Pour fêter la nativité de la Vierge Marie, l’Eglise nous propose de méditer sur la généalogie de Jésus. Pourquoi un tel choix ? On pourrait apporter au moins deux réponses.
La 1° réponse, c’est que, bien évidemment, nous n’avons aucun texte d’Evangile qui fasse allusion à la Nativité de Marie. Une tradition fait d’Anne et Joachim un couple stérile, la naissance de Marie aura été pour eux un vrai cadeau du ciel. Mais quand ils ont accueilli ce cadeau, ils n’avaient aucune idée sur ce que cette naissance allait changer pour l’histoire de l’humanité. Dans leur couple, comme dans toutes les familles juives, la naissance d’une fille était toujours vécue avec cette espérance : et si c’était elle que le Seigneur avait choisie pour donner le Messie au monde ? L’attente du Messie était constitutive de la foi juive et ce Messie, il faudrait bien qu’il naisse d’une femme, alors pourquoi pas celle que nous accueillons. C’était l’espérance des familles juives, mais ils espéraient sans trop y croire.
La petite Marie a donc été accueillie dans ce courant d’espérance et en même temps, cette enfant, cette petite fille était comme toutes les autres petites filles qui naissaient : pourquoi serait-elle choisie plus qu’une autre ? C’était sûrement ce que devaient se dire Anne et Joachim ! Et pourtant c’est bien elle qui a été choisie, pourquoi elle ? Parce que Dieu en a décidé ainsi et que nous ne pouvons percer les secrets de sa divine volonté. Mais ce qui est sûr, c’est que ce choix, le Seigneur ne l’a pas fait sur un coup de tête et c’est justement ce que nous disait la lecture de la généalogie de Jésus qui naitra de Marie, arrivant au terme d’une très longue histoire.
Passons à la 2° réponse que nous pouvons donner à la question : pourquoi lire la généalogie de Jésus en cette fête de la nativité de la Vierge Marie ? Les Evangiles seront toujours restés très discrets par rapport à Marie. Quand il est question d’elle, c’est toujours en référence à Jésus et à sa mission de Salut. Il en va de même dans la liturgie où les oraisons de la messe sont de véritables cours de théologie. Notre foi est éminemment christocentrique, c’est ce que je n’ai cessé de répéter dans la retraite que j’ai prêchée la semaine du 15 août. Nous nous étions mis à l’école des papes pour mieux aimer la Vierge Marie et, à leur école, nous avons découvert les trésors de pédagogie qu’ils ont déployés pour guider le peuple vers une foi christocentrique. Chacun, à sa manière, en fonction de son histoire, aura vécu une spiritualité mariale très belle et très forte, mais en veillant toujours à ce que, ce passage par Marie, puisse devenir le plus court chemin qui conduise à Jésus.
Avec les retraitants, j’ai évoqué, par exemple, cette crise mariale du jeune Karol Wojtila qui deviendra Jean-Paul II. Ayant perdu sa maman alors qu’il était encore enfant, il n’avait que 9 ans, il s’est spontanément tourné vers la maman du ciel. Rentrant au séminaire, il se dit qu’il a grandi et qu’il doit donc décider d’abandonner cette dévotion qu’il juge enfantine, ce qu’il va faire. Il faudra qu’il lise St Louis Grignon de Montfort pour découvrir que passer par Marie ne détourne pas de Jésus, au contraire ! De cette crise, il en sortira avec une foi résolument christocentrique au cœur de laquelle Marie aura une place prépondérante au point de lui faire choisir comme devise « Totus Tuus » les premiers mots de la consécration à Jésus par les mains de Marie, telle que la proposait Grignon de Montfort.
Quel texte, mieux que cette généalogie de Jésus, pouvait-il nous redire que célébrer Marie, c’est toujours nous tourner vers Jésus ? Cette généalogie nous redit avec force que la nativité de Marie n’est célébrée que pour mieux nous annoncer que le Salut est tout proche d’être offert aux hommes. La généalogie est comme une immense chaine de noms qui disent que Dieu avait de la suite dans les idées et qu’avec Marie, nous arrivons au dernier maillon avant l’aboutissement. La 2° lecture nous donnait d’ailleurs une très belle clé pour comprendre cette histoire, je cite librement : Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment. Cette généalogie, on pourrait dire qu’elle est pleine de raccommodage. Sans arrêt, Dieu a été obligé de déployer des trésors d’ingéniosité pour que son désir ardent d’envoyer son Fils unique pour sauver le monde puisse s’inscrire dans cette histoire qui mentionne tant d’hommes pécheurs. Si Dieu n’avait pas décidé de tout faire concourir au bien des hommes, mille fois, cette histoire aurait pu capoter !
Arrivé presque au terme de l’histoire, il va faire ce qu’il faut, il prendra tous les moyens pour que son Fils puisse avoir une mère qui soit à la hauteur de la mission qui lui sera confiée, c’est ce que nous célébrerons lors de la fête de l’Immaculée Conception, le 8 décembre, qui précède, comme il se doit, de 9 mois, la nativité de la Vierge Marie.
Oui, en cette fête de la Nativité de la Vierge, je crois que nous célébrons Dieu qui a de la suite dans les idées ! Nous célébrons Dieu qui fait tout concourir au bien des hommes et qui devient capable de raccommoder toutes les infidélités des hommes pour que son projet de Salut puisse aboutir. Cette fête nous apporte donc une grande consolation, ce n’est ni le hasard, ni le destin qui conduisent l’histoire. Et les failles des hommes, Dieu saura toujours les raccommoder grâce au « oui » sans réserve de certains pour que, de manière ultime, l’amour puisse triompher.
Depuis le 8° siècle, la Tradition de l’Eglise s’adresse à Marie en reprenant les termes de cette hymne : « Ave Maris Stella », c’est-à-dire :« Salut, Etoile de la Mer ». A une époque où les GPS n’existaient pas, les marins n’avaient qu’un sextant pour calculer leur route. Pour cela, ils devaient se référer au soleil le jour et aux étoiles la nuit. Or, la nuit était encore plus dangereuse puisque l’obscurité rendait invisible tous les repères. Les étoiles étaient donc de toute première importance pour les navigateurs qui apprenaient à lire la carte céleste. Heureusement, parmi les étoiles que le Seigneur a disposé dans la voute céleste, il y en a une qui brille plus que les autres, c’est la bien-nommée « étoile du berger » qui sert précisément de repère. De la même manière, dans le ciel des croyants, éclairé par toutes ces étoiles que sont les saints, le Seigneur a disposé la « Stella Maris », la Vierge Marie qui brille plus que toutes les autres étoiles et qui nous aide à garder le bon cap pour parvenir à bon port, là où elle nous attend. C’est justement parce qu’elle est cette « Stella Maris » que tous ceux qui sont un peu déboussolés, perdus viennent dans un sanctuaire comme le nôtre et qui d’entre nous pourrait dire qu’il ne l’est jamais, à certains moments de sa vie ?
Comme la liturgie nous y invitait, célébrons donc dans la joie sa nativité.
