4 Octobre : 27° dimanche ordinaire : Caesar pontem fecit !

S’il y en a parmi vous qui ont fait du latin à l’école, ils connaissent forcément la célèbre formule : « Caesar pontem fecit » ; ce qui signifie : César fit un pont. Je crois que c’est une citation de la guerre des Gaules, cette œuvre dans laquelle César se vantait de toutes ses réussites guerrières et notamment de la fabrication d’un pont sur le Rhin, lui permettant de faire progresser ses troupes beaucoup plus vite. Mais Cesar n’a jamais fait de pont, vous imaginez bien que l’empereur n’a jamais remué ne serait-ce que du petit doigt l’une des pierres de ce pont. Ce sont ses soldats qui ont travaillé et c’est lui qui s’en attribue le mérite en osant écrire : « Caesar pontem fecit ! » Je me rappelle, lorsque j’étais jeune prêtre que, lors des réunions de doyenné, cette expression revenait souvent. Un des prêtres avait tendance à toujours s’attribuer tous les mérites de ce qui marchait bien dans sa paroisse et un autre lui rétorquait sans arrêt : « Caesar pontem fecit » pour lui rappeler que, si ça marchait bien, c’était aussi et peut-être surtout grâce à tous les laïcs qui mettaient la main à la pâte !

Si je cite cette expression, c’est parce qu’elle est remontée à ma mémoire en méditant la 1° lecture qui nous rapportait tout ce que Dieu a fait en faveur de son peuple et c’est dit à travers une allégorie évoquant le soin qu’un vigneron peut porter à sa vigne : Il a retourné la terre, retiré toutes les pierres,

Planté des ceps de qualité, au milieu, il a bâti une tour de garde pour que personnes ne vienne détruire son œuvre et enfin creusé un pressoir. Il est facile de mettre des actions très précises de Dieu en faveur de son peuple derrière chaque partie de cette allégorie. Dieu a entendu les cris de souffrance, il a vu la misère de son peuple vivant l’esclavage en Egypte et il a décidé de le libérer. Pour le libérer, il a fait le maximum : écarter les eaux de la mer et englouti les armées de pharaon. Ensuite, pendant 40 ans, il les accompagnés dans leur traversée du désert. Enfin, il leur a donné ce pays ruisselant de lait et de miel. Ça, on peut le dire : Dieu a bichonné son peuple. 

Mais sans qu’on puisse résumer cela par la formule : « Caesar pontem fecit ! » Bien sûr, il a eu besoin de Moïse puis Josué et de tant d’autres, mais ce n’est pas Moïse qui a écarté les eaux de la mer ! Ce n’est pas Moïse qui marchait à la tête du peuple dans le désert sous forme d’une nuée, le jour, et d’une colonne de feu, la nuit ! Quand Dieu détaille tout ce qu’il a fait pour prendre soin de son peuple, il ne fait pas comme César, il ne s’attribue pas les mérites du travail des autres ! Tout cela, il l’a fait et bien fait, si j’osais, je dirais : c’est bien lui qui a mouillé la chemise ! Alors, on comprend la conclusion qui était donnée : avec un tel investissement, Dieu attendait de beaux fruits ! Mais la déception va être à la hauteur de l’investissement : elle en a donné de mauvais ! Et pour que tout soit bien clair, l’explication est donnée de manière explicite : La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.

La conclusion est sans appel : il va enlever la clôture pour que la vigne soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. Elle deviendra une pente désolée ; elle ne sera plus jamais ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; il interdira aux nuages d’y faire tomber la pluie. C’est clair : Dieu jette l’éponge, c’est fini, il est trop déçu ! Oui, mais ça, c’est le Premier Testament, ces livres dans lesquels, les hommes parlent de Dieu et disent ce qu’ils ont découvert de lui, de son action mais qui souvent imaginent les réactions de Dieu en les calquant sur leurs propres manières de réagir. C’est beau de voir tout ce qu’Isaïe avait déjà pu découvrir de l’investissement de Dieu en faveur de son peuple, mais ensuite, la réaction qu’il prête à Dieu, ça, c’est de lui, pas du Saint-Esprit !

Et c’est pour cela qu’il fallait que Dieu envoie son Fils. En plus du Salut qu’il venait apporter aux hommes, il fallait que Jésus puisse rectifier la vérité sur Dieu et cela, il n’y avait que Lui, le Fils éternel, qui pouvait le faire. Il le fera en nous parlant souvent de son Père, en nous partageant ce qu’il a contemplé de son Père, allant jusqu’à dire : tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître ! Jn 15,15. Et nous en avons une merveilleuse illustration avec l’Evangile dans laquelle Jésus reprend en grande le texte d’Isaïe en changeant un peu le contexte puisqu’il voulait annoncer sa propre mort. Mais vous aurez remarqué, du moins je l’espère que la conclusion était totalement différente. La situation est aussi dramatique, injuste, mais la conclusion, ce n’est pas que Dieu jette l’éponge : la vigne, il la confiera à d’autres vignerons !

Je vous propose de tirer trois leçons de tout ce que je viens de dire. Parce que vous aurez bien compris que cette histoire du rapport entre Dieu et sa vigne, elle parle de l’histoire de nos vies, du rapport de Dieu avec nous dans chacune de nos vies.

  • 1° leçon : dans la journée ou dans les jours qui viennent, prenons le temps de relire notre vie pour découvrir tout ce que Dieu a fait pour nous. Comment il nous a bichonnés, comment il a mouillé la chemise en notre faveur. Demandons vraiment cette grâce de nous tenir, au terme de cet exercice, dans une immense gratitude.
  • 2° leçon : la lucidité nous obligera sûrement à reconnaître que nous n’avons pas toujours répondu aux espérances de Dieu. Nous avons dû et nous continuons de le chagriner, de le décevoir en ne produisant pas tous les beaux fruits qu’il espérait recueillir après un tel investissement en notre faveur. N’hésitons pas à présenter toutes nos ingratitudes qui l’on fait souffrir à la miséricorde de Dieu.
  • 3° leçon : arrêtons de réagir en pensant que nous sommes toujours au temps du Premier Testament ! Oui, c’est sûr, nos ingratitudes ont contristé le cœur de Dieu et continuent de le contrister, mais jamais il ne jettera l’éponge ! Il cherchera toujours, par sa miséricorde à réveiller le meilleur de nous-mêmes pour que nous puissions répondre à ses attentes car, jamais, il ne cessera de croire en nous !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons que ces 3 leçons ouvrent nos cœurs pour recevoir la grâce d’une vraie conversion. L’enjeu est grand, le week-end dernier, avec la venue du pape en France, il n’a cessé d’être rappelé : tout cela, c’est afin que le monde ait la vie !

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