Je ne commente pas la 1° lecture parce que c’est un texte sur lequel j’aurai l’occasion de revenir au cours de la retraite que je prêcherai pour la Toussaint sur le thème de la consolation. Je reste donc sur l’Evangile que nous venons d’entendre, à propos duquel je retiens 3 points.
1° point : Ça nous parait tellement banal que nous finissons par ne plus le remarquer, mais le début du texte nous rappelait que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Quand j’entends cette expression de Jésus qui passe dans les villes et les villages, qui parcoure le pays en long, en large et en travers, ça me fait toujours penser à un prêtre qui a beaucoup compté dans mon cheminement. Il est venu me chercher alors que je n’avais que 8 ans pour me proposer d’entre dans l’école apostolique qui préparait au petit séminaire, c’était le cursus habituel pour ceux qui avaient exprimé le souhait de devenir prêtres. Il m’a accompagné ensuite de nombreuses années, même après mon ordination. C’était un paysan dans l’âme et nous avions un très grand jardin qui permettait de nourrir toute la troupe de jeunes que nous formions. Il y avait notamment un grand champ de pommes de terre et quand venait le moment de les ramasser, c’était les vacances, mais j’ai souvent donné un coup de main. J’étais toujours frappé de le voir passer le motoculteur pour déterrer les pommes de terre et veiller à n’en perdre aucune ! Pour cela, il passait un coup en long, un coup en large, un coup en diagonale et dans l’autre diagonale et recommençait ensuite en sens inverse. Pas un pied de pommes de terre ne pouvait être oublié grâce à sa persévérance !
Eh bien, pour moi, l’image de ce prêtre avec son motoculteur, c’est l’image de Jésus ! Je pense qu’il y a eu assez peu de mètres carrés de ce pays qu’il n’ait pas foulé. Il n’a pas dû y avoir beaucoup de personnes qui ne l’ont pas entendu annoncer le Règne de Dieu. Puissions-nous avoir le même amour de nos frères pour développer la même persévérance que Jésus afin d’annoncer à tous la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Nous savons que cette annonce passera bien sûr par nos paroles, mais aussi et sans doute surtout plus par nos actes.
Le 2° point concerne la manière d’être avec Jésus. Dans les quelques versets de cet Evangile, deux groupes sont mentionnés : les apôtres et les femmes, ce jour-là, il y en avait 3, mais il a pu y en avoir plus à certains moments. Le même Evangile de Luc, un peu plus loin, nous parlera d’un autre groupe que Jésus va instituer, ce sont les 70 disciples (Luc 10). Et bien sûr, il y aura les foules, ce groupe à géométrie variable qui, à certains moments, suivra Jésus. L’enseignement que je tire de ce fait, c’est qu’il y a de la place pour tout le monde auprès de Jésus. Il ne s’est pas choisi une cour de privilégiés qui auraient été les seuls à pouvoir l’approcher, le suivre et écouter ses enseignements. Auprès de Jésus, il y a de la place pour tout le monde, mais tout le monde n’aura pas la même place. Les 12 auront une manière unique de suivre Jésus ; c’est une autre manière unique de le suivre qui est proposé aux femmes, encore une autre pour les 70 et encore une autre pour les foules. Dans ces différentes manières de suivre Jésus, il n’y en a pas une qui serait meilleure, plus honorifique. Chacun est à sa place et cette place, c’est celle que Jésus lui a donnée.
J’insiste sur ce point parce qu’il est déterminant. Jamais dans l’Evangile, on ne voit les 70 ou les femmes ou les foules se plaindre de la place qui leur a été donnée et jalouser celle des 12 ! Du moment que chacun savait qu’il avait sa place, chacun aimait rester à sa place. Et cette place, ce n’est pas celle qu’il avait réussi à obtenir en se mettant en avant, en intriguant, c’est la place que Jésus, dans sa souveraine liberté, lui avait donnée. Or puisque c’était Jésus qui la lui avait donnée, elle était forcément bonne !
Notre Eglise serait forcément plus belle si chacun pouvait trouver sa place. Les femmes de l’Evangile n’ont jamais eu de revendications ministérielles parce qu’elles pouvaient constater qu’elles avaient bien toute leur place dans l’entourage de Jésus. Seulement voilà, quand certains occupent trop de place, ça génère toujours des insatisfactions qui finissent souvent dans des revendications pas toujours ajustées.
Dans nos communautés ecclésiales, quelles qu’elles soient, nous aurons toujours à vérifier si nous occupons bien la bonne place, celle que Jésus veut pour nous et si nous occupons bien toute notre place, sans prendre toute la place.
Le 3° point concerne justement la place de ces femmes de l’Evangile. Il nous est dit que ces femmes servaient Jésus et le groupe apostolique en prenant sur leurs ressources. Alors, en entendant cela, certains esprits mal tournés pourraient dire : tu parles d’une place, elles sont les boniches des bonhommes et doivent en plus les entretenir financièrement ! Oui, ça, c’est pour les esprits mal tournés, mais pour ceux qui lisent sérieusement l’Evangile, ils entendent que ces femmes assuraient la diaconie. Le verbe servir, vous le savez sans doute, en grec, c’est diakoneô. C’est par ce verbe que Jésus a voulu définir le sens de sa mission : je suis au milieu de vous comme celui qui sert, dira-t-il. (Lc 22,27) Ou encore : je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir. (Mc 10,45) Je ne suis donc jamais autant configuré au Christ que lorsque j’accomplis la diaconie. Peu importe ce qui m’est demandé, ce qui compte, c’est que je vive cette diaconie, ce service, comme ma manière unique de répondre à l’appel du Christ en étant persuadé que c’est l’accomplissement de ce service qui m’unira le plus profondément au Christ.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de savoir tenir notre place, sans prendre toute la place, en nous réjouissant de pouvoir être configurés au Christ serviteur en accomplissant tous les humbles services qui nous sont demandés.
