C’est le 2 février 2021, que le pape François a signé un décret qui fixait la date de la fête liturgique de Marthe, Marie et Lazare au 29 juillet. Jusque-là, à cette date, nous ne fêtions que Ste Marthe. Evidemment, en présentant les choses comme cela, on se demande tout de suite quand étaient célébrées les fêtes de Marie et de Lazare. J’ai fait quelques recherches, pour Lazare, c’est assez flou au niveau de l’Eglise universelle et même au niveau de Marseille où il est pourtant le patron du diocèse, la date a varié. C’est bien qu’il ait trouvé une date stable le 29 juillet, en étant associé à ses deux sœurs.
Reste le cas épineux de Marie. Quand nous lisons l’Evangile de St Jean, au chapitre 11 qui nous raconte la résurrection de Lazare, nous découvrons dans les premiers versets que Marie, la sœur de Lazare, était celle qui avait versé du parfum sur les pieds de Jésus et qui les avait essuyés de ses cheveux. Dans les autres Evangiles, c’est une femme dont on ne connait pas le nom qui a fait ce geste, on sait juste que c’était une femme pécheresse. Donc la femme pécheresse et Marie de Béthanie sont une seule et même personne. Et on peut encore corser le problème en se demandant si, en fait, cette femme pécheresse ne serait pas Marie-Madeleine. Tout cela étant bien compliqué, l’Eglise avait comme décidé de botter en touche et il n’y avait pas de fête pour Marie de Béthanie. C’était une vraie injustice, Lazare était dans le flou, Marie, oubliée, seule Marthe était fêtée alors que Jésus lui avait quand même fait de sérieux reproches !
Le pape François a décidé de réparer cette injustice et sans se lancer dans de grands débats pour savoir si Marie de Béthanie, la femme pécheresse et Marie-Madeleine sont une seule et même personne, il a voulu que toute la fratrie soit fêtée le même jour. Et je trouve que c’est une très belle intuition, j’ai juste un petit regret c’est qu’il n’ait pas choisi la date du 30 juillet. Je comprends pourquoi le 29 juillet, c’était la fête de Marthe, il a élargi ce jour de fête aux deux autres membres de la fratrie. Mais le 30, ça aurait été très bien parce que figurez-vous que le 3 mai 2011, l’Assemblée générale des Nations Unies a décidé que le 30 juillet serait la journée internationale de l’Amitié. Or, Marthe, Marie et Lazare sont les figures évangéliques de l’Amitié. Je suis sûr que St Pierre Chrysologue fêté le 30 juillet n’aurait pas été offusqué de voir sa fête déplacée !
Samedi dernier, je soulignais que la fête de Ste Anne et Joachim, les parents de la Vierge Marie et donc les grands-parents de Jésus, manifestaient le réalisme de l’Incarnation. Tout Fils de Dieu qu’il était, Jésus a eu une mamy et un papy qu’il était heureux d’aller retrouver à Séphoris. Eh bien, tout Fils de Dieu qu’il était, Jésus a aussi apprécié d’avoir des amis chez qui il aimait se rendre. Et la profondeur du lien d’amitié qui les unissait se voit bien quand Jésus arrive devant le tombeau où Lazare qui vient de mourir a été déposé, l’Evangile nous dit qu’il se met à pleurer. D’ailleurs les liens étaient si forts entre eux que Marthe et Marie ont fait appeler Jésus dès que Lazare s’est trouvé mal. Ces liens qui unissaient Jésus à Marthe, Marie et Lazare font de l’Amitié comme un sacrement. Les orthodoxes aiment parler du sacrement du frère en méditant sur la parole de Jésus qui dit : tout ce que vous aurez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Mt 25,40. Eh bien, dans la même perspective, en méditant sur ces liens d’amitié entre Marthe, Marie et Lazare, on pourrait parler de sacrement de l’Amitié.
Le Premier Testament ne manque pas de passages qui glorifient l’Amitié, qui en révèlent le prix. On peut penser à ces très beaux versets du livre de Ben Sira le Sage au chapitre 6 : Un ami fidèle, c’est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, sa valeur est inestimable. Un ami fidèle est un élixir de vie que découvriront ceux qui craignent le Seigneur. On peut encore penser à la grande amitié qui unissait David à Jonathan. Et puis, il y aura surtout cette belle Amitié qui unissait Jésus à ses disciples. A l’inverse, nous connaissons la souffrance de ceux qui, pour des tas de raisons, n’arrivent pas à nouer des liens d’amitié et qui vivent dons dans une solitude relationnelle très éprouvante. Ceci dit, nous avons que l’Amitié, pour durer, a besoin d’être cultivée régulièrement. Il y a de très belles paroles à ce sujet dans le Petit Prince de St Exupéry.
Personnellement, je peux apporter un double témoignage. Des amis très chers, dans mon diocèse d’origine, m’ont donné la clé de leur maison pour que je sois chez eux comme chez moi. Cette clé, pour l’identifier, je lui ai mis un porte-clé sur lequel j’ai écrit « Béthanie » en référence à l’amitié de Jésus avec Marthe, Marie et Lazare. Et puis je me souviens toujours avec émotion des paroles d’un détenu à la veille de sa libération, à l’époque où j’étais aumônier de prison, il m’avait dit : certains jours, pendant ma détention, le soleil se levait deux fois, le matin, pour chasser la nuit et quand tu entrais dans ma cellule pour me visiter !
Par l’intercession de Marthe, Marie et Lazare demandons de vivre toutes nos relations d’amitié dans la plus grande gratitude et le plus grand respect et que Notre Dame de Laghet nous obtienne la grâce de vivre aussi une grande amitié avec le Seigneur pour que, selon l’expression biblique, nous soyons capables de lui parler comme un ami parle à son ami.
