15 janvier : mercredi 1° semaine du temps ordinaire : libérés pour servir, guéris pour servir, car servir Dieu rend l’homme libre comme lui !

Le passage de la lettre aux Hébreux que nous avons entendu nous a fait contempler jusqu’où est allé l’amour du Seigneur pour nous qui a voulu se faire en tout semblable à nous. Comme le dira cette même lettre aux Hébreux quelques chapitres plus loin : Nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. St Thomas d’Aquin résumera cela dans son célèbre principe : ce qui n’est pas assumé, n’est pas sauvé. Pour que nous soyons sauvés, vraiment sauvés, il fallait qu’il soit donc en tout semblable à nous. Et la suite de la Lecture insiste : Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple. Je ne sais pas si vous entendez ce qu’il y a d’absolument étonnant dans cette proposition : c’est pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi qu’il fallait que Jésus se fasse semblable en nous. Evidemment, pour nous, prêtres cette parole retentit comme un appel qui nous invite à vérifier notre proximité avec le peuple qui nous est confié.

Certes, il ne s’agit pas, pour nous, de vouloir être comme tout le monde, d’ailleurs c’est aussi vrai pour les chrétiens qui, avec nous, doivent être dans le monde sans être du monde. Un prêtre sociologue utilisait cette belle expression : quand on gomme les différences, on interdit les connivences. C’est très juste ! Mais ce n’est pas de cela que parle la lettre aux hébreux, Jésus a été différent des hommes de son temps, mais dans une proximité extrêmement grande. J’y repensais souvent quand j’accompagnais des pèlerins en Terre Sainte et qu’on allait à Capharnaüm. Toutes les maisons de pêcheurs qui ont été mises à jour par l’archéologie avec, parmi elles, la maison de St Pierre, m’émerveillait toujours. C’est dans cette maison que Jésus aimait se rendre, une toute petite maison, c’est là qu’il passait un certain nombre de nuits avec quelques apôtres, dans une proximité pour ne pas dire une promiscuité très grande.

Pourquoi ce choix d’une si grande proximité de Jésus avec les hommes ? Je l’ai dit, il y a le fameux principe de St Thomas : ce qui n’est pas assumé, n’est pas sauvé. Mais il y a aussi ce que je disais lundi, à savoir qu’avec la venue de Jésus les règles qui régissaient l’impureté sont inversées. Jusque-là, c’était l’impur qui toujours contaminait le pur quand il s’approchait de lui. Mais avec Jésus, tout change, désormais c’est le pur qui contamine l’impur, d’où la nécessité pour Jésus de fréquenter ceux qui étaient classés impurs et sa déclaration : je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs. Nous sommes donc invités à nous interroger sur notre proximité avec ceux qui sont confiés à notre ministère. Certes l’élargissement du champ de nos ministères ne rend pas toujours cette proximité très facile, mais arrivons-nous quand même, à l’image de Jésus, à nous faire proches et particulièrement des petits, des pécheurs ? 

En méditant l’Evangile, j’ai entendu, comme en écho, un texte du Premier Testament, c’est celui dans lequel Dieu donne à Moïse ses consignes quand il l’envoie chez pharaon. Il lui dit : voilà les paroles que tu prononceras à Pharaon : Libère mon peuple pour qu’il puisse me servir. Dieu ne dit pas : libère mon peuple qui a assez souffert sous ton joug, il dit : Libère mon peuple pour qu’il puisse me servir. Libérés pour servir, voilà comment on pourrait résumer ce passage. Eh bien, j’ai entendu un peu la même chose dans la 1° partie de l’Evangile qu’on pourrait titrer : guérie pour servir. Si Jésus guérit la belle-mère de Pierre, ce n’est pas d’abord pour qu’elle puisse vite se mettre en cuisine et préparer le traditionnel plat de Houmous, Jésus la guérit pour qu’elle puisse accomplir sa vocation : servir. Servir, non pas parce qu’elle est femme et que, dans ce pays de machos, il est normal qu’une femme serve les hommes ! Non, servir, parce qu’elle est créature de Dieu et que, comme nous le fait chanter une hymne du bréviaire : Servir Dieu rend l’homme libre comme lui.

Libérés pour servir, c’est la grâce accordée au peuple des hébreux, guérie pour servir, c’est la grâce accordée à la belle-mère de Dieu. Nous le constatons, servir n’est pas naturel ou plutôt, tenir fidèlement dans notre vocation de service exige un combat, une libération, une guérison. 

Demandons au Seigneur de venir nous éclairer, qu’il nous montre clairement tous les dérapages qu’il peut y avoir dans notre manière d’exercer notre ministère, ce mot qui, justement, faut-il le rappeler, signifie « service ». Je ne sais pas si vous avez lu l’excellent petit livre de méditation écrit par l’évêque de Grenoble : Prêtre à l’école du lavement des pieds. Voilà une bonne perspective pour le carême parce que, vous le savez bien, dès que le temps de Noël est fini, le carême arrive vite ! Ne vous cassez pas la tête à chercher des efforts de carême plus ou moins adaptés, plus ou moins féconds, prenez la résolution de lire ce livre et de prendre chaque jour une résolution pour mettre en application un point qu’il livre à notre méditation.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, nous pourrions implorer pour nous, pour nos frères prêtres et plus largement pour tout le peuple chrétien une belle grâce de libération, de guérison afin que, tous, nous puissions servir et ainsi accomplir notre vocation fondamentale qui nous permettra de goûter à la joie de la vraie liberté puisque : Servir Dieu rend l’homme libre comme lui !

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