29 juin : Fête de St Pierre et St Paul, fête de l’Eglise !

Ce n’est pas toutes les années que la fête de Saint Pierre et St Paul tombe un dimanche, quand c’est le cas, comme cette année, il faut vraiment en profiter car cette fête est finalement la fête de l’Eglise. Célébrée en semaine, elle ne réjouira le cœur que de ceux qui peuvent aller à la messe en semaine ; célébrée, le dimanche, elle réjouit le cœur d’un plus grand nombre puisque tous ceux qui participent à la messe dominicale pourront accueillir cette joie de fêter leur Eglise. Quand on est membre d’une association, on aime participer à la fête de son association ; quand on est membre de l’Eglise, on se réjouit aussi de participer à la fête de son Eglise et, pour moi, la fête de l’Eglise, c’est le 29 juin, jour où nous célébrons la solennité des apôtres Pierre et Paul, colonnes de l’Eglise. 

Je me propose de vous partager le fruit de ma médition concernant cette fête, avec les textes qui nous sont proposés, je le ferai en soulignant 4 points.

Le 1° point que je retiens, c’est que l’Eglise ne repose pas sur un homme. Le fait qu’on ait choisi d’associer deux hommes pour fêter l’Eglise devrait nous rendre attentifs à ne jamais trop « personnaliser » l’Eglise qui ne peut reposer sur un seul homme, fut-il pape. D’ailleurs une lecture attentive de l’Evangile du jour nous permet d’entendre Jésus dire à Pierre : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Jésus dit clairement que l’Eglise est SON EGLISE, pas celle de Pierre ! L’Eglise repose sur Jésus, c’est lui, la véritable « pierre angulaire » selon l’expression souvent mentionnés dans les Ecritures. Alors, bien sûr, Pierre va avoir son importance, une place déterminante qui sera aussi dévolue à ses successeurs ; mais l’Eglise n’est pas son Eglise. Nous les prêtres, nous devons faire attention, nous devons essayer de nous corriger quand nous parlons un peu trop vite de « MA PAROISSE » et il arrive que des laïcs ne nous aident pas en parlant, eux aussi, de la paroisse du père Untel. En célébrant ensemble Pierre et Paul, l’Eglise nous invite donc à ne pas tomber dans ce piège de la personnalisation à outrance. Le drame des violences sexuelles et emprises spirituelles dans l’Eglise nous a montrés qu’il n’était jamais bon de mettre des personnes sur un piédestal, cela finissait par provoquer un aveuglement collectif qui ouvrait la porte à toute forme d’abus dont les victimes se relevaient avec grandes difficultés.

Le 2° point que je retiens, c’est que l’Eglise, pour vivre a besoin des charismes de chacun. Pierre et Paul, ne se ressemblent absolument pas, c’est le moins qu’on puisse dire ! Au cours de leur ministère, ils ont eu des rencontres parfois « viriles » s’opposant sur des sujets fondamentaux. On peut penser à ce qui s’est joué autour de l’entrée des païens dans l’Eglise. Et, sur ce sujet, c’est Paul qui a aidé Pierre à avoir une vision plus juste et une pratique plus ajustée à l’Evangile. Pierre et Paul ont dû apprendre à se respecter, à croire que l’un et l’autre étaient habités par le Saint-Esprit, choisis par le Christ pour une grande mission, ils ont dû apprendre à conjuguer leurs charismes, à mettre au service de la croissance de l’Eglise leurs fortes personnalités sans jamais chercher à briller individuellement, à « jouer perso » comme on dit au foot ! Dans l’Eglise, quand nous savons nous accueillir différents, quand nous osons nous corriger fraternellement, quand nous conjuguons harmonieusement la diversité de nos charismes, l’élan missionnaire se trouve décuplé. Ce n’est pas toujours confortable à vivre, ni pour les pasteurs, ni pour les laïcs, mais c’est salutaire.

Le 3° point que je retiens, c’est que ce qui fait tenir l’Eglise, c’est précisément son élan missionnaire. Vous le savez quand on fait du vélo, tant qu’on roule, on tient en équilibre, dès qu’on s’arrête, l’équilibre ne peut pas être gardé, on risque de tomber. Ainsi en va-t-il pour l’Eglise, pour nos communautés, tant que nous cherchons à vivre dans un élan missionnaire, nous pouvons avancer, dès que nous nous installons, nous tombons ! Du pontificat du pape François, l’Eglise gardera pour longtemps son grand texte « Evangelii Gaudium » qui restera la charte d’une Eglise missionnaire, une Eglise en sortie, comme aimait le dire le pape François. Et le pape Léon, sur ce point a parfaitement embouché la trompette de son prédécesseur ! C’est cet élan missionnaire, que l’un et l’autre avait chevillé au corps, qui a permis à Pierre et à Paul de travailler ensemble, d’enrichir l’Eglise par leurs fortes personnalités. Dans la 1° lecture, nous avons lu le récit de la libération miraculeuse de Pierre. Mais s’il a été libéré, c’était uniquement pour qu’il puisse continuer son ministère d’organisation des Eglises pour qu’elles puissent accomplir leur mission d’évangélisation.

Quant à Paul, dans la 2° lecture, sentant la fin approcher, il fait le bilan de son ministère et ce qu’il retient, c’est, je cite : Le Seigneur m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout et que toutes les nations l’entendent. Chacun avec son charisme propre et la mission qu’il avait reçue du Seigneur a mis le meilleur de lui-même au service de l’évangélisation. Les fêter ensemble nous rappelle donc que, seules les communautés qui seront animées par ce désir d’évangélisation deviendront des communautés vivantes et rayonnantes. Certes, il faut bien s’organiser mais quand l’organisation et pire la réputation deviennent les premiers objectifs de l’Eglise ou de ses communautés, la sève de l’Evangile ne les irrigue plus et elles finissent par se ratatiner.

Enfin le 4° point, c’est que fêter l’Eglise au jour où nous fêtons Pierre et Paul, c’est nous rappeler que l’Eglise sera toujours, fondamentalement, une Eglise de pauvres. Pierre a renié Jésus à qui il avait pourtant promis de rester fidèle. Paul a persécuté l’Eglise et, à travers elle, Jésus, c’est ce qu’il comprendra sur le chemin de Damas. Les deux colonnes de l’Eglise ont un passé qui ne parle pas en leur faveur, pour ne pas dire un passif ! Jésus connaissait parfaitement la fragilité de l’un et de l’autre et à aucun moment, il s’est dit qu’il s’était trompé en appelant ces pauvres. Quelle espérance pour nous qui n’avons aucune peine, du moins je l’espère, à reconnaitre que nous sommes des pauvres. Mais quelle exigence aussi parce qu’il peut être tentant, surtout quand on a un peu de responsabilité, de croire que c’est quand même grâce à nous que ça avance si bien ! Certes, chacun apporte bien quelque chose, mais sans la reconnaissance de notre pauvreté, nous ne construirons jamais rien de solide. En effet, conscients de notre pauvreté, nous devrons en permanence compter sur Dieu et c’est lui seul qui peut donner à nos communautés de devenir toujours plus dynamiques et attirantes. Quand nous nous regardons, regardons-nous comme des pauvres, aimons-nous comme des pauvres, encourageons-nous comme des pauvres. C’est ce qu’on fait Pierre et Paul, qu’ils intercèdent pour nous, en ce jour !

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