12 juin : jeudi 10° semaine ordinaire … Quand Jésus pousse à bout la Loi.

La fête de Pentecôte marque la sortie du temps pascal et l’entrée dans le temps ordinaire, avec un petit sas le lundi de Pentecôte, où nous fêtons Marie, Mère de l’Eglise. Mardi, nous sommes donc vraiment entrés dans le temps ordinaire, ce qui signifie que nous avons repris la lecture continue de l’Evangile à peu près là où nous l’avions laissée en entrant dans le carême. Mais évidemment tout cela est bien loin puisque le mercredi des Cendres, c’était le 5 mars ! C’est donc le grand sermon sur la montagne que nous lisons et que nous allons lire jusqu’à la fête du Sacré Cœur. Le sermon sur la montagne, c’est l’un des 5 grands discours que Jésus prononce dans l’Evangile de Matthieu, il recouvre les chapitres 5 à 7 et il commence avec la proclamation des Béatitudes.

Hier, nous avons entendu Jésus dire : Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Ici, à Laghet, cette parole de Jésus est importante puisque c’est celle qui est écrite dans le livre des Ecritures que l’enfant Jésus tient ouvert dans la représentation de la statue de Notre Dame de Laghet. Comme l’Evangile de Matthieu s’adresse prioritairement à des juifs, il était essentiel qu’il montre que Jésus n’est pas contre la Loi même s’il ferraille souvent avec les pharisiens au sujet de la Loi. Avec cette parole, nous comprenons que Jésus ne veut pas supprimer la loi comme on supprimerait quelque chose d’inutile ou d’obsolète. En effet, la loi ayant été donnée par Dieu, elle ne peut être supprimée parce qu’aucun don de Dieu ne peut devenir inutile ou obsolète. 

Par contre, Jésus va montrer que tous ceux qui interprètent la loi dans cet esprit étroit qu’on appelle le légalisme se trompent. C’est un peu ce qu’il veut dire quand il affirme qu’il est venu accomplir la loi, cela signifie qu’il est venu nous révéler le but de la loi qui est l’amour. C’est ce que St Paul exprimera de manière très forte dans la lettre aux Romains en affirmant que l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour. Rm 13,10. Dans les jours qui viennent, nous allons en avoir l’illustration parfaite et ça commence déjà aujourd’hui avec ce refrain qui revient et reviendra : Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens … Eh bien ! moi, je vous dis. A chaque fois, Jésus reprendra une citation de l’Ecriture, un précepte de la Loi en le poussant à son achèvement pour qu’il devienne une invitation pressante à vivre dans l’amour. La loi donnait le code minimal à respecter pour ceux qui ne voulaient pas mal se comporter, dans le sermon sur la montagne, Jésus dira que, ne pas mal se comporter, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant, le but, c’est de bien se comporter, de vivre dans l’amour.

Dans le passage d’Evangile d’aujourd’hui, nous avons entendu Jésus rappeler l’interdit du meurtre : Tu ne commettras pas de meurtre, et il rappelait également que les meurtriers devront rendre des comptes devant la justice. Mais ce minimum à respecter pour vivre ensemble est loin de dire l’idéal que Jésus souhaite, c’est pourquoi il va aller bien plus loin en précisant que, non seulement le meurtre est interdit, mais il est aussi interdit à tous ceux qui veulent vivre en chrétiens de se mettre en colère contre un frère, d’insulter un frère. La suite de ses paroles nous montre que, pour Jésus, colère et insulte seront jugés comme un meurtre car, de fait, ce sont des paroles qui tuent que nous pouvons prononcer sous le coup de la colère ou dans les insultes. De tout cela, nous devrons en rendre compte devant Dieu.

C’est pourquoi Jésus nous propose de sortir de cette spirale infernale en allant, le plus vite possible, demander pardon. En tout cas, il nous suggère que chaque participation à la messe puisse être accompagnée d’une démarche de réconciliation pour ne pas laisser ces paroles mortifères accomplir une œuvre de destruction dans le cœur de l’autre : Lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. 

On le voit bien, en prêchant l’amour, le christianisme n’est pas une religion laxiste comme on l’entend dire parfois par les partisans des religions cadrées où la Loi, quelle qu’elle soit, régit tous les comportements. C’est même le contraire ! Aucune religion ne pousse le bouchon aussi loin parce que, dans cette religion de l’amour, nul ne pourra un jour prétendre qu’il en a assez fait, qu’il est parfaitement en règle. Pour autant, avec ces paroles exigeantes, Jésus ne veut pas nous plonger dans une inquiétude permanente. Tout ce qu’il nous demande est parfaitement au-dessus de nos forces et il le sait très bien, pourtant, il ne rabaisse pas ses exigences, il préfère nous donner la force dont nous manquons pour atteindre l’objectif. Et c’est bien pour cela que nous venons le plus souvent possible participer à l’Eucharistie. C’est en l’accueillant, Lui, Jésus, en accueillant son amour, que nous devenons chaque jour un peu plus capables de vivre les exigences de l’amour. 

Que Notre Dame de Laghet nous obtienne cette grâce de vivre dans la fidélité à l’Eucharistie pour vivre dans la fidélité à l’amour.

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