20 juillet : samedi 15° semaine ordinaire. Malheureux pas maudits !

Nous avons changé de prophète du très grand prophète Isaïe, nous sommes passés au petit prophète Michée qui a eu une prédication très vigoureuse comme nous avons pu l’entendre : « Malheur à ceux qui préparent leur mauvais coup et, du fond de leur lit, élaborent le mal ! » Et un peu plus loin, « C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : Moi, je prépare contre cette engeance un malheur où ils enfonceront jusqu’au cou. » Je l’ai déjà dit, mais puisqu’ici, ceux qui participent à la messe changent très régulièrement, il est nécessaire de le redire : les punitions annoncées comme venant de la main de Dieu ne sont, en fait, que les conséquences des actes mauvais, des choix tordus du peuple et de ses dirigeants. C’est l’illustration du proverbe biblique : qui sème le vent récolte la tempête ! Tous nos actes ont des conséquences, si je mange trop, je vais être malade, c’est la conséquence de mon péché, pas la punition de Dieu ! 

Je voudrais aussi m’arrêter sur l’invective que nous avons entendue, qui commençait par ce mot : Malheur !Dans notre tête mais aussi, hélas, dans certaines traductions de la Bile ou dans les titres donnés, on laisse entendre que les paroles qui suivent ce mot « malheur » sont comme des malédictions : malheur-malédictions. Du coup, certains finissent par être persuadés que Dieu maudit certaines catégories de personnes. Ils sont confortés dans cette idée en entendant Jésus maudire les riches, les pharisiens, les docteurs de la loi. De fait, il prononce souvent des paroles du type : malheur à vous les riches, malheur à vous les scribes et les pharisiens. Il est donc essentiel de bien comprendre ce que signifie ce petit mot : « malheur ».

Il est bien évident que ni Dieu, ni Jésus ne maudissent quiconque puisqu’ils ne sont qu’amour. Par contre, c’est vrai, ils maudissent la richesse parce qu’elle pourrit la vie de ceux qui l’accumulent ; c’est donc pour cela qu’il faut vite penser à partager quand on est riche ! C’est vrai aussi que Dieu, comme Jésus, maudissent le légalisme de ceux qui s’y enferment, de tous ceux qui prônent un respect aveugle des règlements, dénué de tout bon sens. Aujourd’hui, sans doute plus qu’hier, nous savons que cette attitude qui renforce l’autoritarisme qui conduit à des abus en tous genres. C’est donc pour cela que, lorsqu’on est guetté par ce légalisme, il faut vite demander le St Esprit pour qu’il vienne assouplir ce qui est bien trop raide en nous !

A partir de maintenant, je vous inviterai donc à faire un petit exercice de gymnastique mentale. A chaque fois que vous entendrez ou lirez, dans votre Bible, le mot « malheur » vous traduirez en disant : Dieu est en train de pleurer sur eux parce qu’ils sont trop malheureux. Dieu pleure sur tous ceux qui sont méchants, avares, injustes, orgueilleux, j’en passe et des pires encore ! Il pleure sur eux parce que la conséquence de leurs actes mauvais va se retourner contre eux et les détruire, un jour ou l’autre. Or Dieu ne veut pas la mort du pécheur, ce qu’il veut, c’est qu’il se convertisse pour vivre, pour goûter à la vie qui n’est jamais aussi belle que lorsqu’on vit dans l’amour, un amour généreux.

Alors, interrogeons-nous, est-ce que nous pleurons assez sur tous ceux qui sont dans le malheur, sur tous les malheureux ? Oui, bien sûr, nous le faisons, surtout dans nos prières universelles, Mais, sans doute pleurons-nous plus sur le malheur des personnes devenues malheureuses à cause de la méchanceté des autres. Mais est-ce que nous pleurons aussi sur le malheur des méchants ?  Est-ce qu’à l’image de Dieu nous sommes capables de pleurer sur eux, parce que, comme Dieu, nous décidons d’accorder à chaque être humain la même dignité ? 

Pleurer sur le méchant, c’est déjà une bonne chose, mais elle est loin d’être suffisante. Le Seigneur nous demande bien plus ! Rappelons-nous ce que Dieu dit à Ezéchiel : « je t’ai fait guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : tu vas mourir, et que tu ne parles pas pour avertir le méchant d’abandonner sa conduite, lui, le méchant, mourra de sa faute, mais c’est à toi que je demanderai compte de son sang. » 

En langage clair, Dieu nous demande donc de la compassion à l’égard des méchants et il nous met en garde contre tous ces moments où nous pourrions éprouver une certaine satisfaction quand ceux qui nous en font baver éprouvent des difficultés. Mais, il va encore plus loin. Dans ces paroles, ce que Dieu nous demande, c’est de pratiquer la correction fraternelle. De ne pas accepter de voir des frères et sœurs partir à la dérive à cause de leur comportement sans intervenir, le plus fraternellement possible, bien sûr !

Venons-en à l’évangile et cette nième controverse avec les pharisiens, entendue hier, qui, aujourd’hui, va être l’occasion, pour Jésus, de rappeler des paroles du prophète Isaïe. Avant de les reprendre et de nous les appliquer, une petite remarque. Comme moi, vous avez sans doute été choqués d’entendre que, c’est en sortant de la synagogue que les pharisiens décident de faire mourir Jésus. Quel scandale ! Mais interrogeons-nous quand même : ne nous est-il jamais arrivé, à nous aussi, à la sortie d’une messe, d’un office de flinguer une personne par des paroles malveillantes échangées avec d’autres ou seulement avec des pensées de haines entretenues ?

Arrêtons-nous sur ces paroles d’Isaïe appliquée à Jésus qui peuvent aussi nous concerner « Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement. Il ne cherchera pas querelle, il ne criera pas, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit. » Je ne pense pas trahir le texte en le traduisant de cette manière : « Puisqu’il a reçu mon Esprit, mon serviteur fera connaître aux nations mon jugement. » Ça signifie que celui sur qui repose l’Esprit-Saint devient un évangélisateur infatigable qui veut annoncer la bonne nouvelle de l’amour inconditionnel de Dieu pour chaque homme de chaque nation. Je continue : « Puisqu’il a reçu mon Esprit, il ne cherchera plus querelle avec les autres et il ne criera pas » Ça se passe de commentaire, c’est assez clair ! Je continue : « Puisqu’il a reçu mon Esprit, on n’entendra pas sa voix sur les places publiques. » Pour ceux sur qui repose le Saint-Esprit, le commérage que le pape François dénonce, y compris dans l’enceinte du Vatican, c’est fini ! Je continue encore :« Puisqu’il a reçu mon Esprit, il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit » Ceux sur qui repose le Saint-Esprit, on les reconnait facilement parce qu’ils n’enfoncent personne, ils soutiennent ceux qui sont en difficulté, ils savent redonner espérance.

C’est ce que nous demandons par l’intercession de Notre Dame de Laghet !

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