16 février : lundi 6° semaine ordinaire. La lettre de Saint Jacques, une lettre stimulante pour nous préparer au carême qui nous aidera à sortir de cette génération qui déçoit le Seigneur.

Aujourd’hui, nous commençons la lecture de la lettre de St Jacques, lecture qui sera vite interrompue par l’entrée en carême, mercredi. Mais puisque nous la commençons, autant en dire un mot quand même. Tout d’abord qui est ce St Jacques, auteur de cette lettre ? Les Evangiles nous parlent de 3 personnes différentes qui portent ce nom. Il y a Jacques, frère de Jean, dit Jacques le Majeur qui sera exécuté par Hérode en 44, il y a aussi Jacques, le fils d’Alphée, dit Jacques le Mineur pour le distinguer de l’autre Jacques et il y a Jacques, celui qu’on appelle le frère du Seigneur. Alors, une question surgit tout de suite : comment Jésus pouvait-il avoir des frères ? Il y a dans les Evangiles apocryphes une mention qui explique que Joseph était veuf quand il a épousé Marie et qu’il avait donc eu des enfants d’un 1° mariage, pourquoi pas, l’explication tient la route et n’est pas contre notre foi. Il semble bien que ce soit ce Jacques qui ait écrit cette lettre. Comme la tradition situe sa mort en martyr vers 62, sa lettre a donc été écrite avant et pour la dater, on a un autre repère. On pense que c’est avant les années 50. En effet, dans cette lettre, Jacques, qui était aussi responsable de la communauté de Jérusalem, s’adresse aux chrétiens issus directement du judaïsme, or on ne sent encore aucune difficulté entre chrétiens issus du judaïsme et chrétiens issus du paganisme. Ces difficultés seront à l’origine de la tenue du 1° concile de l’Eglise, concile de Jérusalem qui a eu lieu vers 49-50, donc la lettre est antérieure. Voilà pour l’histoire et l’auteur.

Venons-en au contenu. Cette lettre est un peu particulière parce qu’elle ne contient pas de grandes réflexions doctrinales, elle vise plutôt à interroger les chrétiens sur la cohérence de leur foi, comment vivent-ils, de manière concrète ce qu’ils professent dans la foi ? Certains exégètes parlent d’un miroir du sermon sur la montagne, ce grand discours de Jésus aux chapitres 5 à 7 de l’Evangile de Matthieu dont nous avons entendu un large extrait à la messe hier. Oui, c’est une bonne intuition car dans la 2° partie de ce sermon Jésus va beaucoup insister sur les conséquences concrètes de la foi. Cette lettre est donc extrêmement précieuse pour aider les chrétiens à ne pas se contenter de vivre une foi de surface, une foi professée par la bouche mais qui n’aurait pas de racines dans le cœur, là où se prennent les grandes décisions.

Un dernier mot pour dire que ce n’est habituellement pas la lettre qu’on va lire dans les rencontres œcuméniques. Nos frères protestants ne l’aiment pas beaucoup eux qui restent inspirés par la réflexion de Luther qui mettait en avant la « sola fide », la foi seule trouvent cet écrit trop pratique, pas assez théologique. Luther parlait d’une « épitre de paille » ! Vous savez, quand on dit qu’on est sur la paille, c’est pour dire que nous sommes dans une situation pas glorieuse du tout eh bien, pour lui, cette « épitre de paille » ne donnait pas une image très glorieuse du christianisme. Pourtant, comme je le disais, elle est très précieuse pour que nous ne cessions de nous interroger sur la cohérence de notre foi et certains passages le feront avec une vigueur qui nous percute de plein fouet. On peut penser, par exemple, à ce que dira St Jacques sur l’argent et peut-être encore plus à la mise en garde, au chapitre 3, par rapport à tous les péchés qu’on peut commettre avec sa langue, un passage à méditer pendant le carême puisque c’est l’effort principal que nous invite à faire le pape Léon en ce carême 2026.

La lecture d’aujourd’hui, introduisait la lettre. L’auteur donnait juste son nom, se qualifiant de « serviteur du Seigneur », il n’avait pas besoin d’en dire plus, signe qu’il était donc très connu. Et il explique qu’il s’adresse aux juifs devenus chrétiens qui ont dû fuir Jérusalem. Comme évêque de Jérusalem, il garde donc le souci de ceux qui ont dû se disperser et qui n’auront peut-être pas la chance de vivre dans une communauté fervente pour soutenir leur foi. Ils risquent donc de se faire piéger par des styles de vie en contradiction avec la foi et c’est donc pour les aider, comme il le dit, à vivre dans la sagesse, qu’il leur écrit, la sagesse étant cet art de vivre en chrétien.

Passons rapidement à l’Evangile qui nous présente une énième controverse entre Jésus et les pharisiens à qui Jésus refuse de donner le signe venant du ciel. Pourquoi Jésus leur refuse-t-il ce signe ? Tout simplement parce que les signes ou si vous préférez les miracles, Jésus les accomplit en réponse à la foi de ceux qui les demandent. Avant de faire une guérison, d’une manière ou d’une autre, Jésus demande : crois-tu que je puisse faire cela pour toi ? 

Et, quand la personne est guérie, il dit : va ta foi t’a sauvé ! Les signes s’adressent à la foi, si ce n’était pas le cas, ils deviendraient comme des tours de magie qui pourraient épater la galerie, mais qui n’aideraient en rien les personnes à grandir. Mais il sait bien que la demande des pharisiens n’a rien à voir avec la foi. S’il acceptait de faire un prodige éclatant, ils accuseraient Jésus de se mettre en valeur et, comme ils l’ont dit une fois ou l’autre d’accomplir ces signes en utilisant les forces du mal. Et, s’il refuse, on dira de lui qu’il se défile parce qu’il n’est pas au niveau d’Élie ou de Moïse.

C’est pour cela que Jésus va pousser un profond soupir en disant : Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? Ce soupir traduit l’immense déception de Jésus devant cette attitude des Pharisiens. Et il va leur répondre en utilisant les mots : cette générationPourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? Ce sont les mêmes mots que le Psalmiste prête au Seigneur quand il est déçu de son peuple : Quarante ans cette génération m’a déçu ! C’est ce que nous disons chaque matin, dans le psaume invitatoire. Cette génération, reconnaissons-le, nous en faisons bien souvent partie, nous qui décevons le Seigneur tant de fois par jour !

Que le Seigneur nous fasse monter avec lui, dans la barque, pour aller avec lui sur l’autre rive, la rive de notre conversion en menant cette vie droite à laquelle l’épitre de Jacques nous appelle. Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons un cœur et un esprit résolu pour entrer dans le carême qui s’annonce et que ces textes nous invitent à déjà préparer.

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