5 juillet : 14° dimanche ordinaire. Quand Dieu nous visite humble et incognito … comme Jean Ferrat !

Les vacances sont finies ! Retour au sanctuaire pour cette messe du dimanche et départ, demain, pour Lourdes avec le pèlerinage diocésain dont les responsables m’ont demandé d’en être le prédicateur.

En méditant, dans mes derniers jours de vacances, les textes de ce dimanche, de manière assez étonnante, est remontée à ma mémoire une anecdote … dans ces cas-là, je considère toujours que c’est l’Esprit-Saint qui vient à mon secours pour m’inspirer l’orientation de mon homélie. J’avais un ami qui était pépiniériste dans la Drôme, grand spécialiste des pivoines, il avait cédé son affaire à son fils mais venait encore régulièrement lui donner des coups de main. C’est ainsi qu’un après-midi, il voit arriver dans la cour de la pépinière le célèbre chanteur Jean Ferrat qui habitait de l’autre côté du Rhône, en Ardèche. Il l’avait déjà eu quelques fois comme client, mais, là, comme il avait cédé son affaire à son fils, il s’est dit : je laisse à mon fils la joie de discuter avec Jean Ferrat, je ne vais pas me mêler de leur discussion. Et, de fait, Jean Ferrat était un passionné de nature, la rencontre a duré longtemps. 

Quand il est parti, le père est allé trouver son fils et lui a demandé : alors, ça s’est bien passé avec Jean Ferrat ? Et son fils lui a répondu : je ne savais même pas que c’était Jean Ferrat ! Mais, en effet, c’était un homme charmant et très curieux. Evidemment, on se doute de la déception du fils qui a eu conscience d’avoir perdu une sacrée occasion de discuter de ses chansons et de son métier de chanteur avec cet homme si célèbre. Pour la petite histoire, le père a téléphoné ensuite à Jean Ferrat pour excuser son fils et Jean Ferra lui a répondu qu’il était tellement content d’avoir de telles rencontres, vraies, justement parce qu’il n’était pas reconnu !

J’ai assez vite compris pourquoi le Saint-Esprit avait fait remonter à ma mémoire cette anecdote. Jean Ferrat était venu chez ce pépiniériste vraiment incognito : pas de grosse voiture, pas de tee-shirt sur lequel aurait été écrit : I love Jean Ferrat ! Incognito et humble, donc difficile de reconnaitre une vedette derrière cette apparence. Eh bien, c’est ainsi que Dieu aime agir : incognito et humble. La 1° lecture le disait de manière si belle : Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce n’est pas comme ça qu’on imagine la venue de Dieu. Si vous êtes un adepte d’Astérix, la venue du char de Cléopâtre ou de celui de Jules César, ça ne ressemblait pas du tout à ça. Dieu, le roi des rois, choisit de venir pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Déconcertant !

Pas étonnant qu’à Bethléem, il y a 2000 ans, personne ne l’ait reconnu dans cette grotte si pauvre, habitée par un âne et un bœuf, visitée par des bergers. Pas étonnant qu’aujourd’hui encore, il y ait tant de personnes qui ne soient pas au rendez-vous quand Dieu vient les visiter. Pas étonnant que, nous-mêmes, nous pensions parfois que Dieu ne répond pas à nos prières, qu’il n’agit pas, qu’il n’exauce pas nos demandes. Sans cesse, comme le suggérait Paul dans la 2° lecture, nous avons besoin de laisser le Saint-Esprit reprogrammer notre logiciel spirituel parce que nous nous laissons trop vite reprendre par toutes les idées païennes qui habitent l’inconscient collectif. Ces idées remontent régulièrement et nous laissent croire que Dieu est un être déployant une telle puissance que, lorsqu’il décide d’agir en faveur des hommes, nul ne pourra douter de sa présence et de son action puisqu’il les marquera par des coups d’éclat. Mais Dieu n’est pas ainsi : Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse.

C’est sans doute pour cela que, dans l’Evangile, Jésus expliquait que les sages et les savants auront beaucoup de mal à reconnaître le Seigneur, à discerner sa présence, à comprendre son action. Les savants, leur problème, c’est justement qu’ils savent et par le fait même, ils risquent d’avoir beaucoup de mal à se laisser instruire, à quitter leurs certitudes pour laisser Dieu être Dieu et le laisser agir en passant incognito et de manière humble. Alors que les tout-petits, eux, sont souvent bien plus ouverts et capables de s’émerveiller de petits bienfaits en les attribuant à la bonté de Dieu. Leur logiciel spirituel n’est pas infesté, alors ils ne cessent de rendre grâce en constatant que Dieu ait choisi de les rejoindre, eux les petits, en se faisant lui-même petit. Ils ne lui demandent pas d’agir en leur faveur en réalisant des coups d’éclat, ils ne lui demandent pas de régler tous leurs problèmes avec une baguette magique, ils lui demandent seulement d’être à leur côté, de les accompagner au quotidien par son amour fidèle et bienveillant pour que, dans leurs galères, ils ne soient jamais seuls.

C’est d’ailleurs ce que promettait Jésus dans la 2° partie de l’Evangile en lançant cet appel qui peut tellement nous parler, à certains moments de notre vie : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Mais il faut lire jusqu’au bout ce que dit Jésus. Il ne promet pas qu’il nous soulagera en portant à notre place ce qui nous accable. L’image du joug est, de ce point de vue très parlante.  Écoutons Jésus nous dire : Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Vous le savez, le joug, c’était cette pièce de bois qui permettait d’atteler deux bêtes pour qu’elles puissent tirer ensemble la charrue. Une bête serait morte d’épuisement à tirer seule, mais à deux, tout devenait possible. Avec cette invitation qu’il nous lance, Jésus nous explique donc qu’il ne fera pas à notre place, mais qu’il nous demande : veux-tu m’accueillir, à chaque instant de ta vie, à tes côtés pour que je sois toujours avec toi et que tu ne t’épuises plus à tirer seul, à porter seul le poids de tes difficultés, de tes galères.

Il ne promet pas de tout régler par un coup de baguette magique comme nous le rêvons souvent, comme nous lui ordonnons souvent d’agir en notre faveur. Il nous promet sa présence et être accompagné par sa présence, ce n’est pas rien. N’importe quel malade vous dira que la présence à leurs côtés de ceux qu’ils aiment et qu’ils aiment est un puissant réconfort. Leur présence ne règle pas tout, mais cette présence d’amour permet de supporter. Et un jour où j’expliquais cela dans un enseignement, un ami paysan était venu m’expliquer que cette image du joug était vraiment encore plus belle que ce que je venais de dire. En effet, il avait connu le temps où on labourait avec des bœufs attelés par un joug, d’ailleurs à la retraite, il avait racheté une paire de bœufs mais juste pour le plaisir et faire des démonstrations dans des fêtes rurales. Et il m’expliquait que lorsqu’on achetait une paire de bœufs, il fallait bien veiller à ce qu’ils soient de même force parce qu’autrement le fort allait tout tirer et finirait par s’épuiser. 

Dans l’attelage que nous formerons avec Jésus, si nous répondons à son invitation de le prendre à nos côtés, il est bien évident que les forces ne sont pas équilibrées, le fort, c’est lui, c’est donc lui qui portera, tirera le plus ! Mais, pour autant, il ne nous dit pas : laisse, je vais faire sans toi ! Vous comprenez pourquoi j’aime tant dire à haute voix, avant de communier, cette prière que le missel propose au prêtre de dire à voix basse : fais que je demeure toujours fidèle à ta parole et que, jamais, je ne sois séparé de toi … jamais séparé de toi parce que, si je l’étais, je m’effondrerais.

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons au St Esprit de reprogrammer notre logiciel spirituel, pour que nous laissions Dieu être Dieu comme il a choisi de se manifester à nous, humble et incognito, et répondons à l’appel de Jésus qui nous demande de l’accueillir à nos côtés.

Cet article a 2 commentaires

  1. Wilhelm richard

    Alors comme cela, vous vous prenez pour Jean-Baptiste en préparant le terrain du pape…..

    1. Père Roger Hébert

      Bon été Richard !

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