23 janvier : jeudi 2° semaine temps ordinaire : Pourquoi dire que Jésus est prêtre ?

Mes sœurs, vous étiez absentes quand nous avons commencé la lecture de la lettre aux Hébreux, alors je dis quelques mots pour situer cet écrit si particulier. D’abord, on appelle cet écrit la lettre aux Hébreux alors que ce n’est pas une lettre mais plutôt un traité théologique. Il n’y a que quelques versets parsemés dans l’écrit qui font penser à une lettre ainsi que les tout derniers versets. Le grand spécialiste de cet écrit, le père Vanhoye, exégète jésuite, créé cardinal par Benoit XVI, proposait comme titre : sermon sacerdotal. Evidemment, on ne peut pas changer le titre d’un livre biblique (surtout quand on est cardinal !), mais le père Vanhoye regrettait le titre officiel donné à cet écrit en expliquant que bien des gens risquaient de passer à côté de son message en se disant : nous ne sommes pas des hébreux et comme cet écrit fait allusion à toutes les coutumes des juifs, à la foi des juifs, ça ne nous concerne pas 

L’auteur de cet écrit n’est pas St Paul parce que Paul endosse toujours la paternité de ses écrits en se présentant au début, ce qui n’est pas le cas ici ! Cet auteur va donc développer un long propos théologique pour montrer et même démontrer, selon l’expression entendue dans la 1° lecture de ce jour que Jésus est bien le grand prêtre qu’il nous fallait, capable de sauver d’une manière définitive ceux qui, par lui, s’avancent vers Dieu. Le grand prêtre chez les hébreux officiait dans le Temple en offrant des sacrifices selon un rituel précis ; c’est la raison pour laquelle on a donné le titre de lettre aux Hébreux à cet écrit, puisqu’il fait référence aux traditions liturgiques, sacrificielles des hébreux. L’auteur de cet écrit parlera donc beaucoup du Temple, des sacrifices, du grand-prêtre mais dans un but précis : montrer comment Jésus, dans sa personne et ses actions, s’en distingue. En résumé, la lettre aux Hébreux n’est pas une lettre, elle n’est pas écrite par Paul et ne s’adresse pas qu’aux Hébreux ! Voilà pour la présentation générale.

On n’a pas de peine à imaginer que les hébreux auront beaucoup de réticences à penser que Jésus puisse recevoir le titre de grand-prêtre. En effet, à leurs yeux, il a trop souvent pris parti contre tant de coutumes du Temple et son nettoyage un peu violent leur reste en travers de la gorge. En plus, il ne fait pas partie de la tribu des prêtres, de la tribu de Lévi, or seuls les membres de cette tribu pouvaient accéder au sacerdoce. L’auteur de la lettre aux hébreux va donc vouloir démontrer que tous ces arguments ne tiennent pas : Jésus est bien grand-prêtre et même l’unique grand-prêtre. Hier, dans la lecture, il balayait l’argument de son origine en utilisant la figure de Melchisédech, figure emblématique du prêtre de la Première Alliance. En effet, Melchisédech n’était pas de la tribu sacerdotale et pour cause, cette tribu n’existait encore pas, Melchisédech vivant au temps d’Abraham. Et puis, l’auteur précise que Melchisédech, on ne savait même pas d’où il venait, nul ne connaissait ses origines, l’argument des origines ne tient donc pas. Et l’auteur osait même dire que ça le faisait ressembler au Fils de Dieu !

Dans la lecture d’aujourd’hui, c’est un autre argument que l’auteur de la lettre aux Hébreux va balayer. Il va montrer que le fait que Jésus n’ait jamais officié au Temple, qu’il n’ait jamais offert de sacrifice au Temple n’est pas un obstacle pour attribuer à Jésus le titre de grand-prêtre car le sacrifice que Jésus va offrir est bien supérieur à tous les sacrifices du Temple puisqu’il s’est offert lui-même. Non seulement, la valeur du sacrifice de Jésus est bien supérieure à tous les sacrifices mais sa portée l’est également. En effet, le grand-prêtre était obligé de réitérer le grand sacrifice dans le rituel de Yom-Kippour chaque année parce que lui-même restait pécheur et le peuple aussi ! Le sacrifice que Jésus a fait de sa vie est définitif parce qu’il a tout donné en se donnant lui-même, en plus, lui, comme il est sans péché, par son sang, nous obtenons un salut définitif. Certes, nous resterons pécheurs, mais pécheurs pardonnés, sauvés. Je relis le verset qui affirmait tout cela : « Jésus n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. »

En s’offrant lui-même, Jésus a voulu faire du don de sa vie le plus grand des sacrifices qui ferait retomber sur tous les hommes la plus grande des bénédictions, c’est-à-dire le Salut. 

La lecture disait : « Tout grand prêtre est établi pour offrir des dons et des sacrifices ; il était donc nécessaire que notre grand prêtre ait, lui aussi, quelque chose à offrir. » Parce qu’il fallait que Jésus, notre grand-prêtre ait quelque chose à offrir, il a offert sa vie. Nous le savons, en effet, sa vie, personne ne lui a pris, puisqu’il l’avait offerte avant qu’on ne la lui prenne. Ainsi donc, désormais, nous n’avons plus besoin de médiateurs pour accéder à Dieu comme le prétendait l’ancien système des sacrifices offerts par les prêtres, ou plutôt, Jésus est le médiateur permanent qui ouvre pour nous le cœur de Dieu. Cet écrit est donc une grande méditation sur le Salut offert de manière définitive par le Christ, une méditation qui peut emplir nos cœurs de gratitude : on est sauvé, vraiment sauvé ! 

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons de pouvoir rester tout au long de ce jour dans cette gratitude.

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