Hier, j’évoquais la différence chrétienne, la nouveauté chrétienne que Paul introduisait dans les relations hommes/femmes notamment en introduisant le principe de réciprocité. C’est-à-dire qu’il ne demandait rien aux femmes sans exiger immédiatement une attitude semblable de la part des hommes. Ce principe de réciprocité, nous le voyons encore à l’œuvre, aujourd’hui, dans cet extrait de la lettre aux Ephésiens. Paul va le mettre en oeuvre pour deux types de relations : les relations parents/enfants et les relations maitres/esclaves. Là encore il y a de la nouveauté, une belle différence chrétienne qui est énoncée. Regardons successivement ces deux types de relation.
Je ne vais pas m’arrêter trop longtemps sur la relation parents/enfants parce que ce que dit Paul n’est pas trop difficile à comprendre. Aux enfants, il demande la soumission à l’autorité parentale en citant le commandement de la Bible qui demande d’honorer son père et sa mère. Il n’y a rien de très original dans cette demande. La nouveauté chrétienne va, là encore, se situer dans la réciprocité : Et vous, les parents, ne poussez pas vos enfants à la colère, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur. C’est comme si Paul disait aux parents : vous vous plaignez souvent de l’attitude de vos enfants, mais vérifiez si ce n’est pas votre comportement, vos décisions qui sont à l’origine de ce comportement que vous ne supportez pas. Vous aurez d’ailleurs remarqué que Paul utilise une expression forte : vous leur donnerez une éducation et des avertissements inspirés par le Seigneur. C’est-à-dire que les parents ne sont pas tout-puissants par rapport à leurs enfants comme, hier, nous entendions que les hommes n’étaient pas tout-puissants par rapport à leur femme. Au-dessus des parents, au-dessus des hommes, il y a le Seigneur et l’attitude de chacun doit être en cohérence avec sa foi en Dieu. Tout doit être vécu sous le regard du Seigneur, en cohérence avec notre foi.
Maintenant venons-en à ce que Paul dit de la relation maitre-esclave. Là, c’est plus compliqué, peut-être plus choquant pour nos mentalités modernes parce que, bien évidemment, Paul ne remet pas en cause l’esclavage. Nos mentalités modernes en sont heurtées, nous aurions attendu de Paul qu’il remette en cause cet état de fait, il ne le fera pas ni dans ce passage de la lettre aux Ephésiens ni même dans le billet à Philémon qui est centré sur ce sujet du comportement d’un maitre chrétien à l’égard d’un esclave devenu chrétien.
Paul commence donc par rappeler les devoirs des esclaves et vous aurez remarqué qu’il n’y va pas avec le dos de la cuiller ! Il réclame des esclaves une soumission, une obéissance totale vis-à-vis de leurs maîtres. Mais comme pour les femmes, hier, il rajoute la référence au Christ qui change déjà pas mal de choses. Il demande finalement aux esclaves de regarder leurs maitres comme ils regardent le Christ, de se comporter vis-à-vis de leurs maîtres comme ils se comportent vis-à-vis du Christ, avec la même loyauté, le même dévouement. Et c’est la suite qui va opérer une vraie révolution dans la relation maitre/esclave puisque Paul va parler de réciprocité des devoirs mutuels.
Il vient de rappeler les devoirs des esclaves, il veut maintenant ouvrir un chapitre tout nouveau, jamais ouvert par personne, les devoirs des maîtres à l’égard des esclaves. Et c’est là qu’éclate la différence chrétienne. Et vous, les maîtres, agissez de même avec vos esclaves, laissez de côté les menaces. Car vous savez bien que, pour eux comme pour vous, le Maître est dans le ciel, et il est impartial envers les personnes. Les esclaves n’étaient plus considérés comme des personnes, ils étaient la chose, la propriété de leur maître qui se croyait donc tout permis. Paul commence par rappeler l’interdiction de la violence à leur égard et ce n’était pas rien d’oser le dire. Et puis, il va surtout situer le maître comme l’esclave sous le regard du Christ en rappelant que, sous le regard du Christ, il n’y en a pas un qui est supérieur à l’autre.
On imagine bien que les maîtres, quand ils étaient chrétiens et qu’ils entendaient ces paroles devaient se poser bien des questions, notamment celle-là : si Jésus était là et qu’il me voit agir de telle et telle manière à l’égard de mes esclaves, qu’est-ce qu’il penserait de moi ? Ainsi donc, dans ce passage de la lettre aux Ephésiens, Paul ne dit pas ce qu’un chrétien doit faire, mais il dit : mets-toi sous le regard du Christ et demande-toi ce qu’il pense de ton comportement.
Du coup, l’interpellation de Paul peut nous rejoindre, tous et chacun, même si nous ne sommes heureusement plus dans ces problématiques. Nous pourrions assez régulièrement nous poser cette question à propos de nos relations : si Jésus était là et qu’il me voyait agir maintenant, s’il m’entendait proférer cette parole que je suis en train d’envoyer à la figure de cette personne, s’il me voyait porter tel regard, qu’est-ce qu’il penserait de moi ?
Et nous avons plutôt intérêt à prendre au sérieux ce questionnement car, nous l’avons entendu, dans l’Evangile, l’avertissement de Jésus est sérieux. Jésus est venu accomplir la mission que le Père lui a donné et cette mission est clairement énoncée dans l’Evangile de St Jean : il doit faire en sorte qu’aucun de ses frères qu’il est venu sauver ne se perde. Alors, il nous prévient que, ce qui sera le plus déterminant, ce n’est pas le temps que nous aurons passé avec lui, un temps peut-être réel mais s’il n’a rien transformé dans nos vies, c’est un temps complètement vain. A ceux qui chercheront à se rappeler à son bon souvenir en lui remémorant les heures d’adoration, de chapelet, d’oraison, de messe en lui disant : Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. Si ces heures passées n’ont eu aucun impact sur leur vie parce qu’ils estiment que, dans le cadre de leur vie privée, ils sont bien libres de faire ce qu’ils veulent, Jésus dira : Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. La seule porte qui permet de le rejoindre, il nous le dit, c’est une porte étroite. Pour la passer, il est donc nécessaire de se désencombrer. Et, souvent, ce qui nous encombre le plus, c’est notre moi envahissant, le souci de nous-mêmes qui nous fait oublier les autres.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet demandons la grâce d’une ouverture du cœur de plus en plus grande qui nous permettra de placer le Seigneur et le frère au centre de nos préoccupations.
