Pour le 2° jour consécutif, nous lisons en 1° lecture un passage du livre de Joël, ce livre dans lequel il est question du Jour du Seigneur, ce jour où le Seigneur va manifester sa puissance en jugeant les peuples. Et Joël, comme d’autres prophètes, utilise des images asses impressionnantes pour en parler. Je ne redis que celle-là, entendue dans la lecture d’aujourd’hui : De Sion, le Seigneur fait entendre un rugissement, de Jérusalem, il donne de la voix. Le ciel et la terre sont ébranlés. On sent bien que ça va barder… quand un lion rugit, sortez-vous de devant !
Alors, nous pourrions nous rassurer en ne gardant que ce qui suit cette parole que je viens de citer quand il est dit : mais le Seigneur est un refuge pour son peuple, une forteresse pour les fils d’Israël. Ouf, ce n’est pas contre nous que le Seigneur rugit parce que nous sommes de son peuple, héritiers par la foi du peuple d’Israël. Mais ça ne serait pas juste de réagir ainsi ; en effet, quand le Seigneur viendra pour le jugement … et il viendra, parce que c’est ce que nous proclamons chaque dimanche dans le Credo, donc quand il viendra pour juger, il ne dira pas : ceux qui appartiennent à mon peuple mettez-vous d’un côté et tous les autres, mettez-vous de l’autre côté ; amnistie générale pour les membres de mon peuple et jugement impitoyable pour les autres !
Non, c’est bien tous les hommes que le Seigneur vient juger, mais le jugement ne consiste pas en une séparation entre les bons mauvais, ce qui serait impossible, personne n’est que bon ou que mauvais ! Chaque être humain a du bon et du moins bon et le Seigneur, dans sa grande miséricorde a décidé que le moins bon ne nous collerait pas éternellement à la peau. Le jugement, c’est cela, cette opération que j’aime qualifier de chirurgicale dans laquelle le Seigneur vient enlever le mal qui est comme une tumeur cancéreuse en moi. Il veut m’en débarrasser pour que nous puissions vivre une éternité d’amour. Quand on a compris cela, on ne peut que désirer ce jour du jugement et crier avec les 1° chrétiens : Marana tha, c’est-à-dire, viens, Seigneur Jésus ; viens me débarrasser de cette tumeur qui me pourrit la vie et qui pourrit mes relations avec les autres et avec toi.
Quant à l’Evangile, il fait partie de ces passages qui nous mettent toujours un peu mal à l’aise parce que nous avons l’impression que Jésus n’honore pas suffisamment sa maman, la Vierge Marie. Pour mieux comprendre, analysons la scène telle que St Luc nous la rapporte : Jésus était en train de parler et c’est en l’entendant parler qu’une femme lance cette belle parole : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! »Je trouve cela très beau parce que manifestement, chez cette femme, c’est un cri d’admiration adressée à la mère qui a été capable de mettre au monde un homme qui parle si bien. Peut-être y a-t-il une pointe d’envie chez cette femme qui se dit : comme j’aurais aimé avoir un fils qui parle si bien ! Alors la femme ne félicite pas celui qui parle si bien, mais sa mère : c’est un soutien entre femmes !
On aurait aimé que Jésus réponde positivement en disant que : oui, j’ai eu bien de la chance d’avoir une mère comme Marie qui dès son plus jeune âge m’a permis de goûter la Parole de Dieu, de m’en imprégner. Il n’était pas obligé d’entrer dans de grandes révélations sur sa condition divine, il aurait suffi qu’il puisse dire que sa mère a compté dans sa vie et qu’elle compte encore et qu’il a pour elle affection et reconnaissance. Mais rien de cela, Jésus répond : Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et qui la gardent !
Je voudrais faire deux remarques par rapport à cette réponse pour ne pas en rester à la surface.
- 1° remarque, plus d’une fois, dans les Evangiles, Jésus va relativiser les liens du sang. Quand sa mère et ses frères veulent le voir, il a ce même type de réponse. Je rappelle que ses frères, ce sont ses frères au sens oriental du mot, c’est-à-dire vraisemblablement des cousins ou parents proches. Dans chacune de ces situations, Jésus va dire que la proximité avec lui ne se joue pas dans un lien du sang. C’est avec ceux qui partagent la même foi que lui, le même amour de la Parole de Dieu que Jésus se sent le plus proche. Et ça, c’est une très bonne nouvelle pour nous ! Je n’ai pas fait mon arbre généalogique, mais il y a peu de chances que je sois de la lignée de Jésus par le sang et je pense qu’il en va de même pour vous.
En revanche, par la foi, par l’amour de la Parole, oui, je suis de sa lignée, je suis dans une grande proximité avec lui et je n’en suis pas peu fier. D’autant plus que je sais, comme le dit l’épître aux hébreux, que Jésus n’a pas honte de me reconnaitre comme son frère, de m’appeler son frère. Hb 2,11. Que moi, je sois fier d’être de sa lignée, ça se comprend, mais que lui soit heureux que je sois de sa lignée, quel cadeau d’amour ! Et c’est bien ce qui me permet d’appeler Dieu, comme lui l’appelait avec familiarité et affection en disant : Abba !
- 2° remarque : la réponse de Jésus n’est absolument pas méprisante pour Marie parce que je pourrais la reformuler en ces termes sans trahir l’Evangile, sans trahir la pensée de Jésus. Quand Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent, c’est comme s’il disait : ce qui fait le privilège de ma mère, ce n’est pas de m’avoir mis au monde et allaité, c’est d’écouter la Parole de Dieu et la garder et d’être la seule personne qui le fasse tout au long de son existence … voilà le grand privilège de Marie En effet, Marie, parce qu’elle a été épargnée par le péché originel, elle était tout accueil, ne rejetait rien de la Parole de Dieu, ne discutait rien, ne remettait rien en cause, ne mettait aucune parole sous le tapis parce qu’elle aurait été dérangeante. Souvent ce même Evangile de Luc, il nous est dit que Marie gardait les paroles qu’elle venait d’entendre, les événements qu’elle venait de vivre et les méditait dans son cœur … même quand ces paroles, ces événements la bousculaient, ce qui a été le cas quand ils retrouvent Jésus après sa fugue au Temple. Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent.
Par l’intercession de notre Dame de Laghet demandons que la grâce nous soit donnée de goûter à ce bonheur que nous apporte ces liens de la foi qui nous unissent à Jésus, demandons-lui aussi de nous aider à goûter la Parole, à la garder comme elle savait si bien le faire pour qu’au jour du jugement le Seigneur, grand chirurgien de l’amour, n’ai pas trop de travail avec nous.
