26 juin : mercredi 12° semaine ordinaire : La boussole est retrouvée ! Ne pas confondre beaux et bons fruits !

C’est un très grand événement qui nous a été rapporté dans la 1° lecture. Nous sommes sous le règne du roi Josias (639-609), enfin un roi dont on ne dira pas pour résumer son règne qu’il fit ce qui est mal aux yeux de Dieu. Ce roi fut tellement bon qu’on se demandera d’ailleurs s’il n’était pas le Messie. Hélas, il va mourir bêtement et injustement dans une bataille ce qui ébranlera la foi du peuple : comment Dieu a-t-il pu laisser faire ça ? Ce roi Josias, parce qu’il était bon, va s’occuper de la maison du Bon-Dieu et ordonner quelques travaux de restauration dans le Temple. Ça va être l’occasion de faire un grand ménage dans ce qu’on pourrait appeler les sacristies. Et voilà qu’au cours de ce ménage, le grand prêtre découvre ou plus vraisemblablement, on découvre pour lui, car il est bien possible qu’il ne travaillait pas directement, on découvre un rouleau contenant la Torah.

C’est quand même assez cocasse car, si on le retrouve, ça signifie qu’on l’avait perdu et qu’on vivait très bien sans la possibilité de se référer en permanence à la Loi. Du coup, on comprend mieux que tous les rois précédents aient fait n’importe quoi : quand la boussole est perdue, on va n’importe où et la Torah était la boussole la plus sûre pour inspirer les décisions du roi qui devait guider le peuple. Comment avait-on pu en arriver là ? Vous savez, quand on ne se sert plus d’un objet, il finit par être relégué et recouvert par ceux qu’on utilise plus régulièrement. C’est exactement ce qui a dû se passer avec la Torah ! Ça parait impensable, mais c’est pourtant la réalité. Alors bien sûr, la Loi n’avait pas complètement disparu, chacun en connaissait des bribes et pouvait citer avec plus ou moins d’approximations certains passages. Mais du coup, on n’a pas de mal à imaginer que dans la Loi, c’était devenu pratique courante, on en prenait et on en laissait en sachant que, dans ce cas, on en laisse toujours plus qu’on en prend !

Et voilà que, par un ménage providentiel, le rouleau de la Loi est retrouvé. Ce qui est très beau, c’est de voir la réaction en chaine que produit cette découverte. Le grand-prêtre le donne au secrétaire Shafane qui le lit. Shafane va trouver le roi Josias et lui lit le contenu du rouleau, l’effet est extraordinaire : le roi déchire ses vêtements comme pour mieux signifier que cette Parole déchire son cœur, l’invite à faire la vérité, l’engage sur un chemin de conversion. Et finalement, le roi va convoquer tout le peuple pour lui lire le contenu du rouleau et apparemment, c’est le roi qui a tenu à faire lui-même cette lecture. 

Je trouve cette réaction en chaine vraiment extraordinaire d’abord parce que personne ne dit : oublions cette découverte, on était bien tranquille avant, faisons comme si on ne l’avait pas trouvé ! Extraordinaire parce qu’on sent bien que tout le monde est touché par la Parole qui vient rejoindre les aspirations les plus profondes de chacun. Là, on voit vraiment l’action du Seigneur. Il sait attendre le moment favorable, le fameux « kairos » pour venir toucher nos cœurs et quand il touche nos cœurs, il met en nous l’énergie nécessaire pour décider d’entrer sur un chemin de conversion. C’est tellement beau de voir que le Seigneur ne nous pousse pas à la conversion en brandissant un bâton mais en touchant nos cœurs, en rejoignant nos aspirations les plus profondes ! Quelle pédagogie extraordinaire ! 

Quant à l’Evangile, c’est un texte devenu difficile à commenter après la révélation de tant d’abus dans tant de communautés. Le critère de discernement donné par Jésus : c’est à leurs fruits que vous reconnaîtrez les vrais prophètes, ce critère qui semblait jadis si sûr tellement il était marqué par le bon sens s’est avéré bien insuffisant pour détecter les abus. 

Ce qui me semble compliqué, c’est que, dans les paroles de Jésus, il y a deux niveaux qui s’entremêlent : le niveau personnel et le niveau institutionnel. Quand Jésus nous met en garde sur la possible présence de faux prophètes déguisés en brebis alors qu’ils sont des loups voraces, il parle du niveau personnel. Et c’est là que le discernement doit être affiné car le critère des fruits ne suffit pas ou du moins, il faudrait être en mesure de connaître la vie de ses personnes jusque dans leur domaine privé, d’avoir accès à leurs réactions quand ils sont contrariés, de contrôler leurs habitudes de consommation, de vérifier le temps qu’ils passent en prière. 

Evidemment tout cela n’est pas toujours contrôlable et certains savaient très bien s’y prendre pour étouffer toute critique quant à leur comportement, leurs choix et justifier des comportements pas toujours évangéliques. Ça c’était pour le niveau personnel qui restera toujours problématique avec les personnes perverses devenues expertes en camouflage. Il faut garder le courage de pouvoir en parler régulièrement même si c’est bien douloureux car, pour les victimes, la souffrance qui leur a été infligée, c’est leur pain quotidien, la page ne peut pas se tourner pour elles !

Mais Jésus évoque aussi le niveau institutionnel ou communautaire et là, il me semble que les choses sont plus claires et les critères de Jésus bien plus opérant à condition qu’on accepte d’ouvrir les yeux et de ne pas couvrir des écarts qui sont comme des signaux d’alerte. Et à condition de ne pas être fasciné par le succès de certaines communautés. J’ai déjà évoqué ce proverbe allemand que Benoit XVI aimait citer : le succès n’est pas un nom de Dieu ! Le succès peut vite monter à la tête de ceux qui en sont bénéficiaires et leur faire perdre des repères essentiels. Mais le succès est habituellement éphémère et générateur d’orgueil qui peut conduire à des dérèglements, alors que la fécondité rend humbles puisqu’elle oblige à reconnaître que Dieu seul peut la donner. Ne confondons donc pas beaux et bons fruits, ce n’est pas pareil !

Par l’intercession de Notre Dame de Laghet, demandons la grâce de rester vigilants et accrochés au Seigneur qui, seul, donne la fécondité, une fécondité qui n’est jamais tape-à-l’œil !

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