Lecture de l’Evangile selon St Jean 5,1-14
Après cela, il y eut une fête juive, et Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il existe une piscine qu’on appelle en hébreu Bethzatha. Elle a cinq colonnades, sous lesquelles étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents. Il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant couché là, et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne ; et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. » Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. » Et aussitôt l’homme fut guéri. Il prit son brancard : il marchait ! Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à cet homme que Jésus avait remis sur pieds : « C’est le sabbat ! Il ne t’est pas permis de porter ton brancard. » Il leur répliqua : « Celui qui m’a guéri, c’est lui qui m’a dit : “Prends ton brancard, et marche !” » Ils l’interrogèrent : « Quel est l’homme qui t’a dit : “Prends ton brancard, et marche” ? » Mais celui qui avait été rétabli ne savait pas qui c’était ; en effet, Jésus s’était éloigné, car il y avait foule à cet endroit. Plus tard, Jésus le retrouve dans le Temple et lui dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. » Jn 5, 1-14
Dans un 1° point, je voudrais souligner qu’avec cette page d’Evangile, Jésus nous invite d’abord à faire un examen de conscience par rapport à toutes nos croyances magiques souvent farfelues et toujours nocives. Dans cette piscine de Bethzatha, il devait y avoir un phénomène naturel qui provoquait à certains moments des bouillonnements. Peut-être y avait-il, de temps en temps, des poches naturelles de gaz qui se perçaient et provoquaient ces bouillonnements. Car on parle d’une piscine naturelle, dans la roche, pas d’une piscine comme aujourd’hui parfaitement étanche, avec un beau revêtement.
La croyance populaire, mentionnée dans certaines traductions, disait, en y croyant mordicus, que ces bouillonnements étaient provoqués par un ange qui venait se laver dans cette piscine ! Comme si les anges avaient besoin de venir se laver et comme s’ils n’avaient rien d’autre à faire que de faire des bulles en prenant leur bain ! C’est ridicule ! Mais ce qui chagrine le plus Jésus, c’est que tout le monde était persuadé qu’en plongeant un malade au moment du bouillonnement, il serait guéri. Aucun témoignage ne parle de guérison en ce lieu pour des malades qui auraient respecté le rituel, mais ça ne fait rien, on continuait à répéter les mêmes sornettes.
Et, plus grave encore, on attribuait donc à Dieu ces guérisons. Comme si Dieu pouvait être suffisamment sadique pour inventer une telle guignolerie : faire bouillonner l’eau quelques secondes seulement en disant : le 1° qui plonge sera guéri. C’est vraiment indigne de Dieu que de le croire capable d’organiser une telle compétition d’estropiés !
Accueillir ce texte, aujourd’hui, dans ce temps de prière de guérison, c’est donc une invitation pour nous à faire un examen de conscience : est-ce que je ne suis pas comme le peuple des hébreux à qui le Seigneur reprochait souvent de clocher d’un pied sur l’autre ? C’est-à-dire de participer à des liturgies qui tournent vers le Seigneur et, en même temps de faire des prières à des idoles. Ça, c’était pour le peuple des hébreux. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens clochent encore d’un pied sur l’autre en demandant à Dieu de les guérir et en entretenant des rapports flous avec des pratiques magiques qui les invitent à mettre en œuvre des rituels pas très catholiques. Ils peuvent aussi clocher d’un pied sur l’autre en consultant des voyants, des magnétiseurs, carrément des sorciers pour certaines cultures. Et là, on entre carrément dans le domaine du spiritisme qui conduit tôt ou tard à entretenir des liens avec l’esprit du mal.
Jésus a refusé d’apporter le moindre crédit à ce genre de croyances, de pratiques, il les a dénoncées et en guérissant cet homme impotent, il a montré que c’est lui et lui seul qui, en invoquant la puissance de Dieu, pouvait guérir. C’est pour cela que, dans nos temps de prière de guérison, nous ne faisons rien d’exceptionnel, aucune incantation mystérieuse, aucun rituel sophistiqué, nous demandons dans la foi à Jésus de continuer sa mission de Salut, c’est pour cela que je l’exposerai sur l’autel et que je lui permettrai de venir rejoindre chacun de vous en passant au plus près de vous avec le Saint-Sacrement. Je termine ce 1° point en insistant sur le fait que ceux qui ont réalisé qu’ils clochaient d’un pied sur l’autre, il leur faudra, au plus vite, s’en confesser pour que toutes ces pratiques n’aient plus de conséquences nocives dans leur vie, fassent barrage à l’action de Dieu et aient des répercussions négatives sur leur entourage.
Dans un 2° point, j’aimerais m’arrêter sur le fait que Jésus demande à cet homme anciennement impotent de se lever, de prendre son brancard et de marcher.
- Commençons par parler de ces 2 verbes « se lever » et « marcher » voilà deux actions qui étaient devenues impossibles pour cet homme impotent. Depuis des années et des années, il n’avait ni pu ni se lever, ni marcher et voilà qu’en le guérissant, Jésus rend l’impossible possible. C’est peut-être aussi l’une des guérisons que Jésus veut nous offrir aujourd’hui : rendre l’impossible, possible. Réfléchissons à ce qui nous semble particulièrement impossible à chacun. Certains diront : c’est d’arriver à trouver chaque jour ½ heure pour prier ; d’autres diront : c’est de parler avec telle personne ou de lui accorder un pardon, que sais-je encore ! Que chacun examine ce qui lui semble particulièrement impossible aujourd’hui et qu’il le présente à Jésus quand il viendra s’approcher de lui ou quand Jésus s’approchera de lui. Puisque Jésus peut rendre l’impossible, possible, demandons-lui l’impossible qui n’est pas toujours spectaculaire.
- Maintenant, il y a cette autre consigne qui parait tellement absurde : porte ton brancard. Mais on brancard, il ne pouvait plus le voir, des années qu’il était étendu dessus, puisqu’il est guéri, il ne devait penser qu’à une chose : s’en débarrasser au plus vite, ne plus jamais le voir ! Et voilà que Jésus lui dit : porte ton brancard ! Pourquoi ? Peut-être qu’avec cette consigne si étrange, c’est un autre niveau de guérison qui veut nous être révélé. Il est bien possible que tous ceux qui sont venus demander une guérison physique, spirituelle, psychologique, affective ne soient pas exaucés. J’espère qu’il y aura des guérisons, chaque fois, j’ai des témoignages, il n’y a pas de raison que ça change ! Mais pour ceux qui n’auront pas été exaucés, cela ne signifie pas que Jésus n’aura rien fait pour eux. Sans doute, leur aura-t-il donné la force de porter leur brancard. Je m’explique : jusque-là, ils avaient un problème de santé, une faille psychologique, une blessure affective, un blocage spirituel et, au cours de cette prière, la grâce que le Seigneur veut leur accorder, c’est de ne plus être écrasé par ce problème, c’est la force de pouvoir le porter.
Enfin, il y a cette ultime parole : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. » Parce cette parole, Jésus veut indiquer qu’il y a une paralysie qui est la pire et que nous tolérons trop souvent, pour laquelle nous ne demandons pas assez régulièrement la guérison, c’est la paralysie du péché. Profitons de ce temps du carême, pour demander au Seigneur de s’occuper de cette paralysie.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce d’avoir le cœur largement ouvert pour ne pas repartir déçus si nous n’avons pas reçu ce que nous avions demandé alors que le Seigneur aura rendu l’impossible possible et qu’il nous aura donné la force de porter ce qui nous écrasait.
