Vous savez qu’il existe 4 récits de la conversion de Paul, on en trouve 3 dans le livre des Actes aux chapitres 9, 22 et 26, et un dans la lettre aux Galates, c’est le passage que nous avons lu en 1° lecture. Dans le livre des Actes, c’est St Luc, l’auteur de ce livre qui a raconté, par 3 fois, la conversion de Paul. S’il a raconté 3 fois cette conversion de Paul dans ce livre qui, finalement, raconte l’histoire de la 1° évangélisation, c’est parce que cet événement lui paraissait tellement décisif dans l’histoire de l’évangélisation qu’il a voulu que personne ne puisse passer à côté de cet événement. Mais, encore une fois, dans les Actes, c’est Luc qui a raconté, bien sûr à partir des souvenirs que Paul lui avait confiés, mais c’est Luc, alors que dans l’épitre aux Galates, c’est Paul, lui-même qui raconte, qui donne son témoignage.
Ce qui est frappant dans ce témoignage, c’est de constater que Paul ne cache rien du mal qu’il a pu faire avant sa conversion, allant jusqu’à reconnaitre qu’avec les persécutions qu’il menait, son objectif était ni plus ni moins de détruire l’Eglise, selon sa propre expression, c’est-à-dire d’éradiquer le christianisme qu’il jugeait comme un cancer venu attaquer la pureté du judaïsme. Oui, c’est vraiment très beau d’entendre que le Seigneur n’est pas venu chercher Paul parce qu’il avait eu un comportement exemplaire, il était au contraire celui dont le seul nom terrorisait les chrétiens. C’est donc par pure grâce, sans aucun mérite de sa part que Paul a été choisi, comme chacun d’entre nous, d’ailleurs ! Et ce n’est pas étonnant de trouver ce témoignage sur la puissance de la grâce dans cette lettre aux Galates qui est tout entière sur le sujet.
Puisque nous allons la lire pendant 15 jours, autant en dire quelques mots qui nous aideront à mieux en accueillir le message. Cette lettre a été probablement écrite lors d’un séjour de Paul à Éphèse vers 54. Pour donner un élément de comparaison, le 1° écrit de Paul, la 1° lettre aux Thessaloniciens date de 50-51. Paul avait évangélisé cette région au cours de son deuxième voyage missionnaire. Là-bas, il avait rencontré des chrétiens qui avaient accueilli avec enthousiasme le message de l’Evangile qu’il appellera, dans l’épitre aux Romains, de ce beau nom : l’Evangile de la grâce. Les Galates avaient expérimenté la puissance de cet Evangile de la grâce, comme Paul, ils avaient constaté avec émerveillement que le Seigneur les avait comblés de dons merveilleux sans qu’ils ne les aient mérités. Et voilà que tout va s’effondrer chez eux qui étaient pourtant comme des premiers de classe ! Il suffira que certains chrétiens démesurément attachés au respect de la Loi viennent chez eux pour qu’ils se mettent à plus compter sur leurs efforts que sur la grâce pour progresser dans la vie chrétienne. Paul va en être désolé et les reprendra sans ménagement, c’est le texte que nous entendrons jeudi. En tout cas, pour eux, il va donner son témoignage pour qu’ils puissent mesurer la puissance de la grâce.
La thématique de cette lettre aux Galates est particulièrement adaptée à la fête que nous célébrons, aujourd’hui, Sainte Réparate, patronne de notre diocèse. Comme je le disais en entrée, nous ne savons pas grand-chose sur elle, mais ce que nous savons est suffisant : elle a donné sa vie par amour du Christ, alors qu’elle n’avait qu’une quinzaine d’années. Sans la grâce, il est bien évident qu’une si jeune fille ne pourrait pas être capable d’un tel héroïsme
Venons-en à l’Evangile et ce texte si bien connu de Marthe et Marie. Quel est le problème de Marthe ? Elle a vu arriver Jésus qui n’avait pas dû prévenir de sa visite, ce qui, au passage dit son intimité avec cette famille, il sait qu’il peut passer quand il veut, sans prévenir et qu’il sera accueilli. Alors Marthe est paniquée, il n’y a rien à manger ! Vous voyez tout de suite le problème. Marthe ne cherche pas un seul instant à savoir ce qui a poussé Jésus à venir faire une halte chez eux, elle va lui donner ce que, elle, elle pense être bon pour lui, alors elle s’affaire en cuisine pour mijoter le plus vite possible un bon repas ! Elle veut faire du bien à Jésus alors que c’est Jésus qui était venu pour lui faire du bien. Marie l’avait compris, c’est pourquoi elle, elle s’était installée aux pieds de Jésus pour l’écouter, pour laisser les paroles de Jésus transformer son cœur.
Jésus ne reproche pas à Marthe de se donner dans le service, lui-même est venu pour servir, il connait donc la valeur inestimable du service. Mais, là, dans le cas présent, il veut nous faire comprendre qu’il ne faut pas inverser les rôles, c’est à lui de nous faire du bien, il est venu pour cela et, nous, notre mission fondamentale, c’est d’accueillir le bien qu’il veut nous faire, c’est de nous laisser faire. Nous voulons toujours faire, faire plus, faire mieux et notre bonne volonté touche certainement le Seigneur, mais il nous dit, finalement, comme à Marthe : Quand est-ce que tu accepteras de te laisser faire, quand est-ce que tu accepteras de me laisser faire en toi le bien que j’ai préparé ? Quand est-ce que tu t’ouvriras vraiment au travail de la grâce ? C’est le fameux lâcher-prise dont tout le monde parle mais qui est si difficile à vivre et qui, à lui seul, ne suffit pas, il faut arrêter de se cramponner à soi pour mieux s’accrocher au Seigneur afin que sa grâce transforme en nous, ce que nous n’arrivons pas à changer.
Par l’intercession de Notre Dame de Laghet et de Sainte Réparate, demandons cette ouverture du cœur qui va de pair avec la reconnaissance de notre faiblesse.
