêtes : hier, il était question de gloire, croix glorieuse et aujourd’hui de douleurs, Notre Dame des douleurs. Oui, la croix, cet horrible instrument de supplice peut être dite glorieuse car elle a inversé le cours de l’histoire en apportant le Salut au monde, en redonnant à l’homme de pouvoir rêver à nouveau du ciel. Mais il ne faudra jamais oublier que, pour que ce soit possible, sur cette croix, il a fallu qu’un homme accepte d’aller jusqu’au bout du don de lui-même et qu’au pied de cette croix, il y avait sa mère pour laquelle s’accomplissait la prophétie de Syméon : devant la mort de son Fils, son cœur de mère était transpercé de douleur. Voilà ce que nous rappelle la concomitance de ces deux fêtes. 

Sur la 1° lecture tirée de la lettre aux Hébreux, je ne dirai qu’un mot. Le texte remettait sous nos yeux l’obéissance de Jésus, cette obéissance qui le conduit jusqu’à la croix. Mais attention, il ne faudrait pas nous méprendre car un contresens dramatique pourrait être fait. Ce n’est pas Dieu qui a décidé que Jésus devait mourir et mourir de cette manière si ignoble. Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour sauver le monde et Jésus a dit oui à cette mission en acceptant, par avance, toutes les conséquences. C’est cela l’obéissance, ce mot vient du latin « audire » c’est-à-dire écouter. Jésus a entendu la souffrance du cœur de son Père qui voyait ses enfants se perdre, il a entendu son Père qui sans cesse répétait : qui enverrai-je ? Jésus a entendu la souffrance des hommes perdus dans leurs impasses, défigurés par la conséquence de leurs choix tordus. Alors, il a répondu à son Père : me voici, envoie-moi ! Et il a répondu dans une obéissance sans faille même quand les hommes qu’il était venu sauver ont décidé de le faire mourir dans les pires souffrances. Car ce sont les hommes et non pas Dieu qui ont choisi cette forme de mort. Mais, comme toujours, de ce mal, Dieu, par l’obéissance de Jésus a pu tirer un bien supérieur, notre Salut. Nul doute que l’obéissance de Jésus a été soutenue par la présence discrète et la prière inlassable de sa mère. C’est ce que nous célébrons en cette fête de Notre Dame des douleurs.

Venons-en à l’Evangile qui, justement, nous présente Marie au pied de la croix de Jésus. C’est pour moi, le plus beau texte parlant des relations de Jésus à sa mère, celui qui nous montre avec le plus d’intensité et de justesse la force de ces liens qui unissaient le Fils à sa Mère. Je relis la Parole de l’Evangile :  Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Je voudrais m’arrêter sur l’ordre des dernières paroles de Jésus. 

Jésus commence par s’occuper de sa mère puis il s’occupera de Jean et, à travers lui, de l’Église. Il commence par donner un fils à sa mère, il commence par donner une nouvelle mission à sa mère : Femme voici ton fils. Dans l’Évangile, nous ne voyons pas beaucoup de moments de tendresse entre Jésus et sa mère, on a même parfois l’impression qu’il ne s’en occupe pas beaucoup ! Là, toute son attention est pour elle. Jésus mesure la souffrance de cette mère qui perd son Fils, c’est pour cela qu’il veut s’occuper d’elle en premier. Il ne va pas lui murmurer des mots tendres et consolants, mais c’est comme une nouvelle annonciation qui se réalise. En effet, Jésus sollicite un nouveau Oui de Marie pour lui confier, à travers Jean, l’Église. Elle va perdre le corps humain de son Fils, alors Jésus lui confie ce corps mystique qu’est l’Eglise.  

Marie ne pose même plus de question comme à l’annonciation, elle aurait pu dire : mais comment est-ce que ça va être possible dans l’état où je suis et dans l’état où est ton Église avec tous les apôtres partis ? Marie, selon la belle expression du concile, est au somment de son pèlerinage de foi, ce nouveau fiat est prononcé sans un mot, dans une confiance absolue, sans doute son regard a-t-il été suffisant pour que Jésus entende ce fiat silencieux

Et, ensuite, Jésus, en confiant Marie à St Jean, s’occupe de l’Église. L’Eglise, c’est son Église, et dans une dernière volonté, il donne à cette Église une Mère et quelle Mère ! 

Ainsi donc, nous pouvons comprendre que la spiritualité mariale n’est pas une spiritualité à option, c’est l’accomplissement du désir de Jésus. Bien sûr, il faudra toujours vérifier comment se vit cette spiritualité mariale, mais elle n’est pas matière à option. Cette parole de l’Evangile nous révèle donc le double cadeau que Jésus fait sur la croix : il donne des fils à sa mère par une mission nouvelle et il donne une mère à son Église. Son Testament est donné, Jésus peut mourir. 

Je termine en évoquant le nom de cette fête : Notre Dame des Douleurs ou Notre Dame des 7 douleurs. Si vous ne connaissez pas ces 7 douleurs, je les énumère, elles pourront nourrir votre méditation au cours de cette journée

La 1° de ces 7 douleurs, c’est la prophétie de Syméon qui annonce qu’un glaive de douleurs transpercera le cœur de Marie. La 2°, c’est la fuite en Egypte. La 3°, c’est la disparition de Jésus au moment de leur pèlerinage à Jérusalem. La 4°, c’est cette rencontre éprouvante sur le chemin de la Croix. La 5°, c’est justement sa présence au pied de la croix. La 6° douleur, c’est la remise du corps mort de Jésus, entre les bras de Marie. La 7° douleur, c’est l’ensevelissement au tombeau.

Il y a eu sûrement bien d’autres souffrances dans la vie de Marie, ces sept-là ont été retenues parce que 7 est un chiffre parfait qui nous permet de comprendre que la vie de Marie a été comme une longue passion. Mais vous savez que, ce mot de passion, il faut l’entendre dans les deux sens : la vie de Marie a été une passion parce que sa vie a été émaillée de beaucoup de souffrances. Mais la vie de Marie a aussi été une passion parce qu’elle a été passionnée par la mission qui lui avait été confiée à l’annonciation et qui a réorienté, mobilisé tous ses projets de vie.

C’est l’intercession de cette Mère passionnée et infatigable que nous invoquons aujourd’hui pour nous et pour tous ceux qui portent des croix trop lourdes.

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